Hajjar El Haïti
12 Mars 2026
À 14:15
Alors que le mois du
Ramadan entre dans sa dernière ligne droite, certaines personnes continuent de composer avec des
migraines apparues dès les premières journées de
jeûne. Au fil du mois, ces maux de tête se manifestent souvent en fin de journée, parfois quelques heures avant la
rupture du jeûne, suscitant interrogations et inquiétudes chez les personnes qui en souffrent.
Si la migraine peut survenir à tout moment de l’année, les changements de rythme qui accompagnent cette période –
alimentation,
hydratation ou
sommeil – peuvent favoriser l’apparition de crises chez certaines personnes sensibles.
Interrogé à ce sujet, le
Dr Ayman Aït Haj Kaddour, médecin conférencier, explique que plusieurs mécanismes physiopathologiques peuvent entrer en jeu. «Le jeûne prolongé peut entraîner une diminution relative du
glucose disponible pour le cerveau, ce qui peut déclencher une migraine chez certaines personnes sensibles. Les études montrent d’ailleurs que le fait de sauter des repas ou de jeûner fait partie des facteurs déclenchants reconnus des migraines», explique-t-il.
Le spécialiste rappelle que le
cerveau dépend fortement du glucose pour fonctionner. «Une diminution de l’apport énergétique peut perturber l’activité neuronale et favoriser l’activation du
système trigémino-vasculaire, qui est impliqué dans les mécanismes de la migraine», précise-t-il.
La déshydratation constitue également un facteur important. Pendant la journée de jeûne, l’absence de prise de liquides peut entraîner une déshydratation légère à modérée, connue pour favoriser les
céphalées. «Dans certaines études menées chez des patients migraineux durant le
Ramadan, près de 90% présentaient des signes de déshydratation», souligne le Dr Aït Haj Kaddour.
Autre élément souvent observé : le sevrage en
caféine. «Chez les personnes qui consomment régulièrement du
café ou du
thé, l’arrêt brutal pendant la journée peut provoquer une céphalée de sevrage à la caféine, qui est un facteur classique pouvant déclencher une migraine», explique le médecin.
À ces éléments s’ajoutent les changements du rythme de vie propres à cette période. Les horaires de
sommeil, l’organisation des repas ou encore la
fatigue peuvent influencer l’équilibre de l’organisme. «Durant le Ramadan, plusieurs habitudes changent : les horaires de sommeil, le rythme alimentaire ou encore le niveau de fatigue. Ces modifications peuvent être associées à une augmentation de la fréquence et parfois de la sévérité des migraines», indique-t-il.
Certaines personnes sont par ailleurs plus exposées que d’autres. «La migraine est globalement deux à trois fois plus fréquente chez les
femmes, notamment en raison de
facteurs hormonaux. Dans certaines études réalisées pendant le Ramadan, entre 70 et 89% des patients migraineux étaient des femmes», note le spécialiste.
Les personnes souffrant déjà de
migraine chronique figurent également parmi les profils les plus à risque. «Les patients ayant une migraine fréquente, une longue histoire de migraine ou des crises sévères sont plus susceptibles de constater une aggravation pendant le Ramadan», explique-t-il.
L’environnement peut aussi jouer un rôle. «Les personnes exposées à la chaleur ou au soleil sont davantage à risque, car la chaleur favorise la déshydratation, la fatigue et la
vasodilatation, qui sont tous des facteurs pouvant déclencher une migraine», précise le Dr Aït Haj Kaddour.
Un phénomène que beaucoup de jeûneurs remarquent est l’apparition de la migraine en fin de journée, avant le
F'tour. «Cette situation s’explique par l’accumulation de plusieurs facteurs au fil des heures : déshydratation progressive, baisse relative de la
glycémie, fatigue, sevrage prolongé en caféine ou encore exposition au
stress et à la lumière. Après 12 à 16 heures de jeûne, ces facteurs atteignent souvent leur maximum, ce qui explique la fréquence des crises juste avant la rupture du jeûne», explique-t-il.
Autant de facteurs qui rappellent que, pour les personnes migraineuses, le Ramadan peut nécessiter quelques ajustements dans les habitudes de vie afin de limiter l’apparition des crises et préserver leur bien-être tout au long du mois.