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Sahara : l’autonomie sous souveraineté marocaine est la voie pour sortir du blocage et relancer l’intégration régionale

Des frontières fermées, des investissements retardés, une coopération sacrifiée. À la tribune de la 4e Commission de l’ONU, le Dr Alphonse Zozime Tamekamta, professeur de l’histoire des relations internationales à l’Université de Yaoundé I au Cameroun, pointe le coût du différend autour du Sahara marocain pour tout le Maghreb. Également responsable du Comité scientifique de NejMaroc, centre marocain de recherche sur la globalisation, M. Tamekamta défend l’autonomie sous souveraineté marocaine comme une voie pour sortir du blocage et relancer l’intégration régionale. Dans cet entretien accordé au quotidien «Le Matin», il revient sur les arguments portés à New York et les enjeux d’un règlement.

11 Octobre 2026 À 15:01

Le Matin : Lors d’une précédente intervention devant la 4e Commission, vous aviez consacré une large partie de votre analyse à la dimension africaine du dossier. Cette année, votre intervention intervient dans un contexte différent, marqué notamment par l’adoption de la résolution 2797. Quel a été le fil conducteur de votre intervention et quels nouveaux arguments ou éléments avez-vous porté devant la Commission ?



Alphonse Zozime Tamekamta :
Mon intervention à la tribune de la 4e Commission de l’ONU, intervenue le 7 octobre 2026, était structurée autour de quatre points.
• D’abord, le constat. Évoquant le coût inestimable de ce différend artificiel qui ne se résume plus aux années perdues dans les salles de l’ONU, j’ai démontré que la question du Sahara marocain devait être évaluée à l’aune d’une intégration empêchée, des frontières fermées, des investissements retardés et, surtout, d’une coopération régionale sacrifiée.

• Puis le rappel de la réalité. Avec insistance, j’ai évoqué et invoqué le contenu et l’actualité de la Résolution 2797 qui a ouvert la voie à un changement de paradigme, plaçant l’Initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine au cœur des discussions. Cela permet de passer de la gestion indéfinie du différend, très exaspérante, à une dynamique orientée vers son règlement. Dans ce sillage, j’ai salué l’ampleur des investissements engagés (Port Atlantique de Dakhla, infrastructures énergétiques, Gazoduc Afrique Atlantique, etc.) pour promouvoir le développement, moderniser les infrastructures et renforcer la connexion des provinces du Sud à leur environnement africain. De même, j’ai clairement énoncé et apprécié le rôle fondamental joué par des partenaires internationaux au rang desquels les États-Unis, la France et le Royaume-Uni qui ont ouvert et encouragé des perspectives d’investissement dans les provinces du Sud, attirés par ces infrastructures, la stabilité et les opportunités économiques de la région.

• Ensuite, la dénonciation. Il s’agit de la dénonciation d’une logique de fragmentation par laquelle le pays à l’est du Maroc a érigé l’entité séparatiste (Polisario) en instrument de sa politique régionale, privant le Maghreb des complémentarités économiques dont il aurait profondément besoin.
• Enfin, l’interpellation et la projection. M’étant insurgé contre la perpétuation d’une fragmentation régionale, j’ai rappelé que seule l’autonomie sous souveraineté marocaine offrait un cadre politique capable de rompre avec la logique de blocage et permettait de consolider la transformation déjà engagée et d’élargir ses retombées à l’ensemble de la région, ce qui permettra de construire durablement un espace de paix, de connexion et de prospérité partagée.

La 4e Commission continue d’examiner le Sahara au titre des questions de décolonisation et entend chaque année de nombreux pétitionnaires sur ce dossier. Or, parallèlement, le Conseil de sécurité conduit depuis des années un processus politique visant une solution négociée. Comment avez-vous abordé cette articulation dans votre intervention ? Selon vous, la manière dont le dossier est discuté au sein de la 4e Commission reflète-t-elle encore les évolutions politiques et diplomatiques intervenues ces dernières années ?

Cette année, particulièrement, les déclarations de ceux qui comme moi défendent la marocanité du Sahara se sont longuement appuyées sur le contenu de la résolution 2797 du 31 octobre 2026 par laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies soutient que le plan d'autonomie marocain est la base du règlement du conflit autour Sahara marocain. Cela est d’autant important et irréversible que la Résolution 2797 ouvre précisément la voie à un changement de paradigme. En plaçant l’Initiative d’autonomie sous souveraineté marocaine au cœur des discussions, elle permet de passer de la gestion indéfinie du différend à une dynamique orientée vers son règlement. Incontestablement, en dépit de quelques réticentes miniaturisées du Polisario et de son principal soutien, la Résolution 2797 est imprescriptible : elle est la seule et unique base de discussion et confirme les évolutions politiques et diplomatiques intervenues ces dernières années.

Justement, malgré les évolutions diplomatiques que vous mettez en avant à cette tribune, le dossier reste inscrit à l’ordre du jour de la 4e Commission et les positions y restent très divergentes. Quels sont, selon vous, les principaux arguments ou points de désaccord auxquels la position que vous défendez doit encore répondre dans cette enceinte ?

Il est une évidence qui se dégage à la tribune de la 4e Commission de l’ONU depuis quelques années. Le véritable coût du différend artificiel autour du Sahara marocain ne se mesure plus seulement en années perdues dans les salles de l’ONU. Il se mesure en intégration empêchée, en frontières fermées, en investissements retardés et en coopération régionale sacrifiée. Il se mesure aussi aux marchés fragmentés, aux échanges limités, aux investissements empêchés et à une coopération régionale très en deçà de ce que les défis du Sahel exigeraient. Il se mesure, enfin, aux millions de citoyens du Maghreb pris en otage, condamnés à subir les conséquences d’une intégration régionale paralysée.

Pour avoir étudié, depuis plusieurs années, les conflits africains et surtout le différend artificiel autour du Sahara marocain, une évidence s’impose : le séparatisme continue d’entretenir les fractures, détournant le continent de ses priorités de développement et de prospérité. On ne construit pas durablement la paix en maintenant une région dans la fragmentation. La paix suppose des intérêts partagés, des échanges et des perspectives communes. De ce point de vue, les 193 États membres de l’ONU s’accordent sur la nécessité de combattre la logique de fragmentation, celle-là même que le voisin de l’est du Maroc instrumentalise dans sa politique régionale, privant le Maghreb des complémentarités économiques dont il aurait profondément besoin. En somme, ma position, largement défendue par la majorité, est que l’autonomie sous souveraineté marocaine offre un cadre politique capable de rompre avec la logique de blocage et permet de consolider la transformation déjà engagée et d’élargir ses retombées à l’ensemble de la région.
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