Culture

À Marseille, un festival explore le cinéma à l’heure de l’IA

À Marseille, un nouveau festival interroge la place de l’intelligence artificielle dans la création cinématographique. Il lance un appel à candidatures ouvert jusqu’au 12 mai 2026 pour des films d’une minute réalisés avec des outils IA ou hybrides. L’initiative questionne les nouvelles écritures, le rôle de l’auteur et les futurs possibles du cinéma.

19 Avril 2026 À 15:35

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Pendant des décennies, faire un film signifiait réunir une caméra, une équipe, un décor, un budget. Le cinéma était une affaire de moyens matériels. Aujourd’hui, une matière nouvelle s’invite dans ce processus : l’intelligence artificielle (IA). Invisible, silencieuse, mais déjà capable de générer des images, d’esquisser des scènes, de proposer des décors, d’aider à écrire, de simuler des mouvements de caméra. Ce qui relevait hier de la science-fiction devient, pour certains créateurs, un véritable outil de travail. Il ne s’agit pas d’un gadget technologique. Il s’agit d’un déplacement du geste créatif.

L’IA ne remplace ni l’auteur, ni le regard, ni l’intuition. Elle oblige à repenser la manière de fabriquer une œuvre. Elle déplace le point de départ : ce n’est plus la caméra qui limite l’imaginaire, mais la capacité à formuler une vision. Le cinéaste ne part plus forcément d’un plateau de tournage, mais d’une idée, d’une intention, d’un univers qu’il peut désormais matérialiser autrement.

Cette mutation est aujourd’hui suffisamment visible pour donner naissance à des initiatives entièrement dédiées à ces nouvelles écritures. À Marseille, le MarsAI Festival, porté par La Plateforme et initié avec Bruno Smadja, tiendra sa première édition le 19 juin 2026.



Le principe proposé aux réalisateurs du monde entier est aussi simple que radical : concevoir un film d’une minute en utilisant des outils d’intelligence artificielle, seuls ou combinés à des procédés classiques. L’IA peut intervenir peu, beaucoup ou de manière hybride. Ce qui compte, c’est la vision d’auteur. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 12 mai 2026. Le film lauréat se verra attribuer, par un jury de professionnels, une bourse de 10 000 euros pour accompagner la création d’un nouveau projet.

Une minute pour dire l’essentiel

Pourquoi une minute ? Parce que cette contrainte impose une écriture radicale. Chaque seconde compte. Chaque image engage. Chaque silence raconte. Cette brièveté rejoint paradoxalement les possibilités infinies offertes par les outils génératifs : création d’univers visuels, simulation de scènes, expérimentation narrative sans lourde logistique. Le thème proposé aux participants, « Imaginez des futurs souhaitables », marque une rupture avec l’imaginaire dystopique souvent associé à la technologie. Ici, il ne s’agit pas de raconter la fin du monde, mais d’explorer ce qui pourrait advenir de beau, de juste, de vivant. Des futurs où la technologie ne domine pas, mais révèle.

Un événement pensé comme un laboratoire

Au-delà de la compétition, la journée du 19 juin 2026 à Marseille sera rythmée par des conférences autour de l’IA générative dans les métiers de l’image, des workshops et des projections. Au programme également : une cérémonie de remise des prix et une soirée de clôture festive.

L’ensemble des activités est annoncé comme gratuit, pensé comme un espace de réflexion et d’expérimentation autour de ces nouveaux usages. Ce festival agit ainsi comme un révélateur d’un mouvement plus large : l’IA quitte le débat théorique pour entrer concrètement dans les étapes invisibles de la création cinématographique – l’écriture, le storyboard, la prévisualisation, la recherche plastique, la post-production.

À l’origine de cette initiative, La Plateforme, école des métiers du numérique présente à Marseille, Cannes, Paris et Lille, engagée dans la formation aux nouveaux langages technologiques et à la culture numérique citoyenne. À ses côtés, Bruno Smadja, fondateur du Mobile Film Festival, qui, depuis vingt ans, révèle de jeunes talents du cinéma.
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