Hajjar El Haïti
25 Octobre 2026
À 10:00
Décrit pour la première fois au
Nigeria dans les années 1960, le
virus Shamonda appartient à la famille des orthobunyavirus. Transmis par des
moucherons piqueurs, il circulait principalement chez les
animaux, notamment les
bovins, avant d’être identifié récemment en
Europe. Sa détection chez un patient en
France constitue une première chez l’être humain.
Une découverte favorisée par plusieurs facteurs
Comment expliquer cette infection inédite ? Pour le Dr
Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, plusieurs facteurs peuvent contribuer à cette
détection. Le premier concerne
l’état immunitaire du
patient. «L’infection a touché un patient souffrant d’une immunodépression très sévère», souligne-t-il. Chez une personne dont le
système immunitaire fonctionne normalement, l’organisme pourrait être davantage en mesure de contrôler
l’infection, même si les manifestations du
virus chez
l’être humain restent encore mal documentées.
Le deuxième facteur tient aux progrès du diagnostic. Les techniques modernes d’analyse génomique, notamment le séquençage métagénomique, permettent désormais d’identifier des
agents pathogènes rares ou inattendus dans des prélèvements cliniques complexes.
Le contexte environnemental mérite une attention particulière. Le
virus est transmis par des moucherons piqueurs du genre Culicoides. Selon le Dr Hamdi, les changements climatiques et la hausse des températures peuvent favoriser l’extension géographique de certains vecteurs et modifier leurs périodes d’activité, augmentant ainsi les possibilités de contact avec les animaux et, accidentellement, avec l’être humain.
Des symptômes encore mal connus
Les connaissances sur les manifestations du
virus Shamonda chez
l’être humain restent limitées, puisqu’un seul cas a été documenté à ce jour. Il est donc prématuré d’établir un tableau clinique précis. Par comparaison avec d’autres infections virales transmises par des arthropodes, le Dr Hamdi évoque la possibilité de
symptômes tels que la fièvre, les maux de tête, les courbatures ou certaines éruptions cutanées. Ces manifestations restent toutefois hypothétiques pour le virus Shamonda chez l’être humain.
Chez les
animaux, notamment les bovins, l’infection peut s’accompagner de
fièvre, d’abattement et d’une baisse de la production laitière. Des interrogations subsistent également sur ses éventuelles conséquences sur la
reproduction animale.
Dans le cas français, les autorités ont indiqué que les complications cérébrales observées chez le patient immunodéprimé seraient très probablement liées à
l’infection. Cette situation souligne la nécessité de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les effets du
virus, notamment chez les
personnes vulnérables.
Un risque limité pour la population générale
Le
décès du patient ne signifie pas que le
virus présente une
dangerosité élevée pour l’ensemble de la population. Le contexte médical particulier de cette infection est essentiel à prendre en compte. «Chez les patients fortement immunodéprimés, des virus habituellement peu virulents peuvent se multiplier de manière incontrôlée», explique le Dr Hamdi. L’altération des défenses immunitaires peut ainsi favoriser des complications graves. À ce stade, aucun risque sanitaire accru pour la population générale n’est identifié par les autorités françaises. Il s’agit d’un cas exceptionnel, survenu chez un patient particulièrement vulnérable. Les investigations doivent néanmoins se poursuivre pour préciser les circonstances de l’infection et ses éventuelles implications.
Pas de transmission directe entre humains
Le
virus Shamonda est connu pour être transmis par des moucherons piqueurs. L’hypothèse privilégiée dans le cas français est celle d’une contamination par un moucheron du genre Culicoides, dans une région où le virus circulait chez les animaux au printemps et à l’été 2026.
À ce jour, aucune transmission interhumaine n’a été établie. Le cycle de transmission connu repose sur un vecteur insecte, et non sur les contacts directs entre personnes ou la voie aérienne. Le rôle éventuel de l’être humain dans ce cycle reste toutefois à documenter davantage.
La détection de ce premier cas ne signifie donc pas qu’une propagation entre humains est en cours. Elle souligne surtout la nécessité de mieux comprendre les interactions entre les agents pathogènes, les vecteurs, les animaux et les personnes les plus vulnérables.
Quelle vigilance pour le Maroc ?
Pour le Dr Tayeb Hamdi, cette découverte invite à maintenir une surveillance épidémiologique intégrée au Maroc, dans le cadre de l’approche «Une seule santé», qui associe la santé humaine, animale et environnementale. La surveillance vétérinaire constitue un premier axe de vigilance. Le suivi des élevages bovins et ovins doit permettre de repérer rapidement des épisodes inhabituels de fièvre, des troubles de la reproduction ou des malformations congénitales atypiques. Le contrôle des vecteurs, à travers leur cartographie et leur piégeage, représente un autre levier pour mieux connaître leur répartition sur le territoire national. Le médecin souligne l’intérêt de sensibiliser les structures hospitalières et les services d’infectiologie aux infections atypiques, notamment en présence de fièvres ou de manifestations neurologiques d’origine indéterminée chez des patients immunodéprimés.
Cette vigilance ne signifie pas qu’une circulation du virus Shamonda chez l’être humain a été constatée au Maroc. Elle s’inscrit dans une démarche de prévention face à l’émergence de nouveaux agents infectieux. L’enjeu est de renforcer les échanges entre les secteurs médical, vétérinaire et environnemental afin de détecter rapidement tout événement inhabituel et d’adapter la réponse sanitaire aux données scientifiques disponibles.