Saloua Islah
22 Février 2026
À 15:10
Suivre le développement du cerveau de la petite enfance jusqu’au début de l’adolescence permet aujourd’hui de mieux comprendre comment certaines habitudes très précoces peuvent laisser une empreinte durable. Des chercheurs de l’A*STAR, en collaboration avec l’Université nationale de Singapour montrent qu’une exposition importante aux écrans avant l’âge de deux ans est associée à des transformations mesurables des réseaux cérébraux, qui se manifestent plusieurs années plus tard par des différences dans le fonctionnement cognitif et émotionnel.
L’étude, publiée récemment dans eBioMedicine, repose sur le suivi de 168 enfants issus de la cohorte GUSTO, avec des examens d’imagerie cérébrale réalisés à plusieurs étapes de l’enfance. Cette approche longitudinale permet d’identifier non seulement des corrélations, mais aussi une trajectoire biologique reliant les pratiques de la toute petite enfance à la santé mentale à l’entrée dans l’adolescence.
Les enfants les plus exposés aux écrans durant leurs deux premières années présentent une spécialisation plus rapide des réseaux impliqués dans le traitement visuel et le contrôle cognitif. Ce phénomène correspond à une maturation cérébrale accélérée, généralement observée lorsque le cerveau est soumis à des stimulations intenses.
L’illusion d’une avance... au prix de la flexibilité mentale
Cette accélération ne constitue toutefois pas un avantage. Les connexions nécessaires à un raisonnement complexe n’ayant pas eu le temps de se consolider progressivement, ces réseaux deviennent plus rigides et moins efficaces. À l’âge de huit ans et demi, les enfants concernés mettent davantage de temps à prendre des décisions lors de tâches cognitives. Cette moindre flexibilité est elle-même associée, quelques années plus tard, à des niveaux plus élevés de symptômes anxieux déclarés à treize ans.
Les chercheurs soulignent que cet effet n’apparaît pas lorsque l’exposition aux écrans est mesurée à trois ou quatre ans, ce qui confirme l’existence d’une période de vulnérabilité spécifique au tout début de la vie, lorsque le développement cérébral est le plus rapide et le plus sensible aux influences de l’environnement. À cet âge, les usages numériques dépendent presque entièrement des pratiques parentales, ce qui confère aux choix éducatifs un rôle déterminant.
Les travaux montrent également que certaines interactions peuvent atténuer ces effets. La lecture régulière entre parents et enfants autour de l’âge de trois ans affaiblit nettement l’association entre exposition précoce aux écrans et altération des réseaux cérébraux liés à la régulation émotionnelle. Les chercheurs y voient l’impact d’expériences riches en échanges, en langage et en connexion affective, à l’opposé d’une consommation passive de contenus numériques.