Espagne : 40.000 Marocains confrontés à un casse-tête autour de leur permis de conduire
Chaque matin, Abderrahim prend le volant de sa voiture pour rejoindre son chantier dans la périphérie de Madrid. Comme des milliers d’autres Marocains établis en Espagne, ce trajet quotidien, indispensable à son activité professionnelle, s’accompagne désormais d’une inquiétude permanente : celle d’un contrôle routier susceptible de mettre en lumière une situation administrative complexe liée à son permis de conduire marocain.
LE MATIN
11 Juin 2026
À 13:16
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Installé en Espagne depuis plus de dix ans, ce travailleur marocain explique vivre dans l’incertitude. « Je n’ai pas peur parce que j’ai commis une infraction, mais parce que mon permis est devenu un problème que je ne sais plus comment résoudre », confie-t-il. Son cas est loin d’être isolé. Selon plusieurs estimations, plus de 40.000 Marocains résidant en Espagne se trouvent aujourd’hui confrontés à des difficultés similaires.
Au cœur du problème figure la réglementation espagnole en matière de permis de conduire étrangers. Les nouveaux résidents peuvent utiliser leur permis marocain pendant une période limitée à six mois. Au-delà, ils doivent régulariser leur situation conformément à la législation en vigueur. Une procédure qui se révèle particulièrement complexe pour une partie de la communauté marocaine.
Pour Abderrahim, la difficulté ne réside pas dans la conduite elle-même, mais dans l’obligation de réussir les examens théoriques espagnols. « Je peux conduire dans les conditions les plus difficiles, mais lorsque j’arrive devant l’examen théorique, j’ai l’impression de retourner sur les bancs de l’école », explique-t-il avec un sourire qui masque mal son anxiété.
Une situation héritée d’un ancien contentieux
Les origines de cette problématique remontent au début des années 2000. À cette époque, les autorités espagnoles avaient suspendu le système de conversion directe de certains permis marocains après la découverte de cas de falsification et d’irrégularités dans les procédures d’obtention. Il était également reproché à certains résidents installés en Espagne de retourner au Maroc pour obtenir un permis de conduire avant de demander sa conversion automatique en permis espagnol.
Depuis, les relations entre Rabat et Madrid se sont renforcées et le Maroc a modernisé son système de délivrance des permis de conduire. Des mécanismes numériques permettant la vérification des documents et l’échange d’informations entre les deux pays ont progressivement été mis en place, ouvrant la voie à une reprise des procédures de reconnaissance.
Toutefois, une catégorie importante de Marocains continue de se retrouver dans une zone grise administrative. Il s’agit principalement de personnes ayant obtenu leur permis de conduire au Maroc alors qu’elles résidaient déjà légalement en Espagne. Cette situation les exclut du dispositif de conversion directe et les oblige à passer les examens espagnols.
Un enjeu social et économique
Pour de nombreux Marocains, la question dépasse largement le cadre administratif. Le permis de conduire constitue un outil essentiel d’insertion professionnelle et sociale. Dans des secteurs comme le bâtiment, l’agriculture ou les services de livraison, la mobilité est souvent une condition indispensable pour conserver son emploi.
La perspective de perdre le droit de conduire inquiète ainsi de nombreux travailleurs, qui redoutent des conséquences directes sur leurs revenus et la stabilité de leur foyer. À cela s’ajoutent les contraintes du quotidien liées au transport des enfants, aux démarches administratives ou encore aux déplacements professionnels.
Face à cette situation, les revendications se multiplient auprès des administrations concernées. Plusieurs voix appellent à la mise en place de solutions prenant en compte la réalité sociale et professionnelle de ces résidents, sans pour autant remettre en cause les exigences de sécurité routière.
De leur côté, les autorités espagnoles rappellent que la sécurité sur les routes demeure une priorité et que toute évolution du dispositif doit garantir le respect des normes légales en vigueur.
En attendant une éventuelle issue, Abderrahim continue de prendre la route chaque matin avec la même appréhension. Comme des milliers d’autres Marocains établis en Espagne, il espère qu’un compromis pourra être trouvé entre les impératifs réglementaires et les réalités de la vie quotidienne, mettant fin à plusieurs années d’incertitude et d’attente.