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Dialogue social : temps de travail, retraites, statuts… le point sur la session d’avril

Réduction du temps de travail dans le gardiennage à 8 heures dès 2027, examen des statuts de plusieurs catégories professionnelles, réforme des retraites... autant d'avancées de la nouvelle session du dialogue social, tenue le 17 avril à Rabat entre le gouvernement, le patronat et les syndicats.

17 Avril 2026 À 19:58

Le gouvernement a tenu, le 17 avril à Rabat, une nouvelle session du dialogue social, dans le cadre de l’institutionnalisation de ce mécanisme et conformément à la charte nationale du dialogue social. Ont pris part à cette série de réunions, présidées par le Chef du gouvernement, les centrales syndicales les plus représentatives, la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) ainsi que la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement Rural (COMADER).

Cette session a permis de faire le point sur les principales réalisations du dialogue social et sur les engagements mutuels des différents partenaires. Le gouvernement a présenté un bilan marqué par la mise en œuvre de plusieurs mesures ayant contribué à la hausse des revenus, à l’amélioration du pouvoir d’achat et au renforcement de la protection sociale.

Dans ce cadre, le Chef du gouvernement a dressé un bilan détaillé des résultats des différentes sessions du dialogue social tenues tout au long du mandat gouvernemental. Au niveau du secteur public, l’augmentation générale des salaires, fixée à 1.000 dirhams mensuels nets, a été accordée en deux tranches au profit des fonctionnaires des administrations publiques, des collectivités territoriales et des établissements publics. À cela s’ajoutent l’augmentation de la valeur des allocations familiales, l’amélioration du quota de promotion et la hausse du salaire minimum dans ce secteur. Le coût financier annuel de ces mesures a dépassé 14,8 milliards de dirhams.



Le dialogue social sectoriel a également permis la mise en œuvre de mesures visant l’amélioration du revenu des fonctionnaires, notamment dans le secteur de l’Éducation nationale, pour un coût financier de plus de 18,47 milliards de dirhams, dans le secteur de la Santé, avec une répercussion financière d’environ 4 milliards de dirhams, ainsi que dans le secteur de l’Enseignement supérieur, pour un coût financier annuel de 2 milliards de dirhams.

Selon le bilan présenté, ces mesures ont permis de porter le salaire moyen net dans le secteur public de 8.237 dirhams en 2021 à 10.600 dirhams en 2025, soit une hausse globale de près de 29%. Le salaire minimum mensuel net est, pour sa part, passé de 3.258 dirhams à 4.500 dirhams. Le coût financier global annuel de l’ensemble des mesures prises en faveur du secteur public, y compris celles relatives à la révision de l’impôt sur le revenu, porte ce montant à près de 48,3 milliards de dirhams à fin 2026, et devrait atteindre 49,7 milliards de dirhams en 2027.

Dans le secteur privé, le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) dans les activités non agricoles a été relevé de 20%, le salaire mensuel net passant de 2.828,71 dirhams avant 2021 à 3.422,72 dirhams à partir du 1er janvier 2026. Le Salaire minimum agricole garanti (SMAG) a, de son côté, été augmenté de 25%, le salaire mensuel net passant de 1.994,2 dirhams à 2.533,44 dirhams à compter du 1er avril 2026.

En matière de protection sociale, l’abaissement du seuil d’accès à la pension de vieillesse de 3.240 à 1.320 jours de cotisation a permis aux assurés concernés d’en bénéficier, avec effet rétroactif à compter du 1er janvier 2023. Les assurés ne remplissant pas cette condition, ou leurs ayants droit, peuvent également récupérer la part de cotisation patronale en plus de la part salariale.

La révision du régime de l’impôt sur le revenu, pour un coût de plus de 7,6 milliards de dirhams, a permis une amélioration des revenus de plus de 400 dirhams pour différentes catégories. Les discussions se poursuivent avec les partenaires sociaux concernant ce chantier.

Parallèlement, plusieurs dossiers ont été examinés lors de cette session. Le gouvernement a réaffirmé son engagement à accélérer les discussions avec les partenaires sociaux sur les statuts particuliers de plusieurs corps, notamment les ingénieurs, les administrateurs et les techniciens.

Il a également été convenu d’amender la loi n° 65-99 relative au Code du travail afin de réduire les heures de travail quotidiennes de 12 à 8 heures pour les agents de gardiennage, avec une entrée en vigueur prévue en 2027.

S’agissant de la réforme des retraites, les travaux de la Commission nationale se poursuivent, avec la tenue de réunions consacrées à l’élaboration d’une vision globale et à l’établissement d’un diagnostic de la situation financière des différents régimes.

Un débat doit par ailleurs être engagé autour des pensions de retraite inférieures au seuil minimal, tandis qu’une nouvelle structure sera mise en place pour la gestion de la formation professionnelle continue dans le secteur privé.

Enfin, les départements gouvernementaux sont appelés à poursuivre le dialogue sectoriel avec les partenaires sociaux et économiques, en vue de parvenir à des solutions aux différentes questions soulevées.

La revalorisation des salaires et l’amélioration du pouvoir d’achat en tête des revendications des centrales syndicales

Les centrales syndicales les plus représentatives ont affirmé, vendredi à Rabat, avoir soumis dans le cadre de la session d’avril du Dialogue social, une série de revendications portant notamment sur l’amélioration de la situation de la classe ouvrière, la revalorisation des salaires et le renforcement du pouvoir d’achat des citoyens. Dans des déclarations à la presse, à l’issue des réunions tenues par le gouvernement avec les différents partenaires sociaux, sous la présidence du Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, les représentants de ces syndicats ont souligné que plusieurs dossiers nécessitaient une réponse rapide de la part de l’Exécutif, citant, entre autres, l'augmentation des salaires et des pensions de retraite, l’amélioration du pouvoir d’achat ainsi que la promotion du dialogue social dans certains secteurs clés.

