Peut-on anticiper ces désagréments avant le mois du Ramadan ?Oui. D’ailleurs, la préparation est même indispensable pour éviter ces désagréments. Elle devrait commencer deux à trois semaines avant le début du Ramadan. L’objectif n’est pas d’imposer un régime strict, mais d’opérer une transition progressive afin de permettre au système digestif de s’adapter en douceur. Il s’agit, par exemple, de réduire progressivement les aliments gras, frits et très épicés, ce qui contribue à diminuer l’irritation gastrique. De la même manière, limiter le sucre raffiné permet d’éviter les variations brutales de glycémie, souvent responsables de fringales et d’inconfort digestif. Il est aussi recommandé d’augmenter l’apport en fibres, en légumes et en protéines légères pour favoriser un transit régulier et une digestion plus stable. Il est également conseillé de diminuer progressivement le café et le thé. Cette réduction limite non seulement les maux de tête au début du jeûne, mais aussi l’hyperacidité gastrique. Il faut aussi espacer progressivement les repas pour habituer l’organisme au futur rythme alimentaire.
Concrètement, quelles sont les règles à respecter pendant le Ramadan pour préserver sa santé digestive ?Avant tout, la rupture du jeûne doit se faire avec douceur.
Commencer par de l’eau, des dattes et une soupe légère. Cela permet de relancer progressivement les sécrétions digestives, sans brusquer l’estomac. Ensuite, la modération reste la règle fondamentale. Un repas trop copieux surcharge l’appareil digestif, ralentit la digestion et favorise le reflux. À l’inverse, manger lentement, bien mastiquer et éviter de s’allonger immédiatement après le F’tour contribuent à réduire considérablement les brûlures et l’inconfort.
Entre le F’tour et le S’hour, l’hydratation joue également un rôle central. Il est préférable de boire régulièrement de petites quantités d’eau plutôt que d’en consommer en grande quantité en une seule prise. De plus, les boissons gazeuses ou très sucrées doivent être limitées, car elles accentuent les ballonnements et l’acidité.
Quant au S’hour, il doit privilégier des aliments rassasiants mais digestes, comme les œufs, le yaourt, les flocons d’avoine, les fruits ou le pain complet. En revanche, les plats très salés sont à éviter, puisqu’ils favorisent la soif et la déshydratation au cours de la journée.
À partir de quels signes faut-il s’inquiéter et consulter en urgence ?Certains symptômes ne doivent jamais être banalisés. Il convient de consulter rapidement en cas de douleurs abdominales intenses ou persistantes, de vomissements répétés ou de brûlures gastriques sévères qui ne cèdent pas. De même, la présence de vomissements de sang ou de selles noires constitue un signe d’alerte majeur, pouvant traduire une hémorragie digestive. Enfin, des vertiges, un malaise ou une fatigue inhabituelle peuvent indiquer une déshydratation sévère ou une complication plus grave. Dans tous les cas, le jeûne ne doit jamais se faire au détriment de la santé. Dès qu’un symptôme paraît inhabituel ou inquiétant, un avis médical s’impose.
Vous mettez souvent en garde contre l’usage des anti-inflammatoires pendant le Ramadan. Pourquoi cette insistance ?L’automédication représente aujourd’hui un véritable risque. Chaque année, nous prenons en charge des cas d’ulcères gastriques compliqués et d’hémorragies digestives hautes liés à la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sans encadrement médical. Ces médicaments, couramment utilisés contre les douleurs ou les céphalées, fragilisent la muqueuse gastrique. Or, pendant le jeûne, l’estomac est déjà plus exposé à l’acidité en raison de l’absence prolongée d’aliments. Ainsi, l’association du jeûne et des anti-inflammatoires augmente significativement le risque d’ulcère et d’hémorragie digestive, parfois sévère. C’est pourquoi il est fortement déconseillé de prendre ce type de traitement sans avis médical, surtout durant le Ramadan. En somme, la clé du jeûne réside dans la prévention : anticiper, écouter son corps et éviter l’automédication. Ce n’est pas le jeûne qui met en danger la santé, mais les excès et les mauvaises pratiques qui peuvent l’entourer.