L’histoire du maroco-suisse qui s’est proclamé «roi de Suisse» après avoir récupéré plus de 150 terrains oubliés
Autoproclamé «roi de Suisse», couronné dans une église à Berne et propriétaire revendiqué de plus de 150 terrains à travers le pays, Jonas Lauwiner s’est construit un véritable «empire» personnel à partir de parcelles oubliées et de routes abandonnées. À 31 ans, ce Maroco-Suisse fascine aujourd’hui les médias helvétiques avec une histoire mêlant monarchie improvisée, terrains récupérés "légalement" et mise en scène royale digne d’un film.
Jonas Lauwiner, Maroco-Suisse de 31 ans, s’est autoproclamé «roi de Suisse» après avoir revendiqué plus de 150 terrains à travers le pays.
Saloua Islah
15 Mai 2026
À 11:55
Pendant des années, Jonas Lauwiner menait une vie discrète d’informaticien en Suisse, loin d’imaginer qu’il deviendrait un jour le «roi» autoproclamé d’un empire foncier aussi improbable que réel. Né d’une mère marocaine et d’un père suisse, il travaillait dans le secteur informatique tout en développant, discrètement, une obsession particulière pour les registres fonciers suisses.
Puis, progressivement, son nom a commencé à apparaître dans plusieurs cantons. Non pas comme entrepreneur immobilier ou promoteur, mais comme propriétaire inattendu de routes, chemins, terrains abandonnés et parcelles oubliées. Jusqu’au jour où certains habitants ont découvert qu’une route qu’ils utilisaient quotidiennement appartenait désormais à un homme qui se présente lui-même comme le «roi de Suisse».
L’histoire remonte à ses 20 ans. Pour son anniversaire, son père lui offre une petite parcelle de terrain en Suisse. Ce cadeau banal devient alors le point de départ d’une idée beaucoup plus étrange. En consultant les documents cadastraux, Jonas Lauwiner découvre qu’une partie du territoire suisse contient des terrains dont la situation administrative est floue : propriétaires décédés depuis longtemps, héritiers absents, parcelles oubliées, chemins jamais régularisés ou espaces tombés dans les angles morts de l’administration.
Dans un pays réputé pour sa rigueur bureaucratique, cette découverte le fascine. Il commence alors à passer des heures à explorer les registres fonciers canton par canton. Son objectif : identifier les parcelles dont personne ne semble réellement s’occuper. Une fois ces terrains repérés, il entame des démarches administratives pour tenter de les faire inscrire à son nom.
C’est ce point qui a profondément surpris en Suisse : dans certains cas précis, la loi permet effectivement de revendiquer des biens fonciers lorsque leur situation juridique devient incertaine ou que personne ne les réclame officiellement. Jonas Lauwiner affirme ainsi ne rien avoir «volé». Selon lui, il utilise simplement des procédures légales que très peu de gens prennent le temps d’explorer.
Au fil des années, il accumule ainsi plus de 150 parcelles réparties dans neuf cantons suisses. Son «empire» n’est pas constitué de palais ou de villas luxueuses. Il s’agit surtout de petits morceaux de territoire : routes secondaires, terrains forestiers, chemins ruraux, parcelles industrielles ou espaces abandonnés administrativement.
L’affaire explose réellement lorsqu’un cas attire l’attention des Suisses : le Rosenweg, une petite route du canton de Lucerne. Les habitants découvrent alors que cette route appartient officiellement à Jonas Lauwiner. Pour beaucoup, le choc est immense. Comment un particulier a-t-il pu devenir propriétaire d’un espace utilisé collectivement sans que personne ne s’en rende compte plus tôt ?
Très vite, le personnage lui-même intrigue autant que ses acquisitions foncières. Car Jonas Lauwiner ne se contente pas d’acheter ou récupérer des terrains. Il construit autour de cette histoire tout un imaginaire monarchique. Il se choisit un nom royal — «Jonas Ier» — et baptise l’ensemble de ses propriétés «l’Empire Lauwiner». En 2019, il organise même son propre couronnement dans une église à Berne, avec couronne, épée, uniforme militaire, invités et mise en scène royale.
Sur internet, il pousse encore plus loin son univers monarchique : son «Empire Lauwiner» possède un drapeau, des armoiries, un hymne officiel, une monnaie baptisée «Villar impérial» et même un système de citoyenneté symbolique permettant aux internautes de rejoindre son royaume fictif.
Malgré cette mise en scène royale, Jonas Lauwiner ne bénéficie toutefois d’aucun statut officiel ni privilège particulier auprès des autorités suisses. Son «empire» n’est pas reconnu par le gouvernement et il reste légalement un simple citoyen suisse sans pouvoir politique réel.
Ce mélange entre stratégie administrative très réelle et univers presque théâtral fascine les médias suisses. Certains le voient comme un provocateur génial. D’autres comme un homme exploitant dangereusement des failles du système. Plusieurs critiques l’accusent même de transformer les limites de l’administration suisse en spectacle personnel.
Face aux polémiques, Jonas Lauwiner répète qu’il respecte les lois suisses, paie ses impôts et ne cherche pas à nuire. Il affirme aimer la Suisse, tout en assumant son personnage de «roi». Il possède même un ancien blindé militaire allemand qu’il souhaitait conduire jusqu’à la place Fédérale de Berne avant que les autorités refusent l’autorisation.
Mais derrière l’aspect insolite, cette affaire a surtout créé un véritable malaise administratif en Suisse. Plusieurs communes ont commencé à vérifier leurs propres registres fonciers et à renforcer la surveillance des terrains abandonnés ou mal documentés. Certaines autorités locales craignent désormais que d’autres particuliers tentent d’utiliser les mêmes mécanismes pour récupérer des espaces utiles à la collectivité.