Nabila Bakkass
05 Février 2026
À 15:20
Le Matin : Pourquoi le CHU Mohammed VI d’Agadir a-t-il fait le choix d’introduire la chirurgie robotique ? N’est-ce pas un luxe au vu des autres besoins plus urgents ?Pʳ Mehdi Soufi : La chirurgie robotique n’a pas été introduite comme un symbole technologique, mais comme un choix structurant, cohérent avec la nouvelle réforme du système de santé au Maroc. Cette réforme vise à renforcer l’équité territoriale, la qualité, la sécurité des soins et la performance du service public. Dans cette logique, doter un CHU d’une technologie qui améliore les résultats chirurgicaux et réduit certaines complications n’est pas un luxe : c’est un investissement au service du patient et du système. Le CHU Mohammed VI d’Agadir a vocation à être un hôpital de référence régional et national, capable de prendre en charge des cas complexes, d’innover et surtout de diffuser les bonnes pratiques. L’introduction du robot répond aussi à une réalité territoriale : éviter que les patients de Souss-Massa soient contraints d’aller loin pour des prises en charge de haute technicité, et renforcer la souveraineté sanitaire à l’échelle régionale.
Concrètement, qu’est-ce que la chirurgie robotique change aujourd’hui pour le patient, en termes de qualité des soins, de sécurité et de durée d’hospitalisation ?Pour le patient, la chirurgie robotique apporte des bénéfices très concrets lorsqu’elle est indiquée : une meilleure précision des gestes, une meilleure ergonomie opératoire et une meilleure vision. Ceci peut se traduire, selon les types d’interventions, par une diminution de certains risques, une réduction des douleurs postopératoires, un retour plus rapide à l’alimentation et à la mobilité, et une durée d’hospitalisation potentiellement plus courte. L’objectif n’est pas de remplacer les techniques existantes, mais de compléter l’arsenal thérapeutique et d’offrir au patient la meilleure option dans le bon cas. Le message central est celui-ci : la technologie est un moyen, la sécurité et la qualité sont la finalité, et les résultats doivent être évalués, suivis et améliorés en continu.
La chirurgie robotique peut-elle aider à parer au manque de médecins dont souffrent les hôpitaux ou nécessite-t-elle au contraire des ressources humaines supplémentaires ?La chirurgie robotique ne remplace ni le chirurgien, ni l’anesthésiste, ni l’infirmier de bloc. Elle ne règle donc pas, à elle seule, la question du manque de médecins. En revanche, elle peut contribuer à une meilleure efficience : des gestes plus précis, des suites postopératoires parfois plus simples, moins de complications à gérer et donc une optimisation du parcours patient. Elle exige au départ un investissement humain important en formation et en organisation, mais une fois l’équipe structurée, elle permet de consolider une activité de haut niveau, d’attirer et fidéliser des compétences, et de maintenir une dynamique universitaire forte. La clé reste le capital humain, exactement comme le rappelle la réforme du système de santé.
La réforme met l’accent sur le capital humain. Comment le CHU d’Agadir prépare-t-il ses équipes médicales et paramédicales à cette nouvelle pratique chirurgicale ?C’est précisément là que la cohérence entre le CHU et la Faculté de médecine d’Agadir est déterminante. La chirurgie robotique ne peut réussir que si elle est intégrée dans un programme structuré de formation initiale et continue, adossé à la simulation, à l’évaluation des compétences et à une culture de sécurité. En tant que CHU, nous mettons en place des protocoles, une organisation de bloc, des parcours d’apprentissage progressifs et des standards de qualité. En tant que Faculté, nous assurons l’ancrage pédagogique, la recherche, la production de connaissances et la formation continue des chirurgiens, anesthésistes, infirmiers et équipes paramédicales. C’est un projet institutionnel : il ne repose pas sur un individu, mais sur une équipe, sur des enseignants, sur des professionnels engagés et sur une démarche universitaire exigeante.
Quelles spécialités sont actuellement concernées par la chirurgie robotique, et quelles perspectives d’élargissement envisagez-vous à moyen terme ?Nous avons choisi une montée en charge progressive, centrée sur des spécialités où la chirurgie mini-invasive et la précision apportent une vraie valeur clinique, notamment la chirurgie viscérale et digestive, l’urologie, la gynécologie, la chirurgie thoracique et ORL, et des domaines de haute technicité. À moyen terme, l’élargissement est envisagé de manière raisonnée vers d’autres spécialités, en fonction des besoins du territoire, du volume d’activité, de l’impact clinique attendu et surtout de la disponibilité d’équipes formées. L’objectif n’est pas de multiplier les indications, mais de garantir la pertinence médicale, la sécurité et la soutenabilité.
Dans un contexte où la question du coût et de la soutenabilité du système de santé est centrale, quels sont les principaux défis à relever pour assurer la pérennité de cette technologie au sein de l’hôpital public ?Le défi principal est de construire un modèle durable. Cela passe par une gouvernance claire, une planification de l’activité, une maintenance maîtrisée, une gestion rigoureuse des consommables, et surtout une stratégie de formation continue. La soutenabilité ne se résume pas au coût d’achat : elle dépend des résultats cliniques, de la réduction des complications, de la durée d’hospitalisation et de l’optimisation des flux. Elle dépend aussi de l’intégration de cette activité dans un projet territorial global. Et justement, il faut rappeler que cette dynamique s’inscrit dans la mise en place prochaine du Groupe territorial de santé (GST) d’Agadir, qui accompagnera la réforme et organisera les complémentarités entre les structures du territoire. Dans ce cadre, le CHU Mohammed VI d’Agadir aura un rôle structurant : hôpital de référence, moteur de l’innovation, de la formation, de la recherche et de la diffusion des bonnes pratiques, au bénéfice de l’ensemble du réseau public régional. C’est une responsabilité que nous assumons pleinement, avec l’engagement des enseignants-chercheurs, du corps médical et paramédical, et avec une vision de service public : une technologie moderne, oui, mais au service du patient, de l’équité territoriale et de la réussite de la réforme.