Société

Passage au collège ou au lycée : comment aider son enfant à franchir le cap sereinement

La rentrée scolaire approche à grands pas, les cartables commencent à se préparer et les habitudes estivales laissent progressivement place au rythme scolaire. Pour les enfants qui s’apprêtent à entrer au collège ou au lycée, cette rentrée ne marque toutefois pas un simple changement de classe. Nouvel établissement, nouveaux enseignants, nouveaux camarades, davantage d’autonomie et de responsabilités : cette transition peut être vécue comme une véritable étape, particulièrement à un âge où l’adolescent construit encore son identité et cherche ses repères.

30 Août 2026 À 17:25

Le passage au collège ou au lycée constitue un moment important, qui peut susciter à la fois de l’enthousiasme, de la curiosité, mais aussi de l’appréhension. À l’adolescence, le regard des autres prend une place considérable et les jeunes peuvent facilement mesurer leur propre valeur à travers leurs résultats scolaires, leurs relations avec leurs camarades ou encore la validation des adultes. Pour les parents, l’enjeu n’est donc pas de chercher à éviter à leur enfant toute difficulté, mais de lui donner les moyens de traverser cette période avec davantage de confiance et d’autonomie. Et cette préparation gagne à commencer avant même le jour de la rentrée, à travers l’écoute, le dialogue et l’identification des éventuelles inquiétudes. «À l’adolescence, les jeunes construisent leur identité et ont tendance à évaluer leur propre valeur à travers des éléments extérieurs : leurs notes, le regard des copains ou la validation des adultes. Changer d’école, c’est parfois voir tous ces repères s’effondrer d’un coup», explique Sahar Sbai, psychopédagogue.



Préparer sans surprotéger

Selon la spécialiste, préparer cette transition ne signifie pas chercher à supprimer tous les obstacles auxquels l’adolescent pourrait être confronté. Au contraire, une préparation excessive risque de le priver de la possibilité d’apprendre par lui-même et de développer son autonomie. «La vraie préparation se joue dans la communication et l’écoute active bien avant la rentrée», souligne-t-elle. Ce dialogue permet au jeune de faire émerger, parfois de manière indirecte, ses peurs, ses besoins, mais aussi ses forces et ses domaines dans lesquels il se sent particulièrement à l’aise. Lorsque l’adolescent se montre fermé et fuit les discussions directes, les parents peuvent également privilégier d’autres formes d’échange. Une activité manuelle, créative ou un projet partagé, comme cuisiner, peindre ou bricoler ensemble, peut créer un contexte plus propice à la parole. «C’est souvent quand les mains sont occupées et que le regard ne se croise pas directement que la parole se libère», observe Sahar Sbai.

Deux réactions à ne pas minimiser

Les inquiétudes liées à une nouvelle rentrée ne s’expriment pas toujours clairement. Certains adolescents peuvent avoir tendance à tout intérioriser, tandis que d’autres donnent l’impression de ne se soucier de rien. Le premier profil est celui de «l’évitement silencieux». Très calme, l’adolescent ne se plaint pas et ne demande rien, mais peut commencer à sauter des repas, souffrir de tensions physiques, s’isoler ou éprouver des difficultés à dormir. Derrière ce silence peut se cacher une peur importante de l’erreur et de l’échec. À l’inverse, le «détachement» ou le «je-m’en-foutisme» peut donner l’impression que le jeune refuse simplement de s’intéresser à la rentrée. Il s’enferme dans sa chambre, se réfugie dans les écrans ou évite toute discussion autour de l’école. Pourtant, derrière cette apparente nonchalance peut se trouver une anxiété réelle, notamment la peur de ne pas être à la hauteur ou de ne pas être compris.

Les deux dernières semaines d’août, un moment pour reprendre confiance

À l’approche de la rentrée, l’objectif n’est pas d’imposer brutalement un cadre strict à l’adolescent, mais de l’aider à construire ses propres repères. «Les deux dernières semaines d’août doivent servir à co-construire ses propres "règles d’or”», recommande la psychopédagogue. Premier levier : la créativité et l’activité physique. Dessiner, bricoler, pratiquer une activité sportive ou se consacrer à un projet personnel permet au jeune de sortir des pensées anxieuses et de mobiliser son énergie autrement. Deuxième levier : un cadre souple et des temps de récupération. Plutôt que de fixer un emploi du temps rigide, les parents peuvent réfléchir avec leur enfant à un équilibre réaliste entre travail, loisirs, sommeil et moments de pause. Les besoins peuvent toutefois varier selon les personnalités. Un adolescent introverti peut avoir besoin d’un moment quotidien seul, dans sa «bulle», pour récupérer après une journée chargée. Un jeune qui se ressource davantage au contact des autres pourra, au contraire, avoir besoin de préserver des moments avec des amis ou des proches auprès desquels il se sent bien. Enfin, Sahar Sbai insiste sur l’importance de valoriser l’effort plutôt que le résultat. Encourager les progrès, même modestes, contribue à renforcer l’estime de soi et l’autonomie émotionnelle. Le jeune apprend ainsi que rencontrer des difficultés ne remet pas en cause sa valeur, mais constitue une étape normale de son apprentissage.

Quand faut-il commencer à s’inquiéter ?

