Mondial 2026 : Une nouvelle génération de Lions en quête de gloire
Le thermomètre de la passion populaire frôle de nouveau les sommets. Quatre ans après l’épopée stratosphérique de Doha, qui avait transformé chaque ruelle du Royaume en carnaval et fait bégayer les plus grands analystes de la planète foot, les Lions de l’Atlas ont foulé le sol nord-américain. Dans le pays de l’Oncle Sam, attention au torticolis historique : à force de regarder dans le rétroviseur pour contempler le mirage enchanté de 2022, on pourrait oublier que le football n’a pas de pitié pour les nostalgiques. Les exploits passés ne garantissent aucun traitement de faveur, et certainement pas face au Brésil qui attend nos fauves de pied ferme dans le groupe C.
Youssef Moutmaine
13 Juin 2026
À 15:51
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Le public marocain, fidèle à sa réputation, a déjà réservé ses billets, configuré ses écrans géants et validé ses théories tactiques dans les cafés de Rabat, Casablanca, Tanger, ou encore Agadir. L’attente n’est plus seulement grande, elle est devenue pachydermique. En 2022, nos Lions étaient l’exquise surprise. En 2026, nous sommes l’équipe à abattre ! Le changement de statut s’accompagne d’un frisson d’exigence, le peuple ne se contentera plus d’un baroud d’honneur. Il veut, réclame la confirmation. Pour mener cette campagne, exit le «génie de l’avocat» Walid Regragui et place à Mohamed Ouahbi.
Le technicien de 49 ans, fraîchement auréolé de son sacre mondial avec les U20, a été propulsé sur le banc de la sélection A avec une mission digne d’un numéro d’équilibriste : injecter du sang neuf sans diluer l’âme des demi-finalistes de Doha. Un pari osé, presque impertinent, mais d’une logique implacable. Là où d’autres auraient reconstruit à coups de pioche, Ouahbi peaufine à l’aide d’un scalpel. Sa liste des 26 témoigne de cette transition douce mais ferme. Fini le temps où les statuts protégeaient les cadres en manque de fraîcheur mentale ou physique. Le nouveau patron de la tanière prône la rigueur froide, l’objectivité tactique et le mérite instantané. En intégrant des profils dynamiques comme Ayyoub Bouaddi ou le virevoltant Yassine Gessime aux côtés des certitudes nommées Brahim Diaz, Achraf Hakimi et Ismael Saibari, Ouahbi installe une saine terreur concurrentielle. Son orientation est claire : un football de transition rapide, un pressing étouffant et une discipline de fer. Reste à savoir si la mayonnaise prendra sous la chaleur des projecteurs américains.
Un Mondial à 48 : l’Afrique aux portes du paradis ?
Ce Mondial 2026, c’est aussi l’ère de la démesure gigantissime conçue conjointement par la FIFA et les USA. Quarante-huit équipes sur la ligne de départ, un format qui ressemble autant à une grand-messe planétaire qu’à une foire commerciale géante. Si les puristes grincent des dents face à ce marathon footballistique, l’Afrique, elle, comme l’Asie, frotte ses mains. Avec un contingent de représentants historiquement élargi, le continent noir n’a plus d’excuses pour jouer les figurants. Et dans ce concert élargi, c’est bien le Maroc qui porte, bon gré mal gré, le costume de chef d’orchestre. Les exploits de Doha ont brisé le plafond de verre psychologique. Désormais, voir une nation africaine revendiquer le carré final – voire plus si affinités – n’est plus une hérésie de doux rêveur, mais un objectif de plan de développement. Le Maroc a montré la voie, à lui de prouver que le chemin n’était pas un accident de parcours.
Le cap 2026... avec l’œil rivé sur 2030
"Nous ne sommes pas venus ici pour faire du tourisme ou distribuer des sourires, nous sommes là pour faire de grandes choses. Nous espérons vraiment rendre les Marocains fiers.”, a martelé Mohamed Ouahbi à son arrivée sur le tarmac américain. Une profession de foi qui résonne comme un avertissement. Car au-delà du rectangle vert de 2026, se joue une partition bien plus vaste. Cette «nouvelle génération» de Lions ne passe pas seulement un examen de passage au Mexique, au Canada ou aux États-Unis, elle passe ses années de stage. Chaque tacle, chaque débordement et chaque but inscrit lors de cette édition nord-américaine posent en réalité les fondations de la véritable terre promise : la Coupe du Monde 2030, à la maison. L’ambition est immense, presque vertigineuse. Les Lions de l’Atlas entament leur campagne américaine avec la modestie des outsiders et la faim des conquérants, conscients que pour être sacrés rois chez eux demain, il faut d’abord aller bousculer les empires à l’autre bout du monde aujourd’hui.