(PAM) une connaissance concrète des mécanismes du pouvoir, de leur complexité comme de leurs limites, estime
, membre du bureau politique du Parti. Le
, précise-t-il, «a gouverné, ou plutôt cogouverné, avec le RNI». De cette expérience, il dit avoir retenu deux leçons : l’humilité face à la complexité de l’action publique et la nécessité, pour mettre en œuvre une politique, de disposer d’une capacité d’arbitrage à la hauteur des responsabilités assumées. Cette seconde leçon nourrit directement le discours de campagne, selon M. Mammar. Dans une coalition, explique l’invité de Rachid Hallaouy, les engagements ne valent que par la volonté des parties qui les portent. «Un engagement ne tient que grâce à l’engagement des parties qui le signent», dit-il. Or désormais, le PAM veut disposer d’une latitude plus grande pour conduire les politiques qu’il défend. Et pour commencer, le parti semble avoir déjà fixé ses priorités.
Ouvrir le jeu économique en desserrant l’étau des rentes et des corporatismes : c’est l’un des principaux leviers défendus par le PAM pour faire émerger de nouveaux acteurs et élargir l’accès aux marchés. Transparence, gouvernance et ouverture de la commande publique doivent, selon lui, permettre de neutraliser les situations acquises et de rétablir les conditions d’une concurrence plus ouverte. «Il faut mettre en œuvre des mesures de transparence et de gouvernance qui neutralisent ces pratiques et permettent l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène économique et politique», affirme-t-il.
La commande publique constitue, à ses yeux, l’un des terrains où cette ouverture doit se traduire concrètement. Le PAM défend sa «libéralisation et sa démocratisation», notamment à travers des mécanismes de quotas destinés à élargir l’accès aux marchés. La numérisation des procédures a certes renforcé leur transparence, reconnaît-il, mais elle n’a pas fait tomber tous les verrous : les résistances humaines et culturelles demeurent. Et c’est précisément là que le débat économique rejoint celui des corporatismes.
Interrogé sur les tensions autour de la réforme de la justice et les rapports entre le gouvernement et certaines professions, M. Maamar défend l’action du ministre de la Justice et tranche : «Le corporatisme ne sert que le corporatisme lui-même». Dans cette confrontation entre «intérêts professionnels et conduite de la réforme», il place le Chef du gouvernement en position d’arbitre et considère son intervention comme relevant pleinement de ses prérogatives. Il évoque également les tensions qui traversent le monde judiciaire, les pressions qui seraient exercées sur certains avocats et plaide pour davantage de transparence dans la gouvernance des barreaux.
C’est en luttant contre des formes de blocages que le PAM entend «libérer» l’énergie du secteur privé et ouvrir davantage la voie à une nouvelle génération d’entrepreneurs. Younes Maamar convoque, à cet égard, les exemples de l’Égypte, du Kenya et du Nigeria, où des «licornes» ont émergé. Une comparaison qui lui sert surtout à poser une question : pourquoi le Maroc, malgré la profondeur de son économie et de son tissu entrepreneurial, n’a-t-il pas encore fait émerger les siennes ?
Pouvoir d’achat : remonter la chaîne des prix
S’agissant du pouvoir d’achat, le PAM veut regarder au-delà du revenu et remonter la chaîne qui conduit jusqu’au prix payé par le ménage. Alimentation, énergie, eau et électricité, santé, éducation, services bancaires et assurance : Younes Maamar élargit la question à l’ensemble des dépenses qui composent le quotidien des foyers. Car dans cette approche, le pouvoir d’achat ne se joue pas seulement sur ce qui entre dans le portefeuille, mais aussi sur ce qui en sort.
C’est à ce niveau que le PAM entend s’attaquer aux circuits de distribution et au rôle des intermédiaires. Il ne s’agit pas, précise-t-il, de les faire disparaître indistinctement, mais de vérifier ce que chacun apporte réellement à la chaîne : agrégation, logistique, transport ou distribution. Autrement dit, chaque maillon doit pouvoir justifier sa place par une valeur mesurable. Le regard se porte alors naturellement vers les marchés de gros, dont la connaissance fine devient, selon Younes Maamar, un préalable à toute action sur les prix. Volumes, flux de marchandises, entrées, sorties et écarts de prix doivent pouvoir être suivis avec précision. «Demain, nous devrions être en mesure de connaître les entrées et sorties de chaque marché régional.»
Dans ce chantier, la numérisation s’avère primordiale. Elle doit permettre de suivre les produits, les volumes et les prix, de mieux comprendre les écarts qui se forment tout au long de la chaîne et, à partir de là, de cibler les interventions publiques. Le numérique n’est donc pas présenté comme une fin en soi, mais comme l’instrument d’une meilleure lecture des circuits économiques. La même logique se retrouve sur le terrain fiscal. Le PAM affirme qu’il n’y aura «pas de nouveaux impôts», mais mise sur un élargissement de l’assiette, un renforcement des contrôles, la généralisation des paiements électroniques et une formalisation accrue de l’économie. L’enjeu est ainsi de faire entrer davantage d’activité dans le champ formel pour élargir les recettes publiques sans alourdir les prélèvements existants.
