Frelon oriental : après le Nord, faut-il craindre une extension vers d’autres régions ?
Signalé pour la première fois en 2023 par des apiculteurs dans la région de Fahs-Anjra, le frelon oriental (Vespa orientalis) fait désormais l’objet de nouveaux signalements à Tanger, Tétouan, M’diq et Fnideq. Le Syndicat national des professionnels de l’apiculture au Maroc affirme avoir alerté les autorités à plusieurs reprises ces trois dernières années. L’Observatoire pour la protection de l’environnement et des monuments historiques de Tanger appelle, pour sa part, à une opération urgente de recensement des foyers afin de déterminer l’ampleur réelle de la présence de cette espèce.
Hajjar El Haïti
05 Octobre 2026
À 16:30
ig>Dans le nord du Maroc, le frelon oriental suscite une inquiétude croissante chez les apiculteurs et les acteurs de l’environnement. Ce qui avait commencé par quelques observations dans la région de Fahs-Anjra semble aujourd’hui prendre une autre dimension, avec des signalements dans plusieurs villes et zones du nord du Royaume.
Le Syndicat national des professionnels de l’apiculture au Maroc assure avoir été à l’origine des premières alertes. «Le syndicat a été la première partie à signaler la présence du frelon oriental au Maroc et à alerter sur le risque de sa propagation», indique-t-il dans un communiqué.
ig>Des premiers signalements en 2023
ig>La première observation rapportée par le syndicat remonte à octobre 2023, lorsqu’un apiculteur membre de l’organisation aurait découvert des frelons à proximité de son rucher à Oued El Marsa, dans la province de Fahs-Anjra. Des recherches auraient ensuite été menées par des apiculteurs et des habitants afin de localiser d’éventuels nids, sans résultat à cette époque.
Le dossier refait surface en septembre 2024. Le syndicat indique avoir reçu des spécimens vivants capturés par un apiculteur de Tanger dans la zone de Douar El Houma, relevant de la commune de Ksar El Majaz. Celui-ci aurait également découvert «deux petits nids, qui ont été détruits», ainsi que d’autres frelons dans la zone de Dalia, en direction de Ksar Sghir.
La proximité de ces observations avec le complexe portuaire Tanger Med a conduit le syndicat à avancer une hypothèse sur l’origine de l’introduction de l’espèce.
«Cet insecte exotique et invasif a pu arriver par les navires de transport et les conteneurs en provenance de régions où cette espèce de frelon est déjà présente», estime l’organisation. Le syndicat évoque par ailleurs la possibilité d’une adaptation progressive de l’insecte dans les zones forestières entourant le port. Cette hypothèse n’est toutefois pas présentée comme une origine scientifiquement établie.
ig>Des alertes adressées aux autorités
ig>Le 14 octobre 2024, le syndicat affirme avoir adressé une lettre d’alerte au ministre chargé de l’Agriculture, avec copie notamment à l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et à la Direction régionale de l’Agriculture de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Il y demandait «une intervention urgente et la mise en place d’un plan visant à limiter la propagation du frelon et l’élargissement de son aire de répartition».
Le syndicat affirme avoir ensuite poursuivi ses démarches auprès de parlementaires de la majorité comme de l’opposition. Il cite notamment une rencontre politique organisée à Kénitra en novembre 2025, à l’issue de laquelle un engagement aurait été pris pour porter le dossier au Parlement.
L’organisation déplore toutefois que ces démarches n’aient pas, selon elle, débouché sur les interventions attendues. Sur le terrain, elle indique avoir par ailleurs travaillé avec l’Union des coopératives des apiculteurs de Tétouan pour organiser des opérations de sensibilisation et rechercher d’éventuels nids.
ig>Une situation qui inquiète désormais les professionnels
ig>Le 29 septembre 2026, le président de l’Union des coopératives des apiculteurs de Tétouan a, à son tour, saisi le wali de la région. Il y évoque «la forte prolifération du frelon oriental et sa propagation, qui est désormais devenue une véritable menace pour les ruches et met en danger le secteur apicole dans son ensemble».
