Société

Gastro-entérite chez l’enfant : comment éviter les complications

La rentrée scolaire et la reprise de la vie en collectivité dans les crèches constituent une période propice à la circulation de certaines infections, notamment digestives. Chez l’enfant, la gastro-entérite reste fréquente, mais elle peut rapidement entraîner une déshydratation, en particulier chez les plus jeunes. Comment reconnaître les premiers signes, quels réflexes adopter à domicile et dans quels cas faut-il consulter ? Dr Fahd Ghalim, gastro-entérologue et hépatologue, spécialiste en endoscopie digestive interventionnelle et écho-endoscopie, répond aux principales questions.

13 Septembre 2026 À 10:43



Le Matin : Avec la rentrée scolaire, les cas de gastro-entérite ont-ils tendance à augmenter chez les enfants ? Quels facteurs favorisent leur transmission ?

Dr Fahd Ghalim :
La rentrée scolaire favorise effectivement la circulation des infections digestives, même si les gastro-entérites peuvent survenir toute l’année. Le retour à la vie en collectivité multiplie les contacts rapprochés entre les enfants, qui partagent les mêmes espaces, sanitaires, jouets et parfois certains aliments. La transmission se fait principalement par les mains contaminées, après un passage aux toilettes ou un changement de couche, puis par contact avec la bouche, les aliments ou les surfaces. Une hygiène insuffisante des mains, le partage des gourdes ou des couverts, ainsi qu’une mauvaise conservation des aliments, particulièrement par temps chaud, augmentent également le risque.

Quels sont les symptômes les plus fréquents et comment les distinguer d’une indigestion ou d’une intoxication alimentaire ?

La gastro-entérite associe le plus souvent une diarrhée aiguë, des vomissements, des douleurs ou crampes abdominales, parfois une fièvre, une fatigue et une diminution de l’appétit. Une simple indigestion provoque plutôt une lourdeur digestive, des ballonnements, des nausées ou un inconfort après un repas, sans diarrhée importante ni altération notable de l’état général. L’intoxication alimentaire peut, quant à elle, débuter brutalement dans les heures suivant la consommation d’un aliment contaminé. Le fait que plusieurs personnes ayant partagé le même repas présentent simultanément les mêmes symptômes est un indice important. Toutefois, la distinction n’est pas toujours possible sur les seuls symptômes : une intoxication alimentaire peut elle-même se manifester comme une gastro-entérite.



Quels signes de déshydratation doivent particulièrement alerter les parents ?

Il faut surveiller une diminution nette des urines ou des couches qui restent sèches, une bouche très sèche, l’absence de larmes lorsque l’enfant pleure, des yeux creusés, une soif inhabituelle, une grande fatigue ou une irritabilité anormale. Une somnolence inhabituelle, un enfant difficile à réveiller, une peau pâle ou marbrée, des mains et des pieds froids ou une respiration anormale évoquent une déshydratation plus sévère et imposent une prise en charge urgente. Les nourrissons, notamment avant l’âge de six mois, peuvent se déshydrater beaucoup plus rapidement.

À partir de quel moment faut-il consulter en urgence ?

Une consultation urgente s’impose si l’enfant ne parvient plus à boire ou vomit systématiquement tout ce qu’il avale, s’il urine très peu, devient très somnolent, inhabituellement faible ou difficile à réveiller. Il faut aussi consulter rapidement en présence de sang dans les selles ou les vomissements, de vomissements verts, d’une douleur abdominale intense ou persistante, d’un ventre anormalement distendu, d’une forte altération de l’état général ou d’une respiration inhabituelle. Chez un nourrisson de moins de trois mois, une température égale ou supérieure à 38 °C nécessite une évaluation médicale rapide. De façon générale, plus l’enfant est jeune, plus le seuil de consultation doit être bas.

Que peuvent faire les parents à la maison et quelles erreurs faut-il éviter ?

Le geste prioritaire est de prévenir la déshydratation. Il faut proposer une solution de réhydratation orale disponible en pharmacie, préparée exactement selon les indications du sachet, en petites quantités mais très fréquemment. En cas de vomissements, quelques cuillerées ou petites gorgées toutes les quelques minutes sont souvent mieux tolérées qu’un grand verre donné d’un seul coup. L’allaitement doit être poursuivi. Dès que l’enfant le souhaite et tolère les liquides, son alimentation habituelle peut être reprise progressivement, sans régime excessivement restrictif. Il faut éviter les sodas, les jus de fruits très sucrés et les boissons énergétiques, qui ne remplacent pas correctement les pertes en eau et en sels minéraux et peuvent aggraver la diarrhée. Il ne faut pas diluer davantage le lait infantile ni administrer d’antidiarrhéiques, d’antiémétiques ou d’antibiotiques sans avis médical. Les antibiotiques sont inutiles dans la majorité des gastro-entérites virales.

Comment limiter la transmission à l’école et au sein de la famille ?

Le lavage soigneux des mains à l’eau et au savon reste la mesure la plus efficace, notamment après les toilettes, après un changement de couche et avant de préparer ou de prendre un repas. Le gel hydroalcoolique peut être utile en complément, mais il ne remplace pas toujours un lavage à l’eau et au savon pour certains virus digestifs. À la maison, il convient de nettoyer régulièrement les toilettes, les poignées, les robinets et les surfaces fréquemment touchées. Les serviettes, gourdes, couverts et ustensiles ne doivent pas être partagés. Le linge souillé par des selles ou des vomissements doit être manipulé avec précaution et lavé rapidement. Enfin, un enfant présentant des vomissements ou une diarrhée ne doit pas être envoyé à l’école. Par prudence, le retour en collectivité est généralement recommandé après au moins 48 heures sans diarrhée ni vomissement. Le message essentiel reste simple : dans la majorité des cas, la gastro-entérite évolue favorablement, mais chez l’enfant, la priorité absolue est de maintenir une hydratation adaptée et de reconnaître rapidement les signes d’alerte.
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