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Samedi 23 Mai 2026
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L’entre-monde de SaraB, une signature singulière de la scène plastique casablancaise

Dans le paysage des arts plastiques émergents à Casablanca, certaines démarches retiennent l’attention par la cohérence de leur univers et la persistance de leurs symboles. C’est le cas de SaraB – ainsi signe-t-elle ses œuvres – artiste-peintre autodidacte dont le travail, déjà présenté dans plusieurs expositions collectives à l’échelle nationale, se distingue par une écriture visuelle immédiatement reconnaissable.

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Dans son catalogue personnel intitulé «Transcendance – et si l’âme peignait d’elle-même ?», accompagné de courts textes à résonance poétique, l’artiste dévoile une série de grands formats dominés par des constructions symboliques. Ses œuvres semblent fonctionner bien au-delà de la simple représentation : le chromatisme, tout comme le répertoire iconique, s’y déploie comme une énigme à déchiffrer. Le corps féminin et le visage de profil en constituent la matière première.

Par la peinture, SaraB paraît effectuer de véritables incursions dans le domaine du songe, dans une veine qui rappelle par endroits l’héritage surréaliste. Ces plongées introspectives font remonter une mémoire diffuse, des éclats intérieurs qui éclairent l’esprit et convoquent des mystères liés à l’existence – celle de l’artiste en particulier. À travers ses figures récurrentes aux «têtes de mannequin», rondes et lisses comme taillées dans le marbre, aux lèvres closes et aux paupières fermées, elle développe une véritable métaphysique de l’image.



Dépouillés de toute expression sociale, ces visages deviