Le Matin : Quel état des lieux peut-on dresser aujourd’hui du cancer de l’ovaire au Maroc ?
Quels sont les principaux facteurs qui expliquent ce retard de diagnostic au Maroc et comment peut-on améliorer le parcours des patientes dès les premiers signes ?
Le retard diagnostique s’explique par plusieurs facteurs, principalement individuels et socioculturels, à savoir : le manque de connaissances sur la maladie et ses symptômes, la peur d’être diagnostiquée et la fatalité associée au cancer, des tabous culturels autour du corps féminin et de la maladie, ainsi qu’une tendance à ne consulter qu’à l’apparition de douleurs intenses, avec une faible culture du dépistage régulier. Pour améliorer le parcours, il faut des interventions éducatives culturellement adaptées qui déconstruisent les tabous, en utilisant des canaux comme les réseaux sociaux. L’implication des conseillères de santé communautaires et de la société civile est également essentielle pour créer un climat de confiance et orienter les femmes.
Les stratégies thérapeutiques du cancer de l’ovaire ont beaucoup évolué ces dernières années, notamment avec les thérapies ciblées comme l’Olaparib.
Dans quelle mesure ces innovations sont-elles aujourd’hui accessibles aux patientes au Maroc et qu’apportent-elles concrètement en termes de prise en charge et de survie ?
Effectivement, les thérapies ciblées, comme l’Olaparib, ont transformé la prise en charge. Les essais Solo1 et Paola-1 montrent notamment une amélioration importante de la durée pendant laquelle la maladie reste contrôlée, ainsi que de la survie des patientes, notamment chez celles présentant une anomalie des gènes BRCA ou un défaut dans les mécanismes de réparation de l’ADN. Environ 50% des patientes traitées n’ont ainsi pas connu d’aggravation de leur maladie à cinq ans. L’accès au test permettant d’identifier ces anomalies de réparation de l’ADN se développe progressivement dans les centres de référence, notamment ceux de la Fondation Mohammed VI des sciences de la santé. L’accès à l’Olaparib s’est également amélioré, sur la base des demandes présentées à l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM). Toutefois, le coût de ce test et l’absence de remboursement systématique de ces traitements restent des obstacles.
Quelle place la chirurgie occupe-t-elle aujourd’hui dans la prise en charge du cancer de l’ovaire localement avancé ? Et quels sont, au Maroc, les principaux leviers à renforcer pour améliorer la qualité et les résultats de cette prise en charge ?
La chirurgie visant à retirer le maximum de la tumeur constitue un élément central du traitement. L’objectif est de parvenir à retirer toute la tumeur visible ou à ne laisser qu’un résidu minime. La CHIP (chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale), qui consiste à administrer une chimiothérapie chauffée directement dans l’abdomen pendant l’intervention, est actuellement développée dans les hôpitaux de la Fondation Mohammed VI des sciences de la santé depuis février 2025. Nous suivons les recommandations françaises pour la prise en charge du cancer de l’ovaire lorsqu’il réapparaît, chez des patientes ayant répondu à une chimiothérapie de rattrapage. Cette approche concerne des patientes soigneusement sélectionnées et nécessite une prise en charge associant plusieurs spécialités médicales. Les principaux axes à renforcer sont :
• La formation et l’accompagnement des équipes de chirurgie et d’anesthésie.
• L’harmonisation des protocoles de CHIP, notamment pour mieux prévenir et surveiller les effets du cisplatine sur les reins.
• Le développement de cette technique dans d’autres centres, afin de permettre à davantage de patientes d’y accéder.
Pr Nabil Ismaïli :
Quels sont les principaux facteurs qui expliquent ce retard de diagnostic au Maroc et comment peut-on améliorer le parcours des patientes dès les premiers signes ?
Le retard diagnostique s’explique par plusieurs facteurs, principalement individuels et socioculturels, à savoir : le manque de connaissances sur la maladie et ses symptômes, la peur d’être diagnostiquée et la fatalité associée au cancer, des tabous culturels autour du corps féminin et de la maladie, ainsi qu’une tendance à ne consulter qu’à l’apparition de douleurs intenses, avec une faible culture du dépistage régulier. Pour améliorer le parcours, il faut des interventions éducatives culturellement adaptées qui déconstruisent les tabous, en utilisant des canaux comme les réseaux sociaux. L’implication des conseillères de santé communautaires et de la société civile est également essentielle pour créer un climat de confiance et orienter les femmes.
Les stratégies thérapeutiques du cancer de l’ovaire ont beaucoup évolué ces dernières années, notamment avec les thérapies ciblées comme l’Olaparib.
Dans quelle mesure ces innovations sont-elles aujourd’hui accessibles aux patientes au Maroc et qu’apportent-elles concrètement en termes de prise en charge et de survie ?
Effectivement, les thérapies ciblées, comme l’Olaparib, ont transformé la prise en charge. Les essais Solo1 et Paola-1 montrent notamment une amélioration importante de la durée pendant laquelle la maladie reste contrôlée, ainsi que de la survie des patientes, notamment chez celles présentant une anomalie des gènes BRCA ou un défaut dans les mécanismes de réparation de l’ADN. Environ 50% des patientes traitées n’ont ainsi pas connu d’aggravation de leur maladie à cinq ans. L’accès au test permettant d’identifier ces anomalies de réparation de l’ADN se développe progressivement dans les centres de référence, notamment ceux de la Fondation Mohammed VI des sciences de la santé. L’accès à l’Olaparib s’est également amélioré, sur la base des demandes présentées à l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM). Toutefois, le coût de ce test et l’absence de remboursement systématique de ces traitements restent des obstacles.
Quelle place la chirurgie occupe-t-elle aujourd’hui dans la prise en charge du cancer de l’ovaire localement avancé ? Et quels sont, au Maroc, les principaux leviers à renforcer pour améliorer la qualité et les résultats de cette prise en charge ?
La chirurgie visant à retirer le maximum de la tumeur constitue un élément central du traitement. L’objectif est de parvenir à retirer toute la tumeur visible ou à ne laisser qu’un résidu minime. La CHIP (chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale), qui consiste à administrer une chimiothérapie chauffée directement dans l’abdomen pendant l’intervention, est actuellement développée dans les hôpitaux de la Fondation Mohammed VI des sciences de la santé depuis février 2025. Nous suivons les recommandations françaises pour la prise en charge du cancer de l’ovaire lorsqu’il réapparaît, chez des patientes ayant répondu à une chimiothérapie de rattrapage. Cette approche concerne des patientes soigneusement sélectionnées et nécessite une prise en charge associant plusieurs spécialités médicales. Les principaux axes à renforcer sont :
• La formation et l’accompagnement des équipes de chirurgie et d’anesthésie.
• L’harmonisation des protocoles de CHIP, notamment pour mieux prévenir et surveiller les effets du cisplatine sur les reins.
• Le développement de cette technique dans d’autres centres, afin de permettre à davantage de patientes d’y accéder.
