Société

Disparitions d’enfants : l’angoisse grandit, les appels à la vigilance se multiplient

Plusieurs affaires récentes de disparition d’enfants, largement relayées sur les réseaux sociaux, ont suscité une vive émotion au Maroc. Face à l’inquiétude des familles, des acteurs associatifs appellent à une mobilisation collective pour mieux protéger les enfants.

06 Mars 2026 À 17:00

En quelques jours seulement, plusieurs affaires de disparition d’enfants ont bouleversé l’opinion publique au Maroc. La disparition de la petite Soundous à Chefchaouen, celle d’un nourrisson dans la région de Zagora, ou encore le drame de Hiba, retrouvée morte près du lac Bin El Ouidane, ont suscité une vive émotion et ravivé une inquiétude profonde au sein de la société. Derrière ces histoires, ce sont des familles plongées dans l’angoisse, des recherches qui mobilisent habitants et autorités, et une question qui revient avec insistance : comment mieux protéger les enfants ?



Très vite, les réseaux sociaux se sont transformés en espaces de mobilisation et d’alerte. Messages de solidarité, appels à la prudence, conseils aux parents... Les publications se multiplient pour rappeler la nécessité de redoubler de vigilance, notamment envers les enfants en bas âge. De nombreux internautes invitent les familles à ne pas relâcher leur attention, même dans les environnements familiers du quotidien.

Cette inquiétude est largement partagée par les parents. Plusieurs d’entre eux reconnaissent que ces affaires ont renforcé leur vigilance. Certains expliquent éviter désormais de laisser leurs enfants jouer seuls devant la maison ou dans les rues du quartier, tandis que d’autres affirment accompagner davantage leurs déplacements. «Dès qu’on entend parler d’un enfant disparu, on ne peut pas s’empêcher de penser à nos propres enfants», confie une mère de famille. «On devient plus attentif à chaque détail.»

Face à cette situation, l’Organisation Alternatives pour l’enfance et la jeunesse a exprimé sa vive préoccupation face à la succession de cas signalés dans différentes régions du Royaume. Pour l’Organisation, ces événements douloureux rappellent l’importance de renforcer les dispositifs de protection de l’enfance et de promouvoir une approche globale mobilisant l’ensemble des acteurs concernés.

L’Organisation rappelle que la protection des enfants ne peut se limiter à une réponse sécuritaire, aussi essentielle soit-elle dans les opérations de recherche et d’intervention rapide. Elle insiste, également, sur la nécessité de développer davantage la prévention, en diffusant une véritable culture de protection de l’enfance au sein des familles et des établissements scolaires, tout en multipliant les actions de sensibilisation destinées aux enfants.

Elle souligne aussi l’importance de renforcer la coordination entre les différents acteurs impliqués dans la protection de l’enfance, notamment à travers l’amélioration des mécanismes de veille, de signalement et d’intervention précoce. Dans un contexte marqué par l’expansion rapide du numérique, l’Organisation appelle, par la même occasion, à sensibiliser les familles et les enfants aux risques liés aux espaces digitaux, afin de prévenir les tentatives d’approche ou d’exploitation en ligne.

En conclusion, Mohamed Ennahili, président de l’Organisation Alternatives pour l’enfance et la jeunesse et expert engagé dans les questions liées à l’enfance et à la jeunesse au Maroc, rappelle que la protection des enfants ne doit pas être perçue comme une réaction ponctuelle à un événement particulier, mais comme une responsabilité collective permanente. Selon lui, la sécurité de l’enfance constitue un indicateur fondamental de la vigilance d’une société et de la solidité de ses institutions. Il ajoute que l’investissement réel dans l’avenir d’un pays commence par la protection de ses enfants aujourd’hui, car une enfance protégée et épanouie constitue la base d’une société plus juste, plus solidaire et plus stable.



Entretien avec le président de l’Organisation Alternatives pour l’enfance et la jeunesse et expert et acteur associatif dans les questions liées à l’enfance et à la jeunesse au Maroc

Mohamed Ennahili : «Les espaces numériques représentent, aujourd’hui, un défi majeur pour la protection de l’enfance»



Le Matin : La multiplication récente des signalements de disparitions d’enfants a suscité une vive inquiétude dans l’opinion publique. Selon vous, quels sont, aujourd’hui, les principaux facteurs qui peuvent expliquer la disparition d’enfants dans le contexte marocain ?

Mohamed Ennahili :
La disparition d’un enfant est toujours un événement extrêmement préoccupant qui mobilise l’ensemble de la société. Dans le contexte marocain, plusieurs facteurs peuvent expliquer ces situations. D’abord, il y a des facteurs sociaux liés à la vulnérabilité de certains environnements, notamment dans les zones où les conditions socio-économiques sont fragiles ou où la surveillance des enfants peut être plus difficile. Ensuite, il existe des facteurs liés aux espaces publics peu sécurisés ou insuffisamment surveillés, ainsi que des situations familiales complexes pouvant exposer certains enfants à des risques accrus.

