Saloua Islah
11 Février 2026
À 13:00
Le jeudi 5 février 2026 à 11 heures du matin,
une girafe est née pour la première fois au Maroc. L’événement, survenu au complexe animalier
Dream Village à Mohammedia, dépasse l’image attendrissante d’un girafon découvrant ses premiers pas. Il marque une étape inédite dans la gestion et la reproduction d’espèces menacées sur le territoire national.
La petite,
une femelle, est née après quinze mois de gestation et six heures d’accouchement dans des conditions entièrement naturelles. La mise bas, suivie sous contrôle vétérinaire permanent et sous surveillance vidéo, s’est déroulée
sans complication. « C’est une naissance naturelle, encadrée du début à la fin par nos équipes », précise
Mgharfaoui Mohamed, propriétaire et PDG du groupe Dream Village. Quelques heures à peine après sa venue au monde, le girafon s’est redressé et a pris appui sur ses longues pattes. Après quelques jours d’observation et de suivi, elle a pu rejoindre le troupeau. «
Elle est en bonne santé, elle joue, elle s’est exposée au soleil et même au public », assure le responsable.
Au-delà de l’émotion, cette naissance marque un tournant attendu depuis plusieurs années, puisque
le Maroc ne disposait jusqu’ici que de mâles girafes, sans femelles pour permettre la reproduction sur son sol. « C’est historique parce que ce sont les premières girafes installées au Maroc dans le cadre d’un véritable programme de reproduction, et cette naissance en est déjà le résultat », souligne le PDG du complexe. Le noyau de reproduction mis en place localement rassemble aujourd’hui
huit girafes, six à Dream Village et deux au parc zoologique d’Aïn Sebaâ, dont
cinq femelles et
trois mâles. Un équilibre volontairement recherché afin d’assurer la pérennité de l’espèce au niveau local, affirme le fondateur du site.
« Cela fait
cinq ans que nous travaillons pour arriver à ce résultat », confie Mgharfaoui. Les girafes présentes aujourd’hui au Maroc ont été importées dans
le strict respect de la réglementation internationale. Le pays est signataire de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, un cadre qui interdit l’importation d’animaux prélevés dans la nature ou directement depuis les pays africains. Les spécimens doivent obligatoirement provenir de captivité, principalement de
l’Union européenne.
Le processus est long et encadré. « Pour obtenir une girafe, il faut s’inscrire sur une longue liste d’attente internationale...Ensuite, une procédure complète est engagée avec l’Agence nationale des eaux et forêts ainsi qu’avec les services sanitaires de l’ONSSA avant toute importation », détaille-t-il. Dans ces conditions, faire naître les animaux sur place devient un levier concret pour limiter le recours à des démarches lourdes et contraignantes, et pour installer progressivement une capacité locale durable.
La démarche s’inscrit dans une vision plus large de
conservation. « Notre objectif est de consolider un noyau reproducteur au Maroc et de travailler avec nos vétérinaires et notre équipe scientifique pour avoir des
naissances régulières », indique le PDG, annonçant qu’
une autre femelle est déjà gestante. « L’ambition est d’atteindre
une naissance par an », ajoute-t-il. Cette dynamique ne concerne pas uniquement les girafes. Jaguars, pumas, lions, tigres, ours, servals et caracals se reproduisent également au sein du parc, traduisant la volonté du Maroc de participer activement à la préservation d’espèces menacées. « Beaucoup d’animaux nés chez nous vivent aujourd’hui dans la nature. C’est la mission d’un zoo moderne », insiste-t-il.
Cette dynamique locale intervient dans un contexte international marqué par
un déficit important en girafes et une demande soutenue, notamment dans les parcs européens engagés dans des programmes de reproduction. Selon les estimations avancées par le PDG de Dream Village, l’Union européenne compterait environ 700 girafes en captivité, alors que l’autosuffisance nécessiterait
1.200 individus, soit 500 naissances supplémentaires. Dans ce contexte, chaque naissance locale contribue à
réduire la dépendance aux importations et à positionner le Maroc parmi les pays capables de participer à la conservation internationale des espèces menacées. « Le travail réalisé ici
est 100 % marocain. Nous en sommes fiers », affirme Mgharfaoui, mettant en avant l’expertise vétérinaire et scientifique nationale.
La petite girafe, dont le nom sera choisi dans les prochains jours, ne sera pas baptisée à huis clos.
Dream Village prévoit de la présenter sur ses réseaux sociaux et d’inviter les Marocains à
proposer des prénoms. Les suggestions qui recueilleront le plus de réactions seront soumises à un vote final afin d’en retenir un. « Elle est marocaine, et ce sont les Marocains qui méritent de lui donner un nom », conclut le responsable.