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Diabète et jeûne : ce qu’il faut anticiper avant le Ramadan

À l’approche du mois du Ramadan, la question du jeûne chez les personnes diabétiques et les précautions à prendre reviennent immanquablement dans les discussions. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette période ne se résume pas à un simple changement de rythme, mais exige une véritable préparation médicale en amont. Dans cet entretien, Dallal Jeddi, pharmacienne biologiste et éducatrice thérapeutique, revient sur les bonnes pratiques à adopter pour jeûner en toute sécurité.

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Le Matin : Quels bilans ou visites médicales conseillez-vous aux diabétiques avant le mois du Ramadan ?

Dallal Jeddi : Le mois du Ramadan se prépare et ne s’improvise pas. Une visite médicale est fortement recommandée, idéalement six à huit semaines avant son début, dans le cadre d’une consultation spécifiquement dédiée. Cette consultation repose d’abord sur un bilan biologique indispensable pour évaluer la sécurité du jeûne. Ce bilan comprend notamment le dosage de l’HbA1c, l’évaluation de la fonction rénale (créatinine, DFG, micro-albuminurie si nécessaire), ainsi qu’un bilan lipidique afin d’apprécier le risque cardiovasculaire.

Diabète et jeûne : ce qu’il faut anticiper avant le Ramadan
Dr. Dallal Jeddi



À ce volet biologique s’ajoute une évaluation clinique complète : mesure de la tension artérielle et du poids, dépistage d’éventuelles complications rénales, cardiovasculaires ou métaboliques, et analyse du traitement en cours, des glycémies quotidiennes et du mode de vie du patient. Mais cette consultation va au-delà du simple bilan. Elle permet surtout d’anticiper l’organisation du Ramadan : modalités de l’autosurveillance glycémique, adaptation du traitement, structuration des repas et connaissance des situations imposant la rupture du jeûne. C’est la condition essentielle pour jeûner en toute sécurité.

Comment déterminer si un patient diabétique peut jeûner en toute sécurité ?

Il n’existe pas de réponse universelle à cette question. La décision se prend exclusivement au cas par cas, lors de la consultation pré-Ramadan. L’évaluation repose sur une stratification du risque à l’aide d’un outil validé internationalement, à savoir le score IDF-DaR (Fédération internationale du diabète – Alliance Diabète et Ramadan), fondé sur 14 critères cliniques et biologiques. Ce score permet de classer le patient en risque faible, modéré ou élevé face au jeûne et d’orienter clairement la décision médicale.

Toutefois, ce score ne suffit pas à lui seul. La décision s’appuie également sur une écoute attentive du patient, qui permet d’identifier ses habitudes, sa compréhension de la maladie, sa capacité à assurer l’autosurveillance glycémique et ses contraintes quotidiennes. C’est cet échange qui permet une décision partagée, réaliste et sécurisée. À noter qu’un principe fondamental, rappelé par les recommandations médicales et religieuses, guide cette démarche : la préservation de la santé prime le jeûne.

Faut-il adapter les traitements dès maintenant pour limiter les risques pendant le jeûne ?

Effectivement, l’adaptation du traitement est indispensable et doit être anticipée avant le Ramadan. Le jeûne modifie profondément l’équilibre métabolique, notamment le rythme alimentaire, l’hydratation, le sommeil, la sécrétion d’insuline et la production hépatique de glucose. Chez le patient diabétique, ces mécanismes sont déjà fragilisés, ce qui impose une réorganisation des doses, des horaires de prise et parfois du schéma thérapeutique, en tenant compte du rythme Suhoor/Iftar.

Tous les traitements ne se comportent pas de la même manière pendant le jeûne. Certains nécessitent des ajustements précis, notamment les sulfamides et certaines insulines, tandis que d’autres doivent simplement être adaptés aux nouveaux horaires. Les recommandations de la Fédération internationale du diabète – Alliance Diabète et Ramadan (IDF-DaR) insistent sur un point clé : il ne s’agit pas seulement de modifier une prescription, mais de construire un véritable plan thérapeutique individualisé pour le mois du jeûne. Cette adaptation n’est réellement efficace que si elle est expliquée et comprise, d’où l’importance centrale de l’éducation thérapeutique.

Quels sont les risques les plus fréquents liés à un mauvais ajustement des traitements ?

En l’absence d’une adaptation adéquate, le patient s’expose à des déséquilibres glycémiques parfois sévères. L’hypoglycémie peut survenir au cours de la journée de jeûne, tandis que l’Iftar, souvent riche en sucres rapides, favorise les hyperglycémies postprandiales. À ces troubles s’ajoute un risque accru de déshydratation, notamment en période de chaleur ou sous certains traitements.

Dans les situations les plus graves, ces déséquilibres peuvent évoluer vers des complications aiguës telles que l’acidocétose, une complication souvent liée au diabète de type 1, due à une carence sévère en insuline (Ndlr). C’est pourquoi la préparation en amont est essentielle, afin que le patient sache reconnaître ces situations et adopter les bons réflexes.

Quels conseils pratiques donner pour organiser les repas du Suhoor et de l’Iftar afin de maintenir une glycémie stable ?

Le principe de base est de structurer l’alimentation autour de trois vrais repas, plutôt que de multiplier les grignotages nocturnes. Chaque repas doit être équilibré, associant féculents, fruits et légumes, une source de protéines (viande, poisson ou œufs) et des produits laitiers, en privilégiant la consommation de légumes.

Le Suhoor, pris le plus tard possible, doit être riche en fibres et en protéines, avec des aliments à index glycémique bas, afin de prolonger la satiété et limiter les variations glycémiques durant la journée.

À l’Iftar, la modération est essentielle : éviter les excès de sucres rapides et les fritures, tout en maintenant des glucides complexes comme la semoule, l’orge ou les vermicelles. Les pâtisseries, sucreries et viennoiseries, y compris traditionnelles, doivent rester occasionnelles, tout comme la consommation de café.

Enfin, une hydratation suffisante entre l’Iftar et le Suhoor est indispensable pour compenser la journée de jeûne.

À quelle fréquence et comment doit-on surveiller sa glycémie pendant le jeûne ?

L’autosurveillance glycémique est obligatoire pendant le Ramadan et ne rompt pas le jeûne. Elle doit être réalisée à des moments clés : avant le Suhoor, en milieu de journée, avant l’Iftar, deux heures après l’Iftar et à tout moment en cas de symptômes.

Lorsque cela est possible, l’utilisation des capteurs de glycémie en continu (CGM) est fortement encouragée, car elle permet une surveillance plus fine et plus sécurisante.

Le jeûne doit être rompu immédiatement en cas de glycémie inférieure à 0,70 g/l ou supérieure à 3 g/l. De même, tout malaise, vertige, sueurs, tremblements, fatigue intense, confusion ou signe de déshydratation impose l’arrêt immédiat du jeûne. Le patient doit être préparé à cette éventualité avant le Ramadan. Dans ces situations, rompre le jeûne n’est ni un échec ni une faute, mais une obligation à la fois médicale et religieuse.

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