Par ailleurs, les transformations sociales et numériques créent de nouveaux risques, notamment à travers les mécanismes d’approche ou de manipulation via Internet ou les réseaux sociaux. Ces situations ne signifient pas nécessairement l’absence de dispositifs juridiques ou institutionnels, car le Maroc dispose d’un cadre légal relativement avancé pour la protection de l’enfance. Toutefois, elles révèlent surtout la nécessité de renforcer l’efficacité opérationnelle de ce système : amélioration de la coordination entre les acteurs, rapidité de réaction dans les premières heures, renforcement de la prévention et de la vigilance collective.

Vous dites que la protection des enfants ne peut pas se limiter à une approche sécuritaire. Quelles autres dimensions doivent être renforcées pour prévenir efficacement ces situations ?

L’approche sécuritaire reste évidemment essentielle, mais elle intervient souvent après la survenue du risque. Pour être réellement efficace, la protection de l’enfance doit s’inscrire dans une approche globale et préventive. Il est nécessaire de renforcer l’éducation à la sécurité et aux droits de l’enfant au sein de l’école, afin que les enfants puissent identifier les situations à risque et savoir comment réagir. La sensibilisation des familles est également fondamentale, notamment en matière de communication avec les enfants et de vigilance dans les espaces publics et numériques.

Par ailleurs, les politiques publiques doivent renforcer les dispositifs de prévention sociale, le suivi des situations de vulnérabilité et les mécanismes d’alerte rapide en cas de disparition. La protection de l’enfance ne peut être efficace que si elle repose sur une combinaison équilibrée entre prévention, éducation, accompagnement social et réponse institutionnelle rapide.

Dans quelle mesure les réseaux sociaux et les espaces numériques représentent-ils, aujourd’hui, un nouveau risque pour les enfants, notamment en matière d’exploitation ou de manipulation ?

Les espaces numériques représentent, actuellement, un défi majeur pour la protection de l’enfance dans le monde entier, et le Maroc n’échappe pas à cette réalité. Les réseaux sociaux peuvent être utilisés par des individus malveillants pour approcher, manipuler ou exploiter des mineurs à travers des identités fictives ou des stratégies de manipulation psychologique.Ces risques incluent notamment l’extorsion, le chantage, la diffusion de contenus sensibles ou encore des tentatives d’exploitation. Cela ne signifie pas que le numérique soit en soi dangereux, mais il nécessite une véritable éducation numérique. Il est donc indispensable de développer la culture de la sécurité numérique auprès des enfants, mais aussi des parents et des enseignants, afin de mieux comprendre les mécanismes de ces risques et de savoir comment les prévenir.

La coordination entre les familles, l’école, la société civile et les institutions publiques est souvent évoquée comme essentielle. Concrètement, que manque-t-il pour que cette coopération soit réellement efficace ?

La coopération existe déjà, mais elle reste souvent fragmentée. Ce qui manque aujourd’hui, c’est surtout une meilleure structuration de cette coordination et des mécanismes d’action plus intégrés. Il est nécessaire de renforcer les dispositifs locaux de protection de l’enfance, d’améliorer le partage d’informations entre les différents acteurs et de développer des protocoles clairs de réaction en cas de disparition ou de situation à risque.

La société civile joue aussi un rôle important en matière de sensibilisation et d’accompagnement des familles. Mais pour être pleinement efficace, cette coopération doit s’inscrire dans une stratégie nationale cohérente de protection de l’enfance, avec des responsabilités clairement définies pour chaque acteur.

Face à l’inquiétude croissante des parents, quels gestes simples ou mesures de vigilance recommanderiez-vous aux familles pour mieux protéger leurs enfants au quotidien ?

La première protection de l’enfant reste la qualité du lien de confiance avec ses parents. Il est important de maintenir un dialogue permanent avec les enfants, afin qu’ils puissent parler librement de leurs expériences, de leurs déplacements ou de leurs interactions en ligne. Les parents peuvent également adopter certaines mesures simples : connaître les lieux fréquentés par leurs enfants, s’assurer qu’ils disposent de repères clairs en cas de danger, leur apprendre à ne pas suivre des inconnus et à demander de l’aide en cas de situation suspecte.

Dans le contexte numérique, il est aussi essentiel d’accompagner les enfants dans l’usage des réseaux sociaux, de discuter avec eux des risques potentiels et de fixer des règles d’utilisation adaptées à leur âge. En définitive, la protection des enfants repose sur une vigilance collective : des familles attentives, des écoles engagées, des institutions réactives et une société civile mobilisée autour de la sécurité et du bien-être des enfants.
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