Hajjar El Haïti
15 Juillet 2026
À 16:17
Durant les
vacances d’été, la même scène se répète jour après jour dans de nombreux foyers. Une
tablette réclamée dès le petit-déjeuner, des négociations interminables pour éteindre la
console, des vidéos qui s'enchaînent sur le
téléphone familial ou encore des adolescents absorbés pendant des heures par les
réseaux sociaux.
Cyberharcèlement, chantage en ligne, jeux électroniques, données personnelles, liberté d’expression, responsabilité des plateformes… à mesure que les enfants investissent l’univers numérique, de nouvelles zones de vulnérabilité apparaissent, évoluant souvent plus vite que les mécanismes appelés à les encadrer. Le sujet ne se limite donc ni à la vigilance des parents, ni à la seule régulation technique. Il touche à la manière dont la famille, l’école, le droit et les institutions peuvent encore protéger les mineurs dans un espace mouvant, traversé par des risques qui circulent rapidement, franchissent les frontières et échappent parfois aux formes ordinaires de contrôle. Compte tenu de ces défis, juristes, éducateurs et acteurs associatifs ont tiré la sonnette d’alarme, appelant à une protection plus structurée des générations montantes. C’était lors d’une rencontre organisée à l’initiative de l’Organisation des pionniers-Enfants du Maroc, en partenariat avec le secteur des avocats du Parti du progrès et du socialisme. La protection que les participants appellent de leurs vœux doit être capable de tenir ensemble la prévention, l’encadrement juridique, la responsabilité des plateformes, l’éducation au numérique et les exigences de souveraineté digitale.
À mesure que les températures grimpent et que les journées s'étirent, une autre inquiétude gagne les parents : celle de voir les écrans occuper une place de plus en plus importante dans le quotidien de leurs enfants. Un constat loin d'être nouveau, mais qui semble s'accentuer chaque été.
Le paradoxe est d'ailleurs frappant. Les
parents connaissent les recommandations, sont conscients des risques d'une surexposition aux écrans et multiplient les initiatives pour limiter leur usage. Pourtant, beaucoup reconnaissent avoir l'impression de perdre la bataille.
Des parents désemparés
«Chaque été, je me fais la même promesse : cette fois, il passera moins de temps sur les écrans», raconte Samira, mère d'un garçon de 10 ans. «On l'a inscrit dans un summer camp sportif le matin. L'après-midi, je lui propose des jeux de société, des activités manuelles, parfois on va chez les grands-parents ou à la plage. Mais dès qu'il a un moment libre, il demande la tablette. C'est devenu un réflexe.»
Même constat pour Yassine, père de deux enfants de 8 et 13 ans. «Nous avons instauré des horaires précis. Les téléphones restent dans le salon et jamais dans les chambres. Malgré cela, les enfants trouvent toujours un moyen. Si ce n'est pas la tablette, c'est la télévision. Si ce n'est pas la télévision, ils demandent le téléphone d'un adulte pour regarder "juste une vidéo”».
Pour Nadia, mère d'une fillette de 7 ans, la culpabilité s'ajoute souvent à la fatigue. «On culpabilise énormément. On voudrait être constamment disponible, organiser des sorties, inventer des activités. Mais on travaille aussi. Les vacances des enfants ne sont pas celles des parents. Il arrive qu'on cède parce qu'il faut préparer le repas, répondre à un appel ou simplement souffler quelques minutes.»
Dans de nombreuses familles, les écrans deviennent ainsi une source de tensions quotidiennes. «Chaque arrêt provoque une crise. On négocie, on explique, on limite. Et le lendemain, tout recommence. À la fin des vacances, on a l'impression de n'avoir fait que parler d'écrans», résume une mère de trois enfants.
Ces témoignages illustrent une réalité largement partagée : les parents ne manquent ni de bonne volonté ni d'information. Ils cherchent des alternatives, investissent dans des stages d'été, des ateliers artistiques, des activités sportives ou des sorties familiales. Pourtant, ces efforts ne suffisent pas toujours à détourner durablement les enfants des écrans.
Comprendre ce que vivent les enfants pendant les vacances
Pour la pédopsychiatre Jihane Boumadi, il est essentiel de regarder au-delà de l'écran lui-même. Selon elle, les vacances représentent une période de rupture importante pour les enfants. Pendant plusieurs mois, leur quotidien est structuré par des horaires, des apprentissages, des interactions permanentes avec les enseignants et les camarades. Avec les vacances, ce cadre disparaît brutalement.
L'enfant se retrouve avec un temps libre considérable qu'il ne sait pas toujours investir seul. Cette disponibilité nouvelle peut générer de l'ennui, mais aussi un besoin de stimulation immédiate auquel les écrans répondent parfaitement.
La spécialiste rappelle que l'ennui n'est pourtant pas un ennemi. Il constitue même une étape essentielle du développement. «C'est souvent dans ces moments que naissent l'imagination, la créativité et l'autonomie. Mais aujourd'hui, les écrans offrent une réponse instantanée à la moindre sensation de vide. L'enfant n'a plus besoin d'attendre ni d'inventer : il suffit d'un clic pour être stimulé.» Cette facilité explique en partie pourquoi les activités proposées par les parents ne rivalisent pas toujours avec les contenus numériques.
