Société

Inondations à Ksar El Kébir : prix en hausse, les marchands de crise font profit sur le dos des sinistrés

Fuyant les inondations qui frappent Ksar El Kébir depuis quelques jours, des milliers de personnes ont trouvé refuge à Tanger et dans ses environs. À leur détresse s’ajoute une autre épreuve : la flambée injustifiée des loyers et des prix de certains produits de base. Selon plusieurs témoignages relayés via les réseaux sociaux, certains commerçants et bailleurs transforment la crise en opportunité en profitant de l’urgence et de la vulnérabilité des sinistrés. Une situation qui vient raviver le débat sur l’éthique en période de catastrophe.

Photo : Saouri

04 Février 2026 À 14:09

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Depuis la fin du mois de janvier, Ksar El Kébir fait face à des inondations d’une ampleur inédite, causées par de fortes précipitations et la crue de l’Oued Loukkos, ayant submergé plusieurs quartiers de la ville. Face à cette situation, les autorités ont déclenché le niveau d’alerte maximale et mobilisé un important dispositif de secours, tandis que des milliers de personnes ont été évacuées vers des centres d’hébergement provisoires.



Toutefois, en raison de la montée inquiétante du niveau du barrage d’Oued Al Makhazine, conjuguée à des pluies persistantes et à une mer agitée entravant l’écoulement des eaux vers l’océan, ces centres ont à leur tour été évacués le mardi 3 février 2026, contraignant de nombreuses familles à se déplacer temporairement vers Tanger et d’autres villes voisines, dans l’attente d’une stabilisation de la situation.

Quand la détresse devient une opportunité pécuniaire

À mesure que les familles sinistrées cherchent refuge à Tanger et ses environs, une économie de l’urgence s’installe portée par la détresse des déplacés et qui devient, pour certains, un levier de profit. C’est dans ce contexte que surgit la problématique des "marchands de crise”, profitant de la vulnérabilité des sinistrés pour imposer des pratiques spéculatives. En effet, depuis quelques jours, les réseaux sociaux se sont transformés en véritable caisse de résonance de la colère des citoyens sous le #marchandsdecrise, à mesure que se multiplient les publications et vidéos dénonçant la flambée des prix dans le contexte d’urgence provoqué par les inondations à Ksar El Kébir. Hébergement, produits de première nécessité, loyers temporaires : de nombreux témoignages accusent certains acteurs de profiter de la vulnérabilité des familles déplacées. « Les gens ouvrent leurs portes pour accueillir gracieusement les sinistrés, et vous exigez 4.000 dirhams pour loger une famille, vous devriez avoir honte ! », s’indigne un internaute. D’autres dénoncent des nuitées facturées entre 500 et 700 dirhams à des personnes ayant tout perdu, ou encore des pratiques qualifiées de "vampirisme” en l’absence de contrôle effectif. La hausse des prix touche également les produits d’usage quotidien, certains internautes pointant du doigt des commerçants à Tanger, Larache ou Assilah, où « même en été, le prix de la botte de menthe n’atteint pas 10 dirhams ».

Contacté par Le Matin, le président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), Bouazza Kharrati, qualifie pour sa part ces pratiques de « comportement incivique consistant à tirer profit de la souffrance des concitoyens pour s’enrichir ». Il rappelle que la loi n°104.12 relative à la liberté des prix, dans son article 4, prévoit que lorsque les prix deviennent excessifs et que le pays traverse une situation exceptionnelle, le gouvernement est habilité à saisir le Conseil de la concurrence afin de stabiliser et de fixer les prix de certains produits pour une durée de six mois, renouvelable une seule fois. Dans ce sens, l’association appelle à l’activation de cette disposition, notamment dans un contexte de crise tel que celui des inondations, estimant que le cadre légal actuel, fondé essentiellement sur l’obligation d’affichage des prix, ouvre la voie à des hausses excessives sans sanctions effectives.

Pour rappel, la question de la protection du consommateur et de l’encadrement des prix a déjà été soulevée lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants, datant du 5 janvier 2026. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, avait ainsi déclaré que « la protection du consommateur constitue une priorité majeure », soulignant le droit des citoyens à la préservation de leur pouvoir d’achat, à la protection sociale et à la couverture contre les différents risques. Il avait également précisé que le cadre économique national repose sur la liberté des prix, tout en indiquant que des situations exceptionnelles peuvent justifier le recours à un plafonnement, une mesure déjà appliquée dans certains pays, mais qui n’est pas exempte de répercussions négatives.
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