Le cannabis thérapeutique cherche encore sa place dans l’arsenal médical marocain
Réunis à Casablanca à l’occasion de la première Journée scientifique consacrée à l’usage thérapeutique du cannabis, médecins, universitaires et experts ont appelé à renforcer la recherche scientifique, la formation des professionnels de santé et l’encadrement médical de cette pratique. La rencontre a aussi été marquée par l’annonce de plusieurs initiatives destinées à structurer durablement cette filière émergente au Maroc.
Hajjar El Haïti
07 Juin 2026
À 16:40
Depuis l’adoption du cadre législatif régissant les activités liées au cannabis, le Maroc poursuit progressivement la construction d’un modèle visant à valoriser cette plante dans des usages à forte valeur ajoutée, notamment dans les domaines médical et pharmaceutique. Au-delà des enjeux économiques, le développement du cannabis thérapeutique soulève aujourd’hui des questions scientifiques, médicales et réglementaires qui nécessitent l’implication des professionnels de santé, des chercheurs et des autorités compétentes.
C’est dans cette dynamique qu’a été organisée, le samedi 6 juin, la première Journée scientifique relative à l’usage thérapeutique du cannabis, à l’initiative de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) et de l’Association marocaine des sciences médicales (AMSM). L’événement a réuni des présidents de sociétés savantes, des universitaires, des experts, des représentants institutionnels, des médecins spécialistes et généralistes ainsi que des acteurs de la filière du cannabis au Maroc.
Dans son allocution d’ouverture, le président de l’Association marocaine des sciences médicales, le Dʳ Moulay Saïd Afif, a rappelé que le Royaume a déjà franchi «des étapes importantes dans l’encadrement et le développement des usages du cannabis dans le domaine médical». Selon lui, l’expérience marocaine constitue aujourd’hui «l’un des modèles les plus avancés dans ce domaine», grâce à la mise en place d’un arsenal juridique encadrant la culture du cannabis ainsi que sa transformation en produits thérapeutiques et médicaux.
Le responsable a souligné que cette rencontre scientifique s’inscrit dans une volonté d’accompagner les efforts engagés par les pouvoirs publics et de contribuer à l’élaboration de plans d’action permettant d’accélérer l’intégration du cannabis dans l’arsenal thérapeutique national. «L’objectif fondamental est de mettre le cannabis au service de la santé dans un cadre légal, réglementé et rigoureux», a-t-il affirmé.
Au cours de cette journée, plusieurs experts et spécialistes ont présenté des communications portant sur les applications thérapeutiques du cannabis dans différentes disciplines médicales. Les échanges ont notamment porté sur la neurologie, la santé mentale et psychiatrique, la pédiatrie, l’oncologie, la dermatologie ainsi que d’autres spécialités où certaines molécules dérivées du cannabis font déjà l’objet d’études et d’utilisations médicales dans plusieurs pays.
Les participants ont également insisté sur la nécessité d’adopter une approche scientifique rigoureuse, fondée sur les données probantes et l’évaluation clinique. Dans leurs recommandations finales, ils ont salué la démarche engagée par le Maroc, estimant qu’elle pourrait permettre au Royaume de devenir «un acteur régional de référence dans le domaine du cannabis thérapeutique», dans le respect des exigences de santé publique, de sécurité sanitaire et d’éthique médicale.
L’une des principales recommandations formulées concerne le renforcement de l’encadrement médical. Les experts préconisent ainsi l’établissement d’une liste nationale des indications thérapeutiques pour lesquelles les produits issus du cannabis licite pourront être prescrits. Ils appellent, par la même occasion, à l’élaboration de protocoles thérapeutiques standardisés ainsi qu’à la mise en place de guides de bonnes pratiques cliniques destinés aux médecins et aux autres professionnels de santé.
Les participants recommandent en outre d’encourager les prescriptions médicales dans un cadre strictement réglementé et de créer un observatoire national chargé du suivi des patients bénéficiant de traitements à base de cannabis thérapeutique. Un tel dispositif permettrait de recueillir des données sur l’efficacité des traitements, leurs effets secondaires et leur impact sur la qualité de vie des patients.
La recherche scientifique figure aussi parmi les priorités identifiées lors de cette rencontre. Les recommandations appellent au développement de programmes de recherche clinique et pharmacologique, au soutien des études nationales portant sur l’efficacité et la sécurité des produits à base de cannabis, ainsi qu’à la création d’une base de données nationale regroupant les publications et travaux scientifiques réalisés dans ce domaine.
Le Dʳ Afif a d’ailleurs annoncé plusieurs initiatives destinées à structurer cet écosystème scientifique. Parmi elles figure le lancement prochain d’un programme de formation universitaire et professionnelle consacré à l’usage thérapeutique du cannabis, en partenariat avec la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca relevant de l’Université Hassan II. Cette formation, qui débouchera sur une certification universitaire, vise à doter les professionnels de santé des compétences nécessaires pour accompagner le développement de cette pratique.
Les recommandations vont dans le même sens en préconisant le lancement de formations diplômantes et certifiantes dans les facultés de médecine et de pharmacie, l’intégration du cannabis thérapeutique dans les cursus universitaires médicaux, pharmaceutiques et paramédicaux ainsi que l’organisation de sessions de formation continue destinées aux praticiens. Les participants ont aussi insisté sur l’importance de sensibiliser le grand public afin de mieux faire connaître les usages médicaux du cannabis et de dissiper les confusions qui entourent encore cette question.
Autre annonce marquante de cette première édition : la création d’un prix annuel dédié à la recherche scientifique sur l’usage thérapeutique du cannabis licite. Cette distinction a pour ambition de stimuler la production scientifique nationale et d’encourager les travaux de recherche susceptibles de contribuer au développement de nouvelles applications médicales.
Pour les organisateurs, cette journée ne constitue qu’une première étape. Appelée à devenir un rendez-vous scientifique annuel, elle devra accompagner la montée en puissance d’une filière dont l’ambition est de concilier innovation médicale, sécurité des patients et respect du cadre réglementaire. Comme l’a rappelé le Dʳ Moulay Saïd Afif, l’objectif demeure avant tout de «servir la santé et le patient» et de renforcer les efforts déployés pour garantir un accès équitable aux soins dans le cadre des grandes réformes engagées par le Royaume.