Le Maroc prépare un forum international sur les réseaux sociaux et la jeunesse
Le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication a lancé un appel d’offres international d’envergure pour l’organisation, du 23 au 25 juin 2026 à Rabat, d’un forum consacré à l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes. Porté conjointement avec la Ligue des États arabes, l’événement mobilisera des délégations venues de 24 pays – bien au-delà du seul monde arabe – avec un dispositif logistique, protocolaire et médiatique qui en dit long sur les ambitions du Royaume en matière de diplomatie numérique.
Brahim Mokhliss
19 Mars 2026
À 12:02
Your browser doesn't support HTML5 audio
Deux cent cinquante participants à accueillir, un programme ficelé dans les moindres détails pour chaque chef de délégation... L’appel d’offres ouvert international n°24/2026, dont «Le Matin» a pu consulter le cahier des prescriptions spéciales (CPS), ne laisse rien au hasard. Derrière l’intitulé administratif, «La réalisation des prestations événementielles du forum sur l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes», se dessine un rendez-vous diplomatique et thématique de premier plan que le département de la Jeunesse entend transformer en vitrine régionale.
Une initiative née au Caire
L’événement trouve son origine dans les travaux de la 49e réunion des ministres arabes de la Jeunesse et des Sports, tenue au siège de la Ligue des États arabes en Égypte. C’est à cette occasion qu’il a été convenu d’organiser, conjointement entre la Ligue et le Maroc, une rencontre dédiée aux effets des réseaux sociaux sur les jeunes générations. Le choix de Rabat comme ville hôte traduit une volonté de confier au Royaume un rôle de catalyseur régional sur un sujet devenu incontournable, à la croisée des politiques publiques de jeunesse, de l’éducation au numérique et de la santé mentale.
Le cahier des charges inscrit le forum dans une perspective large : il s’agira d’examiner les effets des plateformes numériques sous leurs dimensions sociale, culturelle, éducative et psychologique, mais aussi d’identifier les opportunités qu’elles offrent. Les travaux devront déboucher sur des recommandations concrètes à l’intention des gouvernements participants, en vue de l’élaboration de politiques adaptées aux enjeux du numérique et de la jeunesse.
Bien au-delà du monde arabe
Le programme de l’événement réserve une surprise que l’intitulé de la manifestation ne laisse pas deviner. Si la majorité des 24 pays invités appartiennent au monde arabe – de la Tunisie au Yémen, en passant par l’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats, l’Irak, la Jordanie, le Koweït, le Liban, la Libye, la Mauritanie, Oman, la Palestine, Bahreïn, les Comores, Djibouti, la Somalie, le Soudan et la Syrie – quatre pays non arabes figurent sur la liste : la Turquie, le Sénégal, le Cameroun et le Japon. Ce périmètre élargi suggère une ambition qui dépasse le cadre strictement arabe pour s’inscrire dans une dynamique de coopération Sud-Sud et d’ouverture vers l’Asie. Le nombre total de participants attendus avoisine les deux cents, en comptant les intervenants marocains et les organisateurs.
La communication occupe une place centrale dans l’appel d’offres. Le prestataire retenu devra concevoir l’identité visuelle de l’événement, dont la cible est identifiée comme «la jeunesse des pays du Golfe», produire des vidéos récapitulatives quotidiennes. Le cahier des charges va plus loin en imposant au titulaire du marché de garantir la présence d’au moins vingt médias internationaux et locaux pour couvrir l’événement. Une conférence de presse est prévue. Parallèlement, une salle dédiée aux journalistes, équipée de postes informatiques, sera mise à disposition pendant cinq jours. Cette exigence médiatique contractuelle traduit une volonté d’assurer au forum un retentissement qui dépasse les cercles institutionnels.
En orchestrant cette rencontre à la charnière entre diplomatie multilatérale, politique de jeunesse et enjeux numériques, le Maroc ne se contente pas d’accueillir un forum de plus. Il se positionne comme l’interlocuteur privilégié d’une conversation : celle concernant les effets concrets des plateformes sur une génération qui a grandi avec un écran à la main.