Nation

Un programme d’accompagnement pour 193 coopératives sinistrées du séisme d’Al Haouz

Deux ans après le tremblement de terre qui a dévasté les provinces d’Al Haouz, Taroudant, Chichaoua, Ouarzazate et Marrakech, l’Office du développement de la coopération s’apprête à déployer un dispositif structuré d’assistance technique, de formation et d’accompagnement commercial sur dix mois afin de permettre aux coopératives éligibles de relancer durablement leurs activités.

11 Mai 2026 À 09:30

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Plus de deux ans après le séisme dévastateur qui a frappé la région d’Al Haouz le 8 septembre 2023, le tissu coopératif marocain panse encore ses plaies. Sur les quelque 420 coopératives expertisées dans les provinces sinistrées, 193 ont été jugées éligibles à un appui financier de l’État pour la reconstruction de leurs locaux et le renouvellement de leurs équipements. Mais l’aide matérielle ne saurait suffire. C’est tout le sens du dispositif qu’ambitionne aujourd’hui de déployer l’Office du développement de la coopération (ODCO). L’originalité du programme tient à son approche intégrée. Il ne s’agit pas d’une simple opération de formation, mais d’un accompagnement à 360 degrés couvrant l’ensemble du cycle de vie des coopératives : du diagnostic initial jusqu’à l’accès aux marchés, en passant par la structuration financière et l’optimisation de la production.

Le dispositif s’articulera autour de six axes complémentaires. Le premier, fondamental, consiste à réaliser un diagnostic approfondi de chacune des 193 coopératives – gouvernance, chaîne de production, situation financière – afin de les classer en trois catégories : celles à restructurer en urgence, celles en phase de croissance et celles à fort potentiel d’émergence. Cette cartographie fine conditionnera l’ensemble des actions suivantes.

Viendra ensuite un cycle de vingt jours de formation mutualisée, couvrant des thématiques aussi diverses que la gouvernance coopérative, le marketing digital, l’e-commerce ou encore les pratiques d’export. Chaque coopérative se verra remettre un business plan simplifié et un plan d’action opérationnel à court terme. Un accompagnement à l’optimisation de la chaîne de valeur – conditionnement, stockage, logistique – permettra de réduire les pertes et d’améliorer la compétitivité.

Cinquante coopératives en tête de file

Le programme réserve une attention particulière à un sous-groupe de 50 coopératives identifiées comme les plus prometteuses. Celles-ci bénéficieront d’un coaching de proximité renforcé, avec des visites de terrain régulières et une assistance technique sur mesure pour l’obtention d’agréments sanitaires (Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires – ONSSA) et de certifications valorisantes – bio, terroir. Un travail de création de marque sera également mené : logos, étiquettes, packaging attractif. L’objectif est d’en faire de véritables vitrines du savoir-faire des zones sinistrées.

Le numérique, levier de la résilience

L’enjeu commercial est au cœur du projet. Le dispositif prévoit la création d’un catalogue numérique professionnel regroupant l’offre globale de toutes les coopératives accompagnées, ainsi que leur intégration effective dans la marketplace de l’ODCO. Cette dimension digitale constitue un pari stratégique : face à l’éloignement géographique des zones sinistrées – réparties entre les provinces de Taroudant, Ouarzazate, Marrakech, Al Haouz et Chichaoua –, le numérique apparaît comme le levier le plus puissant pour connecter ces structures rurales aux circuits de distribution nationaux et internationaux.

Le programme, réservé aux très petites entreprises (TPE), petites et moyennes entreprises (PME) et coopératives, sera exécuté sur dix mois par un prestataire sélectionné via un appel d’offres ouvert. Il mobilisera une équipe pluridisciplinaire – chef de projet, expert en ingénierie financière, spécialiste qualité et normes, expert marketing et digitalisation, ainsi que cinq formateurs et coachs de terrain. L’ODCO supervisera l’ensemble du dispositif à travers une gouvernance à deux niveaux : un comité de pilotage stratégique et une commission technique de suivi et de réception des livrables. En plus de constituer une réponse humanitaire, ce programme viendra dessiner en creux une nouvelle façon pour l’État d’aborder la reconstruction post-catastrophe : non plus seulement par les briques et le béton, mais par le renforcement du capital humain et l’insertion dans les filières économiques. Une ambition que la réussite du dispositif devra maintenant confirmer sur le terrain.
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