À cet égard, le secrétaire général de l’Union marocaine du travail (UMT), Miloudi Moukharik, a indiqué que les revendications présentées au gouvernement étaient «justes et légitimes», appelant à l’adoption de mesures visant à préserver le pouvoir d’achat des citoyens en général et de la classe ouvrière en particulier, notamment à travers la réduction partielle ou totale de la taxe sur la valeur ajoutée et de la taxe intérieure de consommation. M. Moukharik a également insisté sur la nécessité d’une augmentation générale des salaires, la poursuite de la réduction de l’impôt sur le revenu, jugé «élevé», l’augmentation des allocations familiales pour les enfants, ainsi qu'une hausse générale des pensions de retraite, avec l’instauration d’une pension minimale équivalant au salaire minimum. Il a ajouté que son syndicat avait plaidé pour l’ouverture de dialogue avec certaines catégories professionnelles afin d’améliorer les statuts de base des secteurs concernés.

De son côté, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), Enaam Mayara, a affirmé que son syndicat avait soulevé la question de la protection du pouvoir d’achat des salariés et des retraités à travers l’amélioration des revenus, ainsi que plusieurs problématiques sectorielles liées à des statuts de base. M. Mayara a également évoqué la nécessité d’introduire de «véritables amendements» au Code du travail, notamment pour les salariés travaillant plus de huit heures par jour dans des conditions exceptionnelles, ajoutant que le dialogue social piétinait dans certains secteurs. Il a mis en avant l'importance de ces revendications pour les salariés, «pilier fondamental» du développement économique et social ainsi que du progrès démocratique du pays.

Pour sa part, le secrétaire général de la Confédération démocratique du travail (CDT), Khalid Alami Houir, a estimé que ce nouveau round du dialogue social intervenait dans une conjoncture délicate, marquée notamment par la hausse des prix et ses répercussions sur le pouvoir d’achat des citoyens. Il a regretté que les pensions de retraite «ne soient plus adaptées au coût de la vie des Marocains», appelant à des mesures concrètes pour y remédier, et rappelant que plusieurs engagements issus d’accords précédents n’avaient toujours pas été concrétisés.

Dans le cadre de la session d’avril du dialogue social, le Chef du gouvernement a tenu deux réunions avec les représentants de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (COMADER).

Dans une déclaration à la presse, le président de la CGEM, Chakib Alj, a souligné que cette rencontre avait constitué l’opportunité de solliciter le Chef du gouvernement pour la promulgation de la loi relative à la grève, ainsi que la révision du Code du travail, notant que les exigences de l’emploi avaient évolué durant les dernières années, au moment où le Code du travail n’avait pas été amendé pour accompagner ces évolutions. Cette réunion a également été l’occasion pour mettre en lumière le bilan de l’action gouvernementale en matière de dialogue social, a indiqué M. Alj, insistant sur l’importance d’accorder davantage d’intérêt au volet de la formation professionnelle continue, à travers la révision des différents régimes et textes juridiques y afférents. «C’est une question faisant l’objet d’un consensus, dont nous attendons la mise en œuvre effective», a-t-il ajouté.

De son côté, le président de la COMADER, Rachid Benali, a affirmé que cette rencontre avait permis d'examiner les diverses problématiques liées au secteur agricole actuellement, notamment la hausse des prix, en particulier ceux des viandes rouges, relevant l'impact de ce renchérissement sur l'agriculteur et sur le processus de commercialisation en général. M. Benali a également soulevé la problématique des intermédiaires entre les agriculteurs et les consommateurs, mettant en exergue ses répercussions sur l'agriculteur et le secteur agricole, en plus d'autres défis auxquels fait face le secteur.

Pour sa part, le ministre de l'Inclusion économique, de la petite entreprise, de l'emploi et des compétences, Younes Sekkouri, a indiqué que le coût des engagements réalisés dans le cadre du dialogue social s’élevait à plus de 46 milliards de dirhams. Le nombre des bénéficiaires de ces initiatives s'établit à plus de 4,25 millions de citoyens et citoyennes, à la faveur d'une série de mesures visant l'augmentation des salaires (près de 3 millions dans le secteur privé et 1,25 million dans le secteur public), a souligné M. Sekkouri dans une déclaration à la presse. Par ailleurs, il a relevé que «le gouvernement a honoré son engagement relatif au dossier des retraités affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS)», en ce sens que le seuil minimum requis pour bénéficier de la pension de vieillesse est passé de 3.240 à 1.320 jours, notant que l'Exécutif «s'emploie à accélérer la mise en œuvre des conclusions de l'accord de 2024, en tenant compte de la situation actuelle».

D'autre part, M. Sekkouri a mis en avant la décision participative prise en vue de remédier à la situation des agents de sécurité qui travaillent 12 heures, mais ne sont rémunérés que pour 8 heures, affirmant que cette décision serait exécutée via la révision de l'article 197 du Code du travail. Se félicitant des avancés importantes accomplies dans le volet relatif au système de gouvernance de la formation professionnelle continue, il a fait observer que des amendements nécessaires seront apportés au projet de loi 60.17.
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