Société

Infirmité motrice cérébrale : l’Amicale marocaine des IMC au chevet des enfants malades et de leurs familles

Après plus de quinze années d’engagement auprès des enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale et de leurs familles, l’Amicale marocaine vient d’obtenir la reconnaissance d’utilité publique par décret. Cette distinction consacre un travail associatif de longue haleine et ouvre une nouvelle phase de développement pour son centre pluridisciplinaire à Casablanca, appelé à devenir un modèle national dans la prise en charge du handicap neurologique.

20 Mars 2026 À 14:10

L’Amicale marocaine (AMI) des enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale (IMC) franchit une étape importante de son parcours. Fondée par Rachid Mekouar et Loubna Cherif Kanouni à l’initiative de parents confrontés à la paralysie cérébrale de leurs enfants, l’association vient d’obtenir, plus de quinze ans après sa création, la reconnaissance d’utilité publique. Une distinction qui consacre un engagement constant en faveur de l’accompagnement des enfants atteints de ce handicap et de leurs familles.

Créée en avril 2008, l’association s’est donnée pour mission d’améliorer la prise en charge de la paralysie cérébrale au Maroc et d’offrir aux enfants concernés un accompagnement spécialisé, adapté à leurs besoins. Dans cette optique, elle a mis en place, quelques années plus tard à Casablanca, un centre pluridisciplinaire dédié à l’éveil psychomoteur et à la rééducation fonctionnelle.

Une reconnaissance officielle vient couronner quinze années d’engagement

La reconnaissance d’utilité publique, accordée par décret n° 2.25.710, vient consacrer plus d’une décennie d’action associative menée par l’Amicale marocaine des IMC. Elle intervient après plusieurs années d’engagement continu en faveur des enfants atteints de paralysie cérébrale et de leurs familles.

Concrètement, chaque année, plus de 160 enfants bénéficient d’un accompagnement spécialisé au sein du centre de Casablanca. Parmi eux, près de 85% sont issus de familles modestes, pour lesquelles l’accès à une prise en charge spécialisée demeure souvent difficile.

Dans ce contexte, cette distinction revêt une portée particulière pour les fondateurs de l’association. Elle représente à la fois l’aboutissement d’un travail de longue haleine et le point de départ d’une nouvelle phase d’engagement.

«Cette reconnaissance d’utilité publique est bien plus qu’une consécration pour notre association ; elle constitue un signal fort adressé à toutes les familles qui luttent quotidiennement pour offrir à leurs enfants une vie digne et épanouissante. Elle atteste que la cause des enfants atteints de paralysie cérébrale est désormais reconnue comme un enjeu d’intérêt général dans notre pays. Nous mesurons pleinement l’honneur qui nous est fait, mais aussi la responsabilité qui nous incombe de poursuivre et d’amplifier notre mission», a déclaré Rachid Mekouar, co-fondateur de l’AMI.

Un centre pluridisciplinaire unique au Maroc

Au cœur de l’action menée par l’association se trouve le centre AMI, inauguré en janvier 2011 à Casablanca, dans le quartier du Vélodrome. Conçu selon des standards internationaux, cet établissement propose une approche globale articulant rééducation fonctionnelle, accompagnement éducatif et soutien psychosocial.

Au fil des années, le centre s’est progressivement affirmé comme une référence nationale dans la prise en charge de la paralysie cérébrale et des handicaps assimilés. Certifié ISO 9001 depuis 2014, il s’inscrit dans une démarche continue d’amélioration de la qualité des soins et d’innovation thérapeutique.

Aujourd’hui, le centre offre un environnement thérapeutique complet destiné aux enfants présentant des troubles moteurs et neurologiques complexes. Les services proposés couvrent notamment la kinésithérapie et la rééducation fonctionnelle, l’orthophonie, la psychomotricité, ainsi que l’accompagnement psychologique et psychosocial. À ces dispositifs s’ajoutent l’éducation spécialisée inclusive, l’ergothérapie, l’équithérapie et des espaces de stimulation sensorielle de type Snoezelen. Le centre propose également des classes préscolaires inclusives, des activités sportives et artistiques adaptées, ainsi que des programmes d’insertion professionnelle.

Parallèlement à cet accompagnement des enfants, l’association accorde une attention particulière au soutien des familles. Elle met ainsi en place un dispositif d’écoute et d’accompagnement destiné aux parents et à la fratrie.

Lors de la présentation de cette nouvelle étape pour l’association, Loubna Cherif Kanouni est revenue sur l’esprit dans lequel ce projet a été conçu. «Nous sommes aujourd’hui réunis pour annoncer la reconnaissance d’utilité publique de l’association, après plus de quinze ans de travail au service des enfants atteints de paralysie cérébrale», a-t-elle indiqué.

