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Mercredi 18 Mars 2026
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Aïd Al-Fitr : les marchés marocains renouent avec l’effervescence du vêtement traditionnel

À mesure que l’Aïd Al-Fitr approche, les souks et marchés du Royaume se transforment en véritables pôles d’animation commerciale. De Casablanca à Taroudant, en passant par Khémisset, une même scène se répète : celle de familles en quête de tenues neuves, oscillant entre attachement aux traditions et contraintes du pouvoir d’achat.

Ph. Sradni
Ph. Sradni
À Casablanca, le marché des Habous s’impose comme l’un des épicentres de cette effervescence. Dès les premières heures de la journée, ses ruelles se remplissent d’une foule dense venue acquérir djellabas, caftans ou encore babouches. Les vitrines rivalisent de créativité, mêlant coupes traditionnelles et touches contemporaines pour séduire une clientèle de plus en plus exigeante. « Les jours précédant l’Aïd représentent le pic de la saison », confie Rachid Bounnas, commerçant spécialisé dans le vêtement traditionnel. Malgré une baisse relative de la demande ces dernières années, il souligne que ces tenues conservent une forte charge symbolique, particulièrement lors des fêtes religieuses.



Dans la cité impériale de Taroudant, le même attachement se manifeste avec intensité. Au Souk Lkbir, les boutiques ne désemplissent pas, attirant une clientèle intergénérationnelle. Djellabas brodées, gandouras, jabadors et babouches s’alignent en une palette de couleurs et de motifs qui témoignent de la richesse du patrimoine vestimentaire marocain. Les commerçants évoquent une hausse notable de la demande à l’approche de l’Aïd, avec des boutiques ouvertes tard dans la nuit pour répondre à l’afflux continu. Pour beaucoup de familles, l’achat d’une tenue traditionnelle neuve demeure un rituel incontournable, symbole de transmission culturelle.

Plus au nord, à Khémisset, la dynamique commerciale prend une dimension nocturne. Après les prières de l’icha et des tarawih, les artères commerçantes s’animent intensément. Dans les allées de la kissaria, les enfants s’émerveillent devant les vitrines colorées tandis que les parents comparent les prix avec attention. « La joie de l’Aïd commence par les vêtements des enfants », confie une mère de famille, illustrant les arbitrages parfois difficiles entre budget et traditions.

Cette saison est également marquée par une diversification de l’offre. Les vêtements importés, notamment turcs, gagnent du terrain, séduisant par leur modernité et des prix jugés accessibles. Toutefois, le vêtement traditionnel marocain résiste, porté par un savoir-faire reconnu et une exigence croissante en matière de qualité. Les pièces issues de villes réputées comme Fès ou Ouazzane continuent ainsi de bénéficier d’une forte demande.



Derrière cette vitalité commerciale, les professionnels évoquent néanmoins des défis persistants. La hausse des prix des matières premières et des coûts de production se répercute sur les tarifs, contraignant certaines familles à revoir leurs achats à la baisse. Dans les marchés populaires, les prix des vêtements pour enfants oscillent entre 80 et 200 dirhams, tandis que les tenues traditionnelles peuvent atteindre, voire dépasser, les 500 dirhams selon la qualité.

Malgré ces contraintes, l’engouement ne faiblit pas. Dans l’ensemble du pays, les marchés vibrent au rythme des préparatifs de l’Aïd, mêlant effervescence commerciale et ferveur sociale. Entre tradition et modernité, ces scènes de vie traduisent la persistance d’un héritage culturel profondément ancré, où le vêtement demeure bien plus qu’un simple habit : un marqueur identitaire et un vecteur de lien social, transmis de génération en génération.
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