Majda Fadili
09 Juillet 2026
À 09:38
« Si le Maroc gagne, tout est à -80 % », « On offre 1.000 pizzas si le Maroc bat la France », « Pendentif en or offert à nos clientes en cas de qualification du Maroc », « Si le Maroc passe, nous offrons à nos clients un compte bancaire gratuit à vie »... La surenchère des "récompenses” alléchantes pullule depuis plusieurs heures sur les écrans des Marocains. Derrière ces publications, souvent perçues comme des
opérations de communication, se cache pourtant un principe juridique bien réel : la
promesse publicitaire.
Le conseiller juridique
Amine El Fethi a justement rappelé, dans un post largement relayé sur
Instagram, que ce type de message ne relève pas uniquement du
marketing ou de l'
humour. Lorsqu'une entreprise formule une promesse claire, assortie d'une condition précise, ici une victoire du Maroc, elle peut être tenue de l'exécuter si cette condition se réalise.
Une promesse qui engage son auteur
Selon les explications d'Amine El Fethi, le
droit marocain considère qu'une annonce de ce type constitue un engagement lorsqu'elle est suffisamment explicite et que le public peut légitimement s'y fier. Autrement dit, si une entreprise annonce par exemple une
réduction, une
gratuité ou un
cadeau,
en cas de victoire du
Maroc face à la
France et que ce scénario se produit, elle doit être en mesure d'honorer son engagement. À défaut, la publication pourrait être analysée comme une
publicité trompeuse, dès lors qu'elle contient une promesse fausse ou qu'elle induit les
consommateurs en erreur.
Une blague qui peut coûter cher
Le conseiller s'appuie notamment sur la
loi n°31-08 édictant des mesures de protection du consommateur. L'
article 21 interdit toute publicité comportant une allégation, une indication ou une présentation fausse ou de nature à induire le consommateur en erreur, notamment sur les caractéristiques d'un
produit ou d'un
service, son
prix, ses conditions de vente ou encore les engagements pris par le professionnel. En d'autres termes, une
promesse commerciale ne peut pas être utilisée uniquement pour attirer l'attention si l'annonceur n'a pas l'intention ou la capacité de la respecter.
La loi prévoit ainsi des sanctions en cas d'
infraction. Comme le rappelle
Amine El Fethi en citant l'
article 174 de la même loi, les pratiques visées par les articles 21 et 22 sont passibles d'une
amende comprise entre 50.000 et 250.000 dirhams. Lorsque l'infraction est commise par une
personne morale, la sanction peut atteindre 1 million de dirhams.
D'un point de vue
marketing, cette stratégie est connue sous le nom de
marketing de l'instant (
newsjacking ou
moment marketing). Son principe consiste à rebondir sur un événement très médiatisé, comme un
match de Coupe du monde, pour attirer l'attention du public et générer de l'engagement sur les
réseaux sociaux. En promettant une
réduction ou un
cadeau si un événement se produit, les marques cherchent à créer de la viralité et à renforcer leur visibilité. Une mécanique efficace en termes de communication, à condition que les promesses formulées puissent être réellement honorées.