Elle rappelle que le centre a d’abord été pensé pour répondre aux besoins spécifiques de ces enfants, avant d’élargir progressivement son champ d’intervention à d’autres formes de handicap. «Au départ, ce centre a été ouvert pour les enfants atteints de paralysie cérébrale, mais nous nous sommes retrouvés à accueillir d’autres types de handicap», explique-t-elle.

Dans cette même logique, l’association entend également contribuer au développement d’une approche plus inclusive de l’éducation. «Nous voulons aussi jouer un rôle de pôle inclusif pour l’éducation, un pôle ressource qui permet aux enfants de venir bénéficier de prestations ici, puis de retourner dans leur école lorsqu’ils y sont inscrits», précise-t-elle.

Des infrastructures thérapeutiques innovantes

Parmi les équipements les plus remarquables du centre figure un bassin de balnéothérapie destiné à la kinésithérapie aquatique, une installation encore peu répandue au Maroc. Cette approche thérapeutique permet une rééducation en douceur : elle favorise notamment le relâchement musculaire, stimule les capacités sensorielles des enfants et contribue, plus largement, à améliorer leur confort ainsi que leur bien-être.

En complément de cet équipement, le centre s’est doté de plusieurs infrastructures spécialisées. Il comprend ainsi une salle de rééducation fonctionnelle entièrement équipée, une salle de fitness adaptée aux personnes à mobilité réduite, ainsi que des terrains omnisports conformes aux normes du handisport, actuellement en cours de réalisation. Une ferme pédagogique a également été aménagée afin de stimuler l’éveil et l’apprentissage des enfants dans un environnement adapté, précise un communiqué de l’association.

Dans cette même dynamique d’innovation thérapeutique, des espaces dédiés à la thérapie par la lumière et la musique ont été conçus pour favoriser l’apaisement, encourager la communication et soutenir le développement émotionnel des enfants.

Au total, l’ensemble de ces infrastructures a été pensé dans un souci d’accessibilité et d’inclusion, avec des espaces et des équipements spécifiquement adaptés aux besoins des enfants accompagnés par le centre.

Un accompagnement qui s’étend aussi aux familles

Au-delà de la prise en charge des enfants, l’association met également l’accent sur la dimension humaine de son action. L’accompagnement qu’elle propose ne se limite pas au suivi thérapeutique et éducatif : il s’adresse aussi à l’entourage des enfants, en particulier aux parents et à la fratrie.

Dans cette perspective, des rencontres régulières et des groupes de parole sont organisés afin d’offrir aux familles des espaces d’écoute et d’échange. Ces moments permettent aux parents de partager leurs expériences, d’exprimer les difficultés rencontrées au quotidien et de trouver un soutien auprès d’autres familles confrontées aux mêmes réalités.

C’est dans cet esprit que Loubna Cherif Kanouni souligne l’importance de cet accompagnement global. «Nous accompagnons aussi les parents et la fratrie, notamment à travers des groupes de parole qui permettent aux familles de partager leurs expériences et de trouver un soutien», a expliqué Loubna Cherif Kanouni.

Une nouvelle phase de développement

La reconnaissance d’utilité publique intervient à un moment charnière dans le parcours de l’association. Elle marque l’aboutissement d’années d’engagement, tout en ouvrant, dans le même temps, de nouvelles perspectives pour le développement de ses actions. Dans cette dynamique, le centre a récemment élargi l’éventail de ses services, avec notamment l’ouverture de classes inclusives et préscolaires, ainsi que le lancement de nouveaux programmes thérapeutiques, dont la balnéothérapie.

Par ailleurs, arrivé au terme de ses premiers cycles de partenariats, le projet associatif entre aujourd’hui dans une nouvelle étape. L’association appelle ainsi à une mobilisation plus large afin de consolider son modèle et d’augmenter sa capacité d’accueil. Dans cette perspective, les fondateurs souhaitent renforcer les collaborations avec les pouvoirs publics, les institutions concernées et les entreprises engagées dans des démarches de responsabilité sociétale.

À plus long terme, l’AMI envisage également de dupliquer son modèle dans d’autres régions du Royaume, avec l’ambition d’élargir l’accès aux soins et à l’accompagnement pour les enfants atteints de paralysie cérébrale à l’échelle nationale. Au fond, comme le rappellent les fondateurs de l’association, cette démarche s’inscrit dans une conviction simple mais profonde : préserver la dignité et l’humanité de ces enfants revient aussi, d’une certaine manière, à préserver celles de la société tout entière.
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