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Mondial 2026 : de l’appel de Trump à la défense d’Infantino, retour sur la polémique autour de la FIFA

Expulsé contre la Bosnie-Herzégovine, l’attaquant américain Folarin Balogun devait automatiquement manquer le huitième de finale du Mondial 2026 face à la Belgique. Mais après un appel de Donald Trump à Gianni Infantino, la FIFA a placé l’exécution de sa suspension sous sursis pendant un an, lui permettant de rejouer immédiatement. La décision a provoqué une fronde de l’UEFA, de la Belgique et de plusieurs figures du football mondial, avant de pousser le président de la FIFA à défendre publiquement l’indépendance de ses organes juridictionnels.

06 Juillet 2026 À 19:03

Tout commence le 1er juillet, lors du seizième de finale remporté par les États-Unis face à la Bosnie-Herzégovine (2-0). Auteur de son troisième but dans la compétition, Folarin Balogun voit ensuite sa soirée basculer. Après intervention de la VAR, l’attaquant américain est directement expulsé pour un geste sur le défenseur bosnien Tarik Muharemovic. Le sélectionneur américain, Mauricio Pochettino, conteste immédiatement la sévérité de la décision, estimant que le contact ne justifiait pas un carton rouge.

À ce moment-là, la conséquence paraît pourtant claire. Un carton rouge direct entraîne une suspension automatique d’au moins un match. Balogun doit donc manquer le huitième de finale face à la Belgique, une absence d’autant plus importante qu’il est alors le meilleur buteur américain du tournoi avec trois réalisations. Le lendemain de son expulsion, l’attaquant est d’ailleurs présenté comme suspendu pour la rencontre suivante.

Un rouge, un appel de Trump et une sanction placée sous sursis !

L’affaire prend rapidement une dimension politique lorsque Donald Trump intervient personnellement auprès de Gianni Infantino. Le président américain reconnaîtra ensuite avoir contacté le patron de la FIFA pour lui demander de réexaminer le cas de Balogun, qu’il considère comme victime d’une décision injuste. « J’ai demandé un réexamen », a-t-il expliqué, tout en assurant ne pas avoir dicté à la FIFA la décision à prendre.

Le 5 juillet, la Commission de discipline de la FIFA crée la surprise en autorisant Balogun à disputer le huitième de finale face à la Belgique. Mais contrairement à ce qui a parfois été écrit, le carton rouge n’est pas annulé. La FIFA maintient la sanction d’un match, tout en suspendant son exécution pendant une période probatoire d’un an. Si Balogun commet, durant cette période, une infraction de nature et de gravité similaires, le sursis pourra être révoqué et la sanction appliquée, sans préjudice d’une nouvelle peine.

Pour justifier cette décision, la FIFA invoque l’article 27 de son Code disciplinaire, qui permet à un organe juridictionnel de suspendre totalement ou partiellement l’exécution d’une sanction. C’est précisément là que naît le cœur de la controverse. La Fédération belge oppose à cette disposition l’article 66.4 du même Code, selon lequel un carton rouge entraîne automatiquement une suspension pour le match suivant. Elle rappelle surtout que les autres joueurs expulsés pendant cette Coupe du monde ont, eux, purgé leur sanction.

La proximité chronologique entre l’appel de Trump et la décision de la FIFA alimente immédiatement les soupçons d’ingérence politique. Interrogé ce lundi à la Maison-Blanche, le président américain qualifie la décision de « vraiment brillante » et estime que priver les États-Unis d’un de leurs meilleurs joueurs aurait laissé « une grosse tache » sur le Mondial. Il s’en prend également à l’arbitre brésilien Raphael Claus, qu’il juge « un peu suspect si l’on regarde son passé », sans préciser la nature de ses accusations.

La Confédération brésilienne de football réagit alors pour défendre l’arbitre. Elle rejette toute mise en cause de son intégrité et rappelle que sa carrière repose sur des évaluations techniques, ses performances et la confiance accordée par les principales compétitions nationales et internationales.

La Belgique attaque la procédure, l’UEFA parle de « ligne rouge »...

Première adversaire directement concernée, la Belgique monte immédiatement au créneau. Sa Fédération se dit « stupéfaite » par la décision de la FIFA et demande une copie de la décision complète, ses motivations juridiques ainsi que le rapport de l’arbitre. Elle veut comprendre comment un joueur sous le coup d’une suspension automatique a pu être déclaré éligible quelques heures avant un match à élimination directe.

Le sélectionneur belge Rudi Garcia choisit l’ironie. « Je ne savais pas qu’à la Coupe du monde, le 5 juillet était le 1er avril », lance-t-il, comparant ainsi la décision de la FIFA à un poisson d’avril tant elle lui paraît invraisemblable.

La contestation belge prend ensuite une tournure procédurale : alors qu’elle affirme avoir simplement demandé des explications sur la décision, la Fédération belge assure que la FIFA a traité cette correspondance comme un recours, avant de le déclarer irrecevable au motif que la Belgique n’était pas partie à la procédure initiale concernant Balogun et n’avait donc pas qualité pour faire appel.

