05 Octobre 2026 À 14:25
TikTok a supprimé 530.652 vidéos publiées au Maroc entre janvier et mars 2026 pour violation de ses règles communautaires, selon son dernier rapport de transparence. Ces retraits représentent environ 0,4% des vidéos mises en ligne dans le Royaume au cours de la période.
La quasi-totalité des contenus concernés a été repérée directement par les systèmes de TikTok, qui affiche au Maroc un taux de détection proactive de 99%. Parmi les vidéos signalées puis jugées contraires à ses règles, 94,4% ont été retirées dans les 24 heures. Durant le même trimestre, 26.835 vidéos marocaines ont été rétablies après réexamen, soit un volume équivalent à un peu plus de 5% du nombre de contenus supprimés.
À l’échelle mondiale, TikTok a retiré plus de 184 millions de vidéos au premier trimestre 2026. En Afrique, l’Égypte dépasse 3,6 millions de suppressions, devant l’Éthiopie avec 2 millions, l’Algérie avec 1,37 million, l’Afrique du Sud avec 1,19 million et la Libye avec plus d’un million. La Tunisie se situe en dessous du Maroc avec environ 345.000 vidéos retirées.
Entre janvier et mars, 254.351 diffusions en direct ont été interrompues au Maroc et 55.664 comptes ont été interdits de diffuser des Live pour violation des règles communautaires.
L’ampleur de ces interventions est à mettre en regard de l’audience atteinte par TikTok dans le Royaume. Les données issues des outils publicitaires du réseau, compilées dans le rapport Digital 2026 de DataReportal, évaluent à 16,7 millions le nombre d’adultes potentiellement accessibles par la publicité sur TikTok au Maroc à la fin de 2025, contre environ 14 millions un an auparavant. Cette audience potentielle a progressé de 19,1% en un an et correspond à 62,3% de la population marocaine âgée de 18 ans et plus.
À ces utilisateurs adultes s’ajoutent les mineurs, qui ne sont pas comptabilisés dans ces données, mais sont bien présents sur la plateforme. En juin 2026, plus de 23 associations marocaines ont participé à Rabat à une consultation sur la majorité numérique. Les discussions ont notamment porté sur l’âge à partir duquel un mineur pourrait accéder seul aux réseaux sociaux, les moyens de vérifier cet âge et les obligations qui pourraient être imposées aux plateformes pour protéger les jeunes utilisateurs. Trois mois plus tard, aucun âge légal d’accès aux réseaux sociaux n’avait été fixé et aucune nouvelle règle contraignante n’avait encore été adoptée.
Si aucun dispositif spécifique n’a encore été adopté pour encadrer l’accès aux plateformes et leur fonctionnement, les infractions commises à travers les réseaux sociaux relèvent déjà de la législation marocaine en vigueur. Depuis le début de l’année 2026, plusieurs créateurs de contenu, principalement actifs sur TikTok, ont été arrêtés, poursuivis ou condamnés pour des faits liés à leurs publications ou à leurs activités numériques, notamment dans des affaires d’atteinte à la pudeur, de diffamation ou d’injure.
Certaines juridictions marocaines ont ainsi prononcé des interdictions d’utiliser les réseaux sociaux pouvant atteindre dix ans, assorties, dans certaines affaires, de la fermeture des comptes concernés.
Ces procédures ont ravivé un débat plus radical parmi les utilisateurs marocains de TikTok. Pour une partie d’entre eux, les arrestations et les condamnations ont contribué à « nettoyer le TikTok marocain » et à « donner une leçon » aux créateurs qui misent sur l’insulte, les accusations, l’exposition de la vie privée ou l’atteinte à l’honneur d’autrui pour accumuler vues et abonnés. Certains réclament désormais la suppression pure et simple de TikTok au Maroc, estimant que la plateforme « n’apporte rien de plus au pays » et concentre davantage de contenus jugés problématiques que les autres réseaux sociaux.
À l’opposé, d’autres internautes refusent de faire de TikTok le seul responsable. « Interdire TikTok ne serait qu’une solution temporaire... Si la plateforme disparaît aujourd’hui, une autre prendra sa place demain et les mêmes utilisateurs s’y déplaceront », peut-on lire parmi les réactions. Pour eux, le problème tient moins au nom de la plateforme qu’aux pratiques qui s’y développent, d’où leur appel à « un projet de loi » pour encadrer l’activité sur l’ensemble des réseaux sociaux où les Marocains sont présents.
Cette demande rejoint un chantier ouvert par le gouvernement l’année dernière. Le 14 mai 2025, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid avait annoncé devant la Chambre des représentants la préparation de nouvelles règles pour encadrer les plateformes numériques au Maroc. Les pistes présentées concernaient notamment la protection des mineurs, la modération et le signalement des contenus, ainsi que l’obligation pour les plateformes étrangères ciblant le public marocain de disposer d’un représentant légal dans le Royaume.
Le gouvernement envisageait également d’étendre les compétences de la HACA aux plateformes numériques. Le régulateur pourrait ainsi obtenir davantage d’informations sur la manière dont les plateformes modèrent les contenus, traitent les signalements et procèdent aux suppressions.
Le chantier s’est poursuivi en novembre 2025, lorsque Bensaid a annoncé la préparation d’un Code de la communication audiovisuelle appelé à prendre en compte les plateformes numériques et les nouveaux modes de diffusion. En juin 2026, la présidente de la HACA, Latifa Akharbach, appelait encore à renforcer la transparence et la responsabilité des plateformes, sans « entraver l’innovation technologique » ni « limiter les libertés fondamentales ».
En octobre 2026, le dispositif juridique annoncé n’a toujours pas été dévoilé dans sa version définitive, repoussant d’autant son éventuelle entrée en vigueur. TikTok conserve ainsi la maîtrise de la modération sur sa plateforme au Maroc, tandis que de nouveaux créateurs de contenu continuent d’y émerger et d’y développer leur activité. Dans cette course désormais engagée, reste à savoir qui avancera le plus vite : l’écosystème TikTok ou la réglementation appelée à l’encadrer.