Produire davantage sous la contrainte de l’eau
Produire davantage, tout en apprenant à compter chaque goutte : l’équation agricole défendue par le PAM conjugue souveraineté alimentaire et rareté de l’eau. Pour Younes Maamar, la question n’est pas seulement celle des volumes produits, mais celle des choix qui déterminent ces volumes : que faut-il produire au Maroc, que peut-on importer et jusqu’où peut-on mobiliser une ressource hydrique devenue déterminante dans l’équilibre économique du pays ? Cette équation conduit à revoir la manière dont l’eau est valorisée. Le PAM avance l’idée d’une tarification différenciée selon la taille des exploitations : davantage pour les grandes structures, un coût plus protecteur pour les petits agriculteurs. Une façon de faire varier la contribution en fonction des capacités de production, sans faire peser la même charge sur des exploitations aux dimensions très différentes.
Mais c’est surtout le choix des cultures destinées à l’exportation qui fait apparaître la difficulté de l’arbitrage. Certaines productions peuvent rapporter des devises tout en mobilisant d’importantes quantités d’eau. Younes Maamar récuse ainsi l’idée de subventionner l’exportation d’avocats lorsque celle-ci revient, selon lui, à faire supporter à la collectivité le coût d’une ressource hydrique rare. «Il est hors de question de subventionner l’exportation d’avocats», affirme-t-il, mettant en garde contre une politique qui privilégierait la rentrée de devises au détriment de l’équilibre hydrique et de la souveraineté alimentaire.
Le pari de la croissance
350 milliards de dirhams supplémentaires sur cinq ans : le PAM avance une enveloppe qui donne la mesure de son ambition économique. Mais derrière ce chiffre, c’est surtout une équation que Younes Maamar cherche à poser : pour financer davantage d’action publique, il faut d’abord produire davantage de richesse. Les 350 milliards ne sont d’ailleurs pas présentés comme une dépense entièrement nouvelle à créer ex nihilo. Selon lui, quelque 130 milliards de dirhams sont déjà engagés à travers les collectivités territoriales.
Reste le cœur du pari. «La croissance est le pilier qui finance le programme», affirme-t-il. Une formule qui résume l’approche défendue par le PAM : la création de richesse doit précéder l’élargissement durable des marges de l’État. À l’inverse, une croissance nulle ou divisée par deux compromettrait, selon lui, l’équilibre même du programme : «Il n’y a pas de solution», tranche-t-il dans les deux hypothèses. Mais le PAM ne semble pas miser que sur l’accélération de l’activité. Il table sur la récupération de ce qui échappe encore aux circuits formels, l'élargissement de l’assiette fiscale, le renforcement du recouvrement et la généralisation des paiements électroniques. Autrement dit, faire davantage avec une économie plus productive, mais aussi avec une base contributive plus large.
L’autre versant du dispositif concerne les charges. Le PAM veut un État plus rigoureux dans ses dépenses de fonctionnement comme dans ses investissements et entend revoir la gouvernance des mécanismes de subvention. L’idée n’est pas seulement de trouver de nouvelles recettes, mais de mieux maîtriser l’usage de celles qui existent. Pour illustrer cette logique, Younes Maamar évoque l’exemple des carburants. Selon lui, le recours à une couverture contre les fluctuations des cours, qui aurait représenté environ 50 centimes par litre, soit 5,7 milliards de dirhams, aurait permis de limiter l’impact des fortes variations des prix. Suivant ce raisonnement, cette dépense aurait constitué moins un coût qu’une protection contre un choc beaucoup plus lourd.
La mobilisation des recettes constitue enfin le troisième pilier de cette mécanique. Younes Maamar avance une progression qu’il situe autour de 100, puis 200 et 300 milliards de dirhams de recettes fiscales, qu’il relie à l’élargissement de l’assiette, au renforcement du contrôle et à la formalisation de l’économie. Là encore, il insiste pour rappeler : pas de nouveaux impôts, mais davantage de contribuables, davantage d’activité déclarée et une meilleure efficacité du recouvrement.
Libérer l’économie pour financer l’État social
La croissance n’est donc pas une fin en soi. Dans le projet défendu par le PAM, elle doit fournir les moyens d’un État social plus ambitieux. Créer davantage de richesse pour pouvoir redistribuer davantage : c’est la logique qui sous-tend la vision économique du PAM. Pour l’objectiver, M. Mammar emprunte au langage de la mécanique une image qui résume sa conception de l’action publique : l’économie est le moteur, l’État social, la justice et la démocratie constituent les roues, tandis que la régionalisation joue le rôle du «turbo». Une métaphore qui donne aux territoires une fonction bien plus large qu’un simple échelon administratif : celle d’un accélérateur de développement et d’action publique.
Mais un moteur ne tourne pleinement que si rien ne vient entraver sa course. C’est pourquoi l’ouverture du secteur privé revient comme l’un des ressorts majeurs du projet. Le PAM veut desserrer les contraintes qui pèsent sur l’initiative, faire émerger de nouveaux acteurs et créer les conditions permettant à des entreprises marocaines de franchir le cap des «licornes». D’où la nécessité d’une véritable ouverture économique. Selon le PAM, l’État social, l’aide aux ménages, la justice sociale et le développement territorial trouvent leur ressort dans une économie capable de créer davantage de valeur et d’emplois. La richesse produite devient ainsi le point de départ d’un cercle vertueux : libérer l’économie pour élargir les ressources, élargir les ressources pour renforcer l’État social.
Reste alors la question qui domine toute campagne électorale : jusqu’où cette ambition peut-elle conduire le parti ? Le PAM revendique la première place, sans avancer de nombre de sièges. M. Maamar indique que des projections existent en interne, mais qu’elles restent confidentielles. Pour le reste, il renvoie au verdict des urnes : «Le peuple marocain est le seul juge.» Une prudence sur le résultat, mais pas dans l’ambition.