Société

Près de 30% de la mortalité routière survient en été : la Narsa appelle à la prudence

Chaque été, les routes marocaines connaissent une forte intensification du trafic sous l'effet des départs en vacances, du retour des Marocains résidant à l'étranger et de l'augmentation continue du parc automobile. Cette concentration des déplacements accroît le risque d'accidents, au point que la saison estivale concentre à elle seule près de 30% de la mortalité routière annuelle. Face à cette situation, l'Agence nationale de la sécurité routière déploie un dispositif renforcé de contrôle, de prévention et de sensibilisation pour limiter le nombre de victimes.

27 Juillet 2026 À 16:08

Les vacances d'été riment souvent avec détente et retrouvailles familiales. Mais elles constituent également une période particulièrement sensible sur le plan de la sécurité routière. L'afflux de véhicules sur les grands axes, les longs trajets et l'augmentation des déplacements vers les stations balnéaires et les régions touristiques créent des conditions propices aux accidents.

Pour l'Agence nationale de la sécurité routière (Narsa), cette période représente un véritable défi. «La période estivale constitue chaque année un défi majeur pour la sécurité routière. Elle se caractérise par une augmentation significative de la mobilité, sous l'effet conjugué des départs en vacances, du retour massif des Marocains résidant à l'étranger et d'une hausse continue du parc automobile national», explique Abdessadek Maafa, directeur du pôle Communication, Éducation et Prévention routière de la Narsa.



Selon lui, cette forte concentration de véhicules sur les principaux axes reliant les grandes villes aux destinations touristiques augmente mécaniquement les risques d'accidents.

La vitesse reste le principal facteur de risque

Parmi les causes des accidents, la vitesse excessive demeure de loin le facteur le plus préoccupant. Elle est à l'origine d'une grande partie des drames enregistrés durant l'été. «La vitesse excessive demeure le principal facteur de risque. Elle est impliquée dans près d'un accident mortel sur deux et augmente considérablement la gravité des conséquences lorsqu'un accident survient», souligne Abdessadek Maafa.

Au-delà de la vitesse, les comportements à risque continuent d'alimenter l'insécurité routière : fatigue au volant lors des longs trajets, non-respect des distances de sécurité, surcharge des véhicules ou encore défaut d'entretien mécanique.

La Narsa attire aussi l'attention sur la vulnérabilité des usagers les plus exposés. Les conducteurs et passagers de deux-roues motorisés représentent aujourd'hui près de 45% des personnes tuées sur les routes marocaines, tandis que les piétons continuent de payer un lourd tribut, notamment dans les grandes agglomérations.

Autre évolution marquante : les villes sont devenues presque aussi meurtrières que les routes interurbaines. Près de la moitié des décès liés aux accidents de la circulation sont désormais enregistrés en milieu urbain, signe d'une évolution des habitudes de déplacement et d'une circulation toujours plus dense.

Des régions particulièrement exposées

Pour orienter ses actions, la Narsa s'appuie sur une cartographie nationale élaborée à partir des données d'accidentalité des années 2023, 2024 et 2025.

En milieu urbain, douze préfectures et provinces concentrent l'essentiel des accidents graves durant la saison estivale. Il s'agit notamment de Casablanca, Marrakech, Tanger, Rabat, Fès, Agadir-Ida Outanane, Kénitra, Tétouan, Oujda-Angad, El Jadida et Inezgane-Aït Melloul.

À elles seules, ces agglomérations regroupent 55,84% des personnes tuées et 61,47% des blessés graves enregistrés en milieu urbain.

À l'échelle régionale, Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Marrakech-Safi, Fès-Meknès, Souss-Massa, Béni Mellal-Khénifra, l'Oriental, Drâa-Tafilalet ainsi que les régions du Sud enregistrent aussi une part importante de la mortalité routière.

La période estivale modifie toutefois la géographie habituelle des risques. Les déplacements se concentrent davantage vers les stations balnéaires, les sites touristiques et les principaux itinéraires empruntés par les Marocains résidant à l'étranger, obligeant les autorités à adapter leurs dispositifs de contrôle.

Un dispositif renforcé tout au long de l'été

Pour faire face à cette hausse du trafic, la Narsa a mis en place un plan d'action articulé autour du contrôle, de la sensibilisation et de la coordination avec les différents intervenants. «Nous avons renforcé les dispositifs de contrôle en ciblant prioritairement les axes et les points noirs identifiés grâce à notre cartographie nationale», indique Abdessadek Maafa.

Cette cartographie a été partagée avec la Direction générale de la sûreté nationale et la Gendarmerie Royale afin de mieux cibler les opérations de contrôle, notamment celles portant sur le respect des limitations de vitesse.

En parallèle, la Narsa a lancé une campagne nationale de communication sous le slogan «Notre sécurité ne prend pas de vacances», accompagnée du hashtag #نوصلو_على_خير. Cette campagne est relayée à travers des affichages sur les principaux axes routiers, des émissions radiophoniques diffusées sur plusieurs stations nationales ainsi qu'une campagne digitale destinée à sensibiliser les usagers avant et pendant leurs déplacements.

L'agence indique aussi renforcer la coordination avec les services hospitaliers et de secours afin d'améliorer la rapidité des interventions après les accidents sur les axes les plus accidentogènes.

Des gestes simples qui peuvent sauver des vies

Au-delà des contrôles, la Narsa rappelle que la prévention commence avant même de prendre la route. «Le meilleur accident est celui que l'on évite», rappelle Abdessadek Maafa. L'Agence recommande ainsi de vérifier l'état mécanique du véhicule avant le départ, en particulier les pneumatiques, les freins, l'éclairage et les niveaux des différents fluides. Elle insiste aussi sur la nécessité d'éviter toute surcharge et de prendre la route après un repos suffisant.

Durant le trajet, le respect des limitations de vitesse, l'adaptation de la conduite aux conditions de circulation, le maintien d'une distance de sécurité ainsi que des pauses toutes les deux heures constituent des recommandations essentielles pour limiter les risques liés à la fatigue.

La Narsa rappelle aussi que le port de la ceinture de sécurité est obligatoire pour tous les occupants du véhicule, à l'avant comme à l'arrière. Les enfants doivent être installés dans des dispositifs de retenue adaptés à leur âge et à leur morphologie.

Les usagers des deux-roues sont eux aussi appelés à redoubler de prudence, notamment en portant systématiquement un casque homologué, en respectant la signalisation et les limitations de vitesse.

Réduire durablement la mortalité routière

À travers ce dispositif estival, la Narsa poursuit un objectif précis : faire reculer le nombre de personnes tuées et grièvement blessées pendant une période qui concentre près d'un tiers de la mortalité routière annuelle. Cette ambition s'inscrit dans la Stratégie nationale de sécurité routière 2026-2030, qui prévoit une réduction de 50% du nombre de tués et de blessés graves à l'horizon 2030, conformément aux objectifs fixés par les Nations unies.

Au terme de la saison estivale, la Narsa procédera à une évaluation des résultats obtenus. Au-delà de l'évolution du nombre d'accidents et de victimes, l'agence analysera aussi les comportements des usagers, notamment le respect des limitations de vitesse et l'impact des campagnes de sensibilisation.

Comme le souligne Abdessadek Maafa, «au-delà des chiffres, notre objectif est d'obtenir un changement durable des comportements, condition indispensable pour faire reculer durablement l'insécurité routière dans notre pays».
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