Comment enrayer durablement la pauvreté des
apprentissages au
Maroc ? C’est à cette question que s’attaque le
Policy Center for the New South (PCNS) dans un Research Paper signé par
Aomar Ibourk, Karim El Aynaoui et Tayeb Ghazi. En remontant aux facteurs associés à la
sous-performance scolaire, les chercheurs défendent une lecture multidimensionnelle du problème, qui met en jeu à la fois le parcours de l’élève, son environnement familial et les caractéristiques de son établissement.
Le diagnostic est préoccupant. À partir des données de
PISA 2018, l’étude fait ressortir une forte concentration des
élèves marocains dans les niveaux les plus faibles de maîtrise. 74,01% se situent au niveau 1 en
lecture, 77,88% en
mathématiques et 71,34% en
sciences. La sous-performance s’accompagne en outre d’importantes disparités selon le milieu de résidence, le type d’établissement et la situation socio-économique des familles.
Depuis la publication de l’étude, la situation ne s’est pas améliorée.
PISA 2025 fait apparaître un nouveau recul des performances du
Maroc : 355 points en
mathématiques, 321 en
lecture et 358 en
sciences, contre respectivement 365, 339 et 365 points en 2022.
Ces résultats ne permettent toutefois pas encore de mesurer les effets des
réformes actuellement déployées. Les élèves évalués par PISA 2025, âgés de 15 ans, ont effectué leur
scolarité sous l’ancien modèle éducatif et n’ont pas bénéficié des
« Établissements pionniers ». L’impact de ce dispositif sur les résultats du Maroc ne pourra être mesuré que lorsque les élèves qui en ont effectivement bénéficié au cours de leur parcours auront atteint l’âge de participer à l’évaluation.
Absentéisme, violence, inégalités : agir sur les facteurs de vulnérabilité
Parmi les facteurs associés à la sous-performance, l’étude met en évidence le poids de l’absentéisme, de l’attitude des
élèves à l’égard de
l’école et de la
violence en milieu scolaire. Les auteurs préconisent des interventions ciblées sur ces différentes dimensions, ainsi qu’un renforcement du soutien émotionnel apporté aux élèves.
L’assiduité, le rapport entretenu par l’élève avec l’école et les conditions dans lesquelles il évolue s’ajoutent ainsi aux dimensions strictement pédagogiques dans l’explication des
difficultés d’apprentissage.
L’environnement familial occupe également une place importante. Un soutien émotionnel plus important des parents est associé à une probabilité réduite d’appartenir au groupe des élèves peu performants. Le statut socio-économique et les ressources éducatives disponibles au sein de la famille sont eux aussi associés aux performances observées.
Les auteurs recommandent également de veiller à une répartition équitable des
ressources et des
opportunités, en accordant une attention particulière aux élèves issus des milieux socio-économiques défavorisés. L’enjeu est de réduire le poids des inégalités socio-économiques sur les parcours et les performances scolaires.
Les écarts relevés dans l’étude donnent la mesure de l’enjeu. En lecture, la proportion d’élèves peu performants avoisine 87% parmi ceux appartenant au quartile socio-économique le plus défavorisé, contre environ 55% dans le quartile le plus favorisé.
Les
disparités territoriales sont tout aussi marquées. En lecture, 86,04% des élèves ruraux se situent au niveau 1, contre 67,07% des élèves urbains. En mathématiques, ces proportions atteignent respectivement 89,27% et 71,31%, et en sciences 83,37% et 64,40%.
Préscolaire et redoublement : le poids du parcours scolaire
Le
parcours éducatif antérieur figure parmi les facteurs qui pèsent sur les performances à 15 ans. La fréquentation de
l’éducation préscolaire est associée à une moindre probabilité d’appartenir au groupe des élèves peu performants, tandis que sa non-fréquentation ressort parmi les déterminants significatifs de la sous-performance identifiés par les chercheurs.
La revue de littérature mobilisée dans l’étude souligne également qu’une
éducation préscolaire de qualité peut avoir des effets positifs à plus long terme, particulièrement pour les enfants issus de
familles à faible revenu. L’intervention dès les premières années apparaît ainsi comme un levier pour limiter l’installation et l’accumulation des difficultés d’apprentissage au fil de la scolarité.
Le redoublement ressort également comme une variable fortement associée à la
sous-performance des élèves. Les résultats de l’investigation empirique montrent que le fait d’avoir redoublé est lié à une probabilité plus importante d’appartenir au groupe des élèves peu performants.
Le constat est d’autant plus significatif que PISA évalue des élèves du même âge. Parmi les élèves de 15 ans étudiés, ceux qui se trouvent dans les grades les moins avancés affichent des proportions particulièrement élevées de faibles niveaux de maîtrise. En lecture, la part des élèves au niveau 1 atteint ainsi 99,64% au grade 7, avant de diminuer progressivement pour s’établir à 33,08% au grade 11.
L’identification précoce des difficultés apparaît dès lors essentielle pour éviter leur accumulation et la constitution de retards scolaires difficiles à résorber.
Moyens, équipements, enseignants : renforcer les capacités de l’école
Les caractéristiques des établissements pèsent elles aussi dans l’équation. Le Research Paper établit notamment une association entre le manque de
matériel pédagogique, le déficit de
personnel enseignant et une proportion plus importante d’
élèves peu performants.
Les auteurs préconisent d’améliorer
l’environnement éducatif en augmentant les
ressources disponibles dans les établissements, en renforçant
l’encadrement pédagogique et en investissant dans des équipements adéquats. Ils évoquent également la mise en place de
mécanismes d’assurance qualité destinés à évaluer et à améliorer les
performances des établissements.
Les estimations présentées dans l’étude appellent toutefois à la nuance : les variables relatives à
l’orientation professionnelle à l’école et à
l’assurance qualité ne présentent pas d’effet statistiquement significatif. L’assurance qualité figure néanmoins parmi les instruments proposés dans les conclusions pour améliorer l’environnement éducatif.
Enseignants, parents, décideurs : sortir des réponses en silos
La multiplicité des déterminants de la sous-performance conduit enfin les auteurs à préconiser une collaboration renforcée entre les différents acteurs du
système éducatif, notamment
les enseignants, les parents et les décideurs. Cette coopération doit permettre d’élaborer conjointement des politiques et des initiatives destinées à créer un environnement plus propice à
l’apprentissage et à la
réussite scolaire.
L’objectif est d’agir conjointement sur les différentes dimensions qui conditionnent la réussite scolaire. Les difficultés pouvant se construire à la fois dans le
parcours de l’élève, son environnement familial et son établissement, les réponses isolées risquent de ne traiter qu’une partie du problème.