Saloua Islah
20 Avril 2026
À 13:32
L’intégration de l’intelligence artificielle dans l’examen du permis de conduire, en particulier dans l’épreuve pratique, fait l’objet d’un projet actuellement à l’étude en vue d’une généralisation. Porté
depuis 2018 dans le cadre d’échanges entre l’Agence nationale de la sécurité routière
(NARSA) et les représentants du secteur, ce chantier a été relancé lors d’une réunion tenue en février 2026, au cours de laquelle les parties prenantes ont précisé les principaux axes et modalités de mise en œuvre du dispositif.
Dans un entretien accordé à Le Matin,
Mustapha El Haji, président de la Fédération marocaine des moniteurs et propriétaires d’auto-écoles, en précise les contours. Le dispositif envisagé repose sur des véhicules d’examen intégrant un système technologique embarqué, présentés comme
des « voitures intelligentes ». Baptisé
« Smart Drive Test », ce système, développé par le ministère du Transport et de la Logistique en collaboration avec NARSA, est actuellement en phase d’essai.
Concrètement, il ne s’agit pas uniquement du véhicule, mais d’un ensemble de capteurs et de logiciels intégrés à l’intérieur de la voiture, associés à des interfaces numériques de type tablettes. Ce dispositif permet d
’analyser en temps réel la conduite du candidat, d’identifier les erreurs et d’attribuer automatiquement une note selon des critères prédéfinis. « Le système évalue sans intervention directe et délivre un résultat final déterminant si le candidat réussit ou échoue », précise-t-il.
Questionné sur l’objectif principal derrière cette nouvelle réforme, le président de la Fédération explique que l’ambition est de
réduire le rôle du facteur humain dans la notation. Il rappelle que cette orientation s’inscrit dans un contexte marqué par des critiques récurrentes visant l’épreuve pratique, entre soupçons de favoritisme, disparités d’évaluation d’un centre à l’autre et accusations de pratiques informelles, autant d’éléments qui alimentent depuis plusieurs années la défiance d’une partie des candidats.
Moderniser oui, mais d’abord corriger les bases !
Mais le même interlocuteur met en garde contre
une généralisation prématurée. Mustapha El Haji souligne que
les conditions actuelles ne permettent pas encore le déploiement d’un tel système, en raison des insuffisances structurelles du réseau de centres d’examen. Selon ses données, sur
les 74 centres recensés au Maroc, seuls 19 à 20 disposent de pistes fermées adaptées à l’épreuve pratique. « La majorité des candidats passe encore son examen dans des espaces ouverts, parfois en pleine circulation, dans des conditions difficilement standardisables », affirme-t-il.
«
On parle d’intelligence artificielle, mais sur le terrain, les conditions de base ne sont pas réunies », insiste-t-il. Il évoque des centres sous-équipés, des délais d’attente importants et des contraintes logistiques pour les candidats. « Le candidat paie pour un service qui devrait être encadré et équitable », ajoute-t-il, pointant un décalage entre les ambitions du projet et la réalité du terrain.
Dans ce contexte, la question dépasse l’introduction de la technologie et renvoie à la capacité du système à se structurer en amont. Pour le représentant du secteur, « avant d’introduire des voitures intelligentes, il faut garantir des conditions d’examen dignes et uniformes sur l’ensemble du territoire ».
À ce stade,
aucune date de déploiement n’a été annoncée. Le projet reste en phase d’étude et de concertation et ne fait l’objet d’aucune validation officielle à ce jour.