Les signes d’une transition scolaire difficile ne sont pas toujours spectaculaires. Les parents doivent notamment rester attentifs aux manifestations physiques : maux de ventre, nausées, perte d’appétit, maux de tête, troubles du sommeil, tensions musculaires ou encore certaines réactions cutanées. Le repli et le silence constituent également des signaux à observer lorsqu’ils représentent un changement inhabituel chez l’adolescent. Un jeune qui cesse progressivement de communiquer et garde systématiquement ses émotions pour lui peut être en difficulté sans parvenir à le verbaliser. La fuite répétée dans les écrans, les jeux vidéo, les réseaux sociaux, la nourriture ou d’autres comportements visant à éviter l’anxiété mérite aussi une attention particulière. «Ce sont des béquilles extérieures pour masquer un manque de sécurité intérieure», explique la spécialiste. Enfin, une colère inhabituelle ou persistante ne doit pas être automatiquement interprétée comme un simple comportement adolescent. Une agressivité soudaine envers les parents, la fratrie ou les camarades peut traduire un mal-être plus profond. «La colère est souvent le signal d’alarme d’un jeune qui se sent rejeté, pas écouté ou pas traité à sa juste valeur», rappelle Sahar Sbai.

Accompagner un enfant vers le collège ou le lycée ne consiste donc pas à lui ouvrir la voie en supprimant toutes les difficultés. Il s’agit plutôt de lui donner suffisamment de sécurité pour qu’il puisse les affronter, expérimenter, se tromper et progresser. À l’approche de la rentrée, l’écoute et la confiance peuvent ainsi constituer les premiers outils pour l’aider à franchir sereinement ce nouveau cap.

Questions à la psychopédagogue

Sahar Sbai : «Si un adolescent a des difficultés relationnelles préexistantes, la nouveauté va dévoiler ses blessures»



Comment distinguer une anxiété liée à la rentrée, qui peut être normale, d’une véritable difficulté qui nécessite un accompagnement ?

L'anxiété en soi n'est pas une maladie à éliminer, c'est simplement une information biochimique que le corps nous envoie. L'anxiété normale est un «booster» : elle est saine quand elle pousse le jeune à agir pour se rassurer. Par exemple, s'il choisit de prendre de l'avance sur ses lectures ou de préparer ses affaires pour se sentir prêt. Le jeune ressent le stress, mais sait que sa valeur personnelle n'est pas remise en question par la situation.

La véritable difficulté apparaît lorsqu'il y a blocage et perte d'autorité personnelle : si le jeune commence à fonctionner dans une boucle de honte, de culpabilité et d'autodépréciation («je suis nul», «je n'y arriverai jamais»), ou s'il s'enferme dans l'évitement total en refusant d'aller en cours, alors le signal d'alarme est activé. Quand le mécanisme de défense (comme le repli ou la colère) devient sa seule manière de fonctionner, un accompagnement est nécessaire pour l'aider à se restructurer.

Dans quelle mesure les difficultés scolaires, émotionnelles ou relationnelles préexistantes peuvent-elles être amplifiées par une transition ?

La transition scolaire agit précisément comme un miroir grossissant : notre environnement extérieur est toujours le reflet de notre environnement intérieur. Dans la mesure où la transition efface le décor familier et rassurant auquel le jeune se cramponnait, privé de son milieu extérieur connu qui compensait ou masquait les fragilités de sa structure intérieure, il se retrouve soudainement face à lui-même. Si un adolescent a des difficultés relationnelles préexistantes (comme la peur d'aller vers les autres ou la peur du conflit), la nouveauté va dévoiler ses blessures. Sans repères solides à l'intérieur de lui-même, face au stress, il va instinctivement amplifier des réflexes de survie : celui qui avait tendance à s'isoler va se murer dans un silence total ; celui qui craignait l'échec va préférer ne rien faire du tout et basculer dans un désengagement scolaire et éviter la confrontation émotionnelle.

Enfin, quel message souhaiteriez-vous adresser aux parents qui appréhendent déjà la rentrée et qui ont le sentiment de ne plus savoir comment accompagner leur adolescent ?

Mon message est une invitation à changer de posture : rendez-vous disponibles pour une écoute connectée à votre enfant ainsi qu’une communication attentive et sans jugement. Votre rôle n'est pas de résoudre les problèmes de votre adolescent à sa place, car cela le priverait de l'opportunité de développer ses propres compétences face aux obstacles et donc son estime de soi. Devenez plutôt un éducateur qui le cadre, l'oriente et l'aide à réfléchir par lui-même, afin qu'il apprenne à décoder ses propres besoins et accède à son autorité personnelle – c'est-à-dire à sa responsabilisation.

Bâtir une estime de soi solide chez votre adolescent exige de déconnecter l'amour que vous lui portez de ses réussites ou de ses compétences. En faisant ce choix, vous vous offrez le droit de déculpabiliser. Vous cessez de gaspiller votre énergie – qui, rappelons-le, est une denrée précieuse et vitale – dans des conflits de performance, pour l'investir intelligemment dans l'accompagnement de sa structure intérieure.

Rappelez-vous qu'un enfant s'en sortira toujours dans la vie s'il se sent profondément aimé, soutenu, encouragé et valorisé pour qui il est, et non pour ce qu'il réussit. C’est ainsi qu’il intègre une véritable sécurité intérieure : il acquiert la certitude que quoi qu'il arrive, les obstacles ne sont que des points d’apprentissage qui ne remettent jamais en cause sa valeur propre. Il apprendra à mobiliser ses propres ressources pour trouver sa place dans la société, grâce à sa relation avec vous, ses parents conscients et bienveillants.

Les notes et les succès scolaires n'ont jamais garanti la réussite d'une vie. L'estime de soi et la construction d'une personnalité équilibrée, oui. Quand vous relâchez la pression du résultat et que vous offrez à votre enfant une sécurité émotionnelle inconditionnelle, la réussite académique cesse d'être une obsession stressante pour devenir, tout naturellement, une heureuse conséquence.
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