Pour le Syndicat national des professionnels de l’apiculture au Maroc, «les données accumulées depuis 2023 confirment qu’il ne s’agit plus de cas isolés, mais d’une invasion qui nécessite une intervention organisée et intégrée». Cette appréciation appartient au syndicat. L’ampleur exacte de la présence de l’espèce doit encore être documentée par des opérations de surveillance et de recensement.
ig>Tanger, Tétouan, M’diq et Fnideq concernés par les signalements
ig>L’Observatoire pour la protection de l’environnement et des monuments historiques (OPEMH) de Tanger vient par ailleurs de lancer une alerte. L’association indique que des observations ont été rapportées dans plusieurs secteurs de Tanger, Tétouan, M’diq et Fnideq, certaines à proximité de zones résidentielles et d’établissements scolaires. Son objectif est avant tout de faire établir un état des lieux précis.
«L’Observatoire appelle à une intervention urgente sur le terrain afin de déterminer l’étendue de la présence de l’insecte et de recenser les foyers où il a été observé», souligne-t-il.
L’association prend par ailleurs soin de rappeler que les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer avec certitude l’ampleur géographique de cette présence. «Les données actuellement disponibles ne permettent pas encore de déterminer avec certitude l’ampleur de la présence de cette espèce ni son évolution géographique», précise-t-elle.
ig>Une présence confirmée par une étude scientifique
ig>Les alertes des acteurs de terrain interviennent alors qu’une étude scientifique publiée en 2026, consacrée au genre Vespa au Maroc et fondée sur des collectes et observations réalisées en 2025, a confirmé la présence et l’installation du frelon oriental (Vespa orientalis) ainsi que du frelon européen (Vespa crabro) dans le nord du pays. Cette donnée confirme donc la présence de l’espèce dans la région, mais ne permet pas à elle seule d’établir son aire de répartition actuelle ni sa vitesse d’expansion. C’est précisément ce que les acteurs de terrain souhaitent désormais documenter.
ig>Une menace principalement pour les ruches
ig>Le frelon oriental est un prédateur susceptible de s’attaquer aux abeilles mellifères. Pour l’Observatoire, «cet insecte social prédateur est capable d’attaquer les abeilles mellifères» et «la pression de prédation peut entraîner la mort des abeilles, affaiblir leurs colonies et réduire leur activité de butinage». Le frelon peut notamment intercepter les abeilles à proximité des ruches et rapporter ses proies à la colonie pour nourrir les larves. L’espèce peut par ailleurs installer ses nids dans des cavités, des fissures ou certaines constructions humaines. La proximité d’un nid constitue alors le principal élément de vigilance pour les populations, car le frelon peut adopter un comportement défensif lorsque sa colonie est menacée. Les personnes allergiques aux venins d’insectes sont particulièrement exposées en cas de piqûre.
ig>Un plan national réclamé
ig>Face à cette situation, le Syndicat national des professionnels de l’apiculture au Maroc demande la mise en place d’un dispositif national de surveillance et d’intervention.
Parmi ses principales revendications figurent «une intervention urgente et immédiate» dans les zones où des nids ont été recensés, ainsi que «la mise en place d’un plan national intégré de lutte contre cette menace».
Le syndicat demande, en outre, un mécanisme officiel de signalement, l’implication des apiculteurs et des citoyens dans la détection des foyers, des moyens pour intervenir sur les nids et des campagnes de sensibilisation. Il plaide enfin pour un suivi scientifique de la propagation de l’espèce et de ses éventuels effets sur l’environnement, ainsi que pour des mesures visant à éviter son extension vers d’autres régions du Royaume.
ig>Cartographier avant d’agir
ig>Au-delà des alertes et des inquiétudes exprimées par les professionnels, l’enjeu immédiat est désormais de savoir où se trouve précisément le frelon oriental et quelle est l’étendue de sa présence. Les signalements accumulés depuis 2023 et les résultats scientifiques disponibles justifient une surveillance renforcée, mais seule une campagne de terrain structurée permettra de dresser une cartographie fiable des foyers et de suivre leur évolution. Pour l’Observatoire, il s’agit désormais d’un «signal d’alerte» qui nécessite une vérification scientifique urgente.
Pour les apiculteurs, l’enjeu est de limiter la pression exercée sur les colonies. Pour les autorités, la priorité est de disposer de données précises afin d’adapter la réponse à la réalité du terrain. Trois ans après les premiers signalements, le dossier du frelon oriental entre ainsi dans une nouvelle phase : celle de la surveillance systématique, de la cartographie des foyers et de la coordination des interventions.