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Samedi 18 Avril 2026
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«Calle Málaga» : Maryam Touzani filme la mémoire et le désir à Tanger

À partir du 22 avril dans les salles marocaines, le nouveau film de Maryam Touzani, porté par Carmen Maura, transforme un appartement de Tanger en territoire de mémoire, de deuil et de résistance intime.

Calle Málaga.
Calle Málaga.
À l’affiche dans les salles marocaines à partir du 22 avril courant, «Calle Málaga» de Maryam Touzani s’inscrit dans un cinéma de l’intime qui interroge la vieillesse, l’attachement aux lieux et la persistance du désir. Porté par l’actrice espagnole Carmen Maura, le film ancre son récit à Tanger, où une femme âgée refuse de quitter l’appartement qui concentre sa mémoire.

Un film né du deuil, traversé par un élan de vie

À l’origine du projet, une expérience personnelle. La réalisatrice a écrit le film après la disparition de sa mère, dans un moment où la perte s’imposait comme une évidence. De cette épreuve est née une nécessité de transformation : faire de la douleur non pas un point d’arrêt, mais un mouvement où subsiste une forme de vitalité.

Cette tension irrigue le film. Derrière la mélancolie affleure une énergie discrète, presque lumineuse, qui donne au récit sa tonalité singulière.

Le personnage de María Ángeles, interprété par Carmen Maura, s’inscrit dans cette démarche. Il se construit à partir de plusieurs figures réelles, entre la mère de la cinéaste et sa grand-mère andalouse, autrefois installée rue Málaga à Tanger. Une composition qui confère au personnage une densité particulière, entre mémoire intime et incarnation fictionnelle.

Tanger comme espace de mémoire

Le film s’inscrit profondément dans Tanger, ville natale de la réalisatrice. Mais loin d’un simple ancrage géographique, la ville devient ici une matière vivante. Elle accueille les souvenirs, les trajectoires et les appartenances. Le film est tourné en espagnol, une langue liée à l’histoire personnelle de la réalisatrice et à l’univers culturel qu’elle explore à Tanger.

Vieillir sans disparaître

À travers María Ángeles, «Calle Málaga» interroge la place accordée à la vieillesse. Le film s’écarte des représentations habituelles pour montrer une femme qui continue de choisir, d’aimer et de désirer.

La relation entre la mère et la fille, venue vendre l’appartement, met en tension deux visions : celle de la protection et celle de l’autonomie. Le film évite tout affrontement frontal pour privilégier une approche plus nuancée, où les silences et les gestes disent autant que les mots.

Un portrait salué au-delà des frontières

Produit notamment par Nabil Ayouch, le film s’inscrit dans une coproduction internationale et poursuit son parcours au-delà des salles marocaines. Il sera diffusé sur Canal+ plusieurs mois après sa sortie, puis sur «Arte». Le film met en avant deux lignes de force : le portrait d’une femme qui affirme sa liberté jusqu’au bout, et celui d’une ville filmée comme une présence vivante, traversée de mémoire et d’histoires.

Rester, comme un acte

Au cœur du film, un geste simple : rester. Rester dans un lieu, dans une langue, dans une histoire. Refuser que d’autres décident du moment où il faudrait partir.

Avec «Calle Málaga», Maryam Touzani propose un cinéma sans emphase, attentif aux détails et aux vies ordinaires, où le temps qui passe ne ferme pas les possibles mais en redessine les contours.
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