Culture

De Doha à Toronto, la mode comme pont entre cultures et marchés

Dans le cadre de l’ambitieux programme «Years of Culture Qatar–Canada–Mexique 2026», une délégation de designers portée par le hub créatif qatari M7 fait escale ce printemps à la «Fashion Art Toronto». Au-delà du défilé, cette initiative marque une offensive stratégique pour le design régional sur le marché nord-américain. Parmi les visages de cette nouvelle garde, Rayan Alami se distingue avec une collection manifeste, explorant l’identité entre ses racines marocaines et une modernité nomade. Récit d’une mode qui se fait langage diplomatique.

Noof Al Mulla, fondatrice de la marque LIN

30 Avril 2026 À 11:00

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Quand la mode devient un langage diplomatique, les podiums se transforment en passerelles culturelles. C’est ce qui se joue ce printemps à «Fashion Art Toronto», où une délégation de designers portée par le hub créatif qatari M7 fait ses débuts sur la scène nord-américaine dans le cadre du programme «Years of Culture Qatar–Canada–Mexique 2026».

Au-delà d’un simple défilé, l’initiative raconte une autre histoire : celle d’une diplomatie culturelle qui passe désormais par la mode, le design et l’économie créative. À Doha, M7, incubateur lancé par Qatar Museums, s’est imposé comme une rampe de lancement pour une nouvelle génération de créateurs du Golfe. À Toronto, ils ne viennent pas seulement présenter des collections, mais sonder un marché, rencontrer des acheteurs, comprendre un écosystème.

«Cette visite au Canada reflète notre engagement, en tant que pôle régional du design, à créer des opportunités concrètes permettant aux talents créatifs de se connecter au-delà des frontières», déclare la directrice de M7, Maha Ghanim AlSulaiti. «Grâce au programme «Years of Culture», nous pouvons mettre en place des plateformes où les designers présentent leur travail à l’échelle mondiale, échangent des idées, explorent de nouveaux marchés et contribuent directement à une meilleure compréhension interculturelle».

Une trajectoire entre le Qatar, le Maroc et le Brésil

Parmi les trois designers invités figure Rayan Alami, fondateur de la marque Authentic Roz’. Ayant grandi au Qatar, d’origine marocaine et brésilienne, il présente à Toronto une collection intitulée «Third Space». Tout est dans ce titre.

Son travail explore cet «entre-deux» identitaire: entre héritage oriental, énergie tropicale brésilienne et codes urbains contemporains. Textures, couleurs, références marocaines et orientales dialoguent avec des silhouettes structurées et actuelles. Le vêtement devient récit migratoire, mémoire textile, géographie intime.

Cette collection parle de multiculturalisme, mais aussi d’appartenance, de transmission et de la manière dont l’identité marocaine voyage, se transforme et s’inscrit dans des scènes créatives mondiales inattendues.

«Third Space est profondément personnel pour moi. Il vient du fait d’avoir grandi entre plusieurs cultures et de naviguer en permanence entre différentes manières de voir le monde», déclare-t-il. «La collection reflète cet espace intermédiaire où l’identité n’est jamais figée, mais toujours en évolution. La présenter au Canada a du sens, car cela me permet de partager cette expérience avec un public plus large, à travers des vêtements qui portent à la fois la mémoire et le changement.»

Le minimalisme lumineux de LIN

Autre signature, autre langage : Noof Al Mulla, fondatrice de la marque LIN, présente «Her Aura», une ode au lin, à la soie et aux silhouettes estivales fluides. Minimalisme, douceur, lumière. Des abayas modernes, des robes, des pièces pensées pour le mouvement et la chaleur.

Son approche traduit une esthétique du Golfe en pleine mutation : plus épurée, plus internationale, mais toujours ancrée dans le rapport au climat, à la lumière et au corps.

Le denim réinventé

La designer Samah Sulyman arrive avec «Jeu Due Denim : In Play», une collection qui déconstruit le denim à travers le drapé, la sculpture textile, les matériaux recyclés et même l’impression 3D. Ici, le jean n’est plus un basique, mais une matière expérimentale, presque couture.

Comprendre un marché, pas seulement défiler

La présence de la délégation à «Fashion Art Toronto» ne se limite pas au podium. Des rencontres avec des acheteurs, des visites de concept stores et des sessions de networking sont prévues. L’objectif est clair : comprendre les tendances de consommation, identifier des opportunités commerciales et inscrire ces marques dans un dialogue économique durable. Des représentants de la marque d’accessoires Tash & Ley, également incubée par M7, participent à cette exploration du marché canadien.

Le programme «Years of Culture», qui relie cette année le Qatar, le Canada et le Mexique, montre comment la coopération culturelle ne se limite plus aux expositions ou aux concerts. Elle passe désormais par les industries créatives, considérées comme de véritables leviers de collaboration internationale. Dans cette cartographie nouvelle, la mode devient un outil diplomatique, un espace de dialogue silencieux entre sociétés.
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