«Une activité créative demande un effort, de la patience, parfois un peu de frustration avant de procurer du plaisir. Les vidéos, les jeux ou les réseaux sociaux offrent une gratification immédiate, très intense et constamment renouvelée. Le cerveau de l'enfant est naturellement attiré par cette récompense rapide.»
Les vacances bouleversent aussi les repères
Les changements de rythme jouent aussi un rôle important. Pendant l'été, les heures de coucher sont souvent plus tardives, les repas moins réguliers, les parents parfois plus occupés ou plus fatigués. Les déplacements, les visites familiales ou les voyages modifient également les habitudes.
Pour Jihane Boumadi, cette perte de repères favorise un recours plus fréquent aux écrans, qui deviennent une activité facile à mettre en place à tout moment. Elle souligne aussi que les enfants recherchent avant tout la relation avec leurs parents. Or, lorsque les adultes travaillent encore ou doivent gérer les contraintes du quotidien, ils ne peuvent pas être disponibles en permanence. «Beaucoup de parents culpabilisent alors qu'ils font déjà énormément d'efforts. Il faut accepter qu'il est impossible d'occuper un enfant chaque minute de la journée. Ce n'est d'ailleurs ni réaliste ni souhaitable.»
Mieux accompagner plutôt que multiplier les interdictions
La pédopsychiatre insiste sur un point : le sujet ne se résume pas à compter les minutes passées devant un écran. Selon elle, ce qui importe est la manière dont l'enfant construit sa journée. Les activités physiques, les moments en famille, les jeux libres, les interactions avec d'autres enfants et les temps de repos doivent continuer à occuper une place centrale. Les règles concernant les écrans gagnent également à être établies en amont, de manière claire et cohérente, plutôt qu'au gré des négociations quotidiennes. La spécialiste recommande aussi aux parents d'impliquer leurs enfants dans l'organisation des vacances. Prévoir ensemble certaines activités, laisser des plages de temps libre sans chercher à les remplir systématiquement et accepter que l'enfant s'ennuie parfois peuvent contribuer à réduire la dépendance aux écrans. Elle rappelle enfin que l'exemple donné par les adultes reste déterminant. Les enfants observent les comportements de leurs parents et reproduisent souvent leur rapport au numérique.
Un équilibre plus qu'une guerre
Pour Jihane Boumadi, il est important de sortir d'une vision culpabilisante des vacances. Les écrans font désormais partie du quotidien des familles et il serait illusoire de vouloir les supprimer totalement pendant deux mois. L'objectif est plutôt d'éviter qu'ils deviennent l'activité principale ou le refuge systématique face au moindre moment de vide. Car derrière ce qui ressemble parfois à une addiction se cache souvent un enfant qui cherche à combler son besoin de stimulation, de lien, de jeu ou simplement à occuper un temps soudain devenu immense.
Et si les vacances restent, pour beaucoup de parents, une période de négociations permanentes autour des écrans, elles constituent aussi une occasion de réinventer les équilibres familiaux, sans viser une perfection impossible. Entre activités organisées, moments partagés, liberté de jouer et place raisonnable accordée au numérique, le véritable défi n'est peut-être pas de gagner une guerre contre les écrans, mais de permettre à l'enfant de profiter pleinement d'un été qui lui ressemble.
Mieux accompagner plutôt que multiplier les interdictions
La pédopsychiatre insiste sur un point : le sujet ne se résume pas à compter les minutes passées devant un écran. Selon elle, ce qui importe est la manière dont l'enfant construit sa journée. Les activités physiques, les moments en famille, les jeux libres, les interactions avec d'autres enfants et les temps de repos doivent continuer à occuper une place centrale. Les règles concernant les écrans gagnent aussi à être établies en amont, de manière claire et cohérente, plutôt qu'au gré des négociations quotidiennes. La spécialiste recommande aussi aux parents d'impliquer leurs enfants dans l'organisation des vacances. Prévoir ensemble certaines activités, laisser des plages de temps libre sans chercher à les remplir systématiquement et accepter que l'enfant s'ennuie parfois peuvent contribuer à réduire la dépendance aux écrans. Elle rappelle enfin que l'exemple donné par les adultes reste déterminant. Les enfants observent les comportements de leurs parents et reproduisent souvent leur rapport au numérique.
Un équilibre plus qu'une guerre
Pour Jihane Boumadi, il est important de sortir d'une vision culpabilisante des vacances. Les écrans font désormais partie du quotidien des familles et il serait illusoire de vouloir les supprimer totalement pendant deux mois. L'objectif est plutôt d'éviter qu'ils deviennent l'activité principale ou le refuge systématique face au moindre moment de vide. Car derrière ce qui ressemble parfois à une addiction se cache souvent un enfant qui cherche à combler son besoin de stimulation, de lien, de jeu ou simplement à occuper un temps soudain devenu immense.
Et si les vacances restent, pour beaucoup de parents, une période de négociations permanentes autour des écrans, elles constituent aussi une occasion de réinventer les équilibres familiaux, sans viser une perfection impossible. Entre activités organisées, moments partagés, liberté de jouer et place raisonnable accordée au numérique, le véritable défi n'est peut-être pas de gagner une guerre contre les écrans, mais de permettre à l'enfant de profiter pleinement d'un été qui lui ressemble.