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CAN 2027 : le projet «Pamoja» dans la tourmente, la CAF envisage une délocalisation

Le projet «Pamoja», cette alliance inédite entre le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie pour accueillir la Coupe d’Afrique des nations 2027, traverse une zone de turbulences. Le rêve est-africain vacille et pourrait bien se transformer en nouveau casse-tête pour la Confédération africaine de football (CAF). Une récente enquête du quotidien français «Le Monde» révèle que les travaux des stades et des infrastructures nécessaires (enceintes de catégorie 4, hôtels, transports…) accusent des retards conséquents dans les trois pays. Plus inquiétant encore, la CAF commence sérieusement à envisager l’impensable : retirer l’organisation au profit d’un plan de secours en Afrique du Sud.

Annoncé comme la vitrine de l'organisation ougandaise de la CAN 2027, le complexe Hoima présenterait de lourdes défaillances structurelles.

22 Avril 2026 À 14:20

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Présenté par le président de la CAF, Patrice Motsepe, comme un projet fédérateur et porteur pour le football en Afrique de l’Est, le projet «Pamoja» (ensemble en Swahili) peine aujourd’hui à tenir ses promesses. Un rapport confidentiel de la commission d’inspection de la CAF, rédigé après une visite en février 2026 et consulté par le quotidien français «Le Monde», tire la sonnette d’alarme. À un peu plus d’un an du coup d’envoi prévu du 19 juin au 18 juillet 2027, le spectre d’une délocalisation n’est plus une simple rumeur : c’est désormais une option sérieusement étudiée.

Des pays hôtes pas toute à fait prêts

Le constat est sans appel, surtout pour l’Ouganda, considéré comme le maillon faible du trio. Aucun stade inspecté ne répond, à ce jour, aux exigences de la «catégorie 4», indispensable pour accueillir la CAN 2027. Le complexe de Hoima, pourtant annoncé comme la vitrine du pays, présente de lourdes défaillances structurelles, notamment dans les vestiaires et les espaces médias. Dans le même temps, la rénovation du Nelson-Mandela Stadium de Kampala patine dangereusement. Le Kenya n’offre guère plus de garanties. La CAF a recadré les autorités sur l’avancement du Moi International Sports Centre et du Talanta Stadium de Nairobi. Cette enceinte de 60.000 places, attendue comme un symbole, devait être livrée fin 2025... elle est désormais annoncée pour juillet 2026. Un calendrier qui fait grincer des dents, d’autant que le pays traîne un lourd passif, avec les abandons de la CAN 1996 et du CHAN 2018. Seule la Tanzanie tire son épingle du jeu, avec des travaux jugés globalement dans les temps. Mais cela ne suffit pas à rassurer la CAF, qui pointe un manque criant de coordination entre les trois pays, notamment sur les infrastructures de transport et d’accueil. Un casse-tête logistique pour un tournoi réparti sur plusieurs frontières.

Un plan B en préparation dans les coulisses de la CAF

Face à cette situation, la CAF ne reste pas les bras croisés. En coulisses, les protocoles d’urgence auraient déjà été activés pour éviter un fiasco. Selon le rapport, un «plan B» prend forme, avec l’Afrique du Sud prête à reprendre l’intégralité de l’organisation. Forte de son expérience et de ses infrastructures héritées du Mondial 2010, la nation arc-en-ciel apparaît comme une solution fiable et immédiate. L’idée serait double : sécuriser la compétition, tout en laissant aux pays d’Afrique de l’Est le temps de finaliser leurs projets pour une future édition. Une stratégie déjà vue par le passé, lorsque la CAF avait dû s’appuyer sur le Maroc pour sauver le CHAN 2018 après les défaillances du Kenya.
Autre piste évoquée : intégrer le Rwanda comme solution de repli partielle si l’un des trois hôtes venait à décrocher. Le doute s’installe désormais jusque dans les cercles dirigeants du football africain. Malgré les assurances du ministre kényan des Sports, Salim Mvurya, lors de la visite du secrétaire général par intérim de la CAF, Samson Adamu, le 14 avril dernier, la pression reste maximale. Pour la CAF, l’équation est claire : préserver le prestige de sa compétition reine... sans prendre le risque d’une organisation bancale. La course contre la montre est lancée.
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