La Belgique dénonce dès lors "un véritable piège procédural". Elle souligne que, selon les propres règles de la FIFA, une décision motivée doit normalement avoir été communiquée avant qu’un recours puisse être exercé. Or, affirme-t-elle, elle n’avait toujours reçu ni la décision complète ni ses motifs.

La Fédération belge a alors informé son homologue américaine qu’elle contestait l’éligibilité de Balogun s’il était inscrit sur la feuille de match, tout en précisant que d’autres actions restaient possibles.

L’affaire prend une dimension encore plus importante lorsque l’Union européenne des associations de football (UEFA) publie un communiqué d’une rare virulence à l’égard de la FIFA. L’instance européenne estime que la décision a « franchi une ligne rouge » et la qualifie d’« inédite, incompréhensible et injustifiable ».

Sur le fond, l’UEFA rejette l’idée qu’une suspension automatique après un carton rouge puisse être traitée comme une simple option laissée à l’appréciation d’une commission. Elle rappelle que plusieurs joueurs se sont déjà trouvés dans la même situation durant le tournoi et ont normalement purgé leur match de suspension. Pour l’instance européenne, introduire une exception en pleine compétition menace la prévisibilité des règles et, avec elle, la crédibilité du Mondial.

L’UEFA estime qu’en accordant un traitement exceptionnel à Balogun, la FIFA ouvre un précédent dont d’autres joueurs et fédérations pourraient désormais chercher à bénéficier dans des situations comparables.

Cette crainte trouve rapidement un écho en France, même si le dossier est juridiquement différent. La Fédération française de football a demandé à la FIFA le retrait du carton jaune reçu par Michael Olise dans le temps additionnel du huitième de finale remporté face au Paraguay (1-0). Les images montrent, selon la presse locale, que le joueur ne touche pas son adversaire lors de l'action qui lui vaut son avertissement. Un nouveau carton jaune face au Maroc en quart de finale le priverait d'une éventuelle demi-finale.

La contestation s’élargit rapidement à plusieurs fédérations et grandes figures du football. Bernd Neuendorf, président de la Fédération allemande, réclame une explication rapide sur la chronologie entre l’appel de Trump et la décision concernant Balogun. Selon lui, toute impression d’une intervention politique active dans le sport doit être dissipée, car l’intégrité de la compétition et la crédibilité de la FIFA sont en jeu.

La Fédération suisse juge également la décision « incompréhensible ». Elle estime qu’elle crée une incertitude sur l’autorité des décisions arbitrales, d’autant plus que l’expulsion de Balogun avait été prononcée après recours à la VAR. Le sélectionneur norvégien Ståle Solbakken considère, pour sa part, qu’il s’agit d’une mauvaise décision susceptible de nuire à la Coupe du monde.

Même Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, intervient dans le débat. Pour lui, une décision disciplinaire ne peut pas être modifiée à la suite d’un appel politique. Il résume son inquiétude par une formule : « Où vas-tu, FIFA ? »

Infantino sort du silence face à la polémique

Face à la polémique, la FIFA a publié ce lundi, sur son compte officiel X, une déclaration de son président, Gianni Infantino, destinée à défendre l’indépendance de ses organes juridictionnels.

« J’ai pris connaissance des commentaires publics concernant la décision de la Commission de discipline indépendante de la FIFA relative à la suspension de Folarin Balogun, et je souhaite réaffirmer un principe fondamental de la gouvernance de la FIFA. Les organes juridictionnels de la FIFA sont indépendants. Ils fonctionnent de manière autonome, appliquent le Code disciplinaire de la FIFA et statuent sur les affaires en se fondant sur les règlements applicables ainsi que sur les faits propres à chaque dossier. Leur indépendance est essentielle à la crédibilité et à l’intégrité du football et doit toujours être respectée.

Oui, je discute régulièrement de questions liées à la Coupe du monde de la FIFA avec le président des États-Unis et, concernant cette affaire, j’ai effectivement reçu un appel du président Donald Trump, tout comme je reçois des appels de chefs d’État, de responsables gouvernementaux, d’acteurs du football et de dirigeants d’entreprise du monde entier sur de nombreux sujets. Au cours de notre conversation, je lui ai expliqué qu’une procédure juridique était en cours devant les organes juridictionnels indépendants de la FIFA et que l’affaire serait tranchée, en temps voulu, par les instances compétentes. C’est ainsi que fonctionne le système de la FIFA et c’est un principe que je défendrai toujours. Je prends connaissance des décisions de la Commission de discipline de la FIFA lorsqu’elles sont rendues. Parfois, elles me surprennent. Parfois, je suis d’accord avec elles et parfois, je ne le suis pas. Ce que je fais toujours, en revanche, c’est respecter ces décisions ainsi que l’autonomie des organes qui les prennent. Que nous appréciions personnellement une décision ou non n’a aucune importance. Le respect des institutions indépendantes et de l’État de droit est ce qui protège, en toutes circonstances, l’intégrité de nos compétitions et la crédibilité de la FIFA », conclut le dirigeant suisse.

À ce stade, la décision de la FIFA reste applicable et Folarin Balogun est donc autorisé à jouer face à la Belgique, sauf nouveau revirement de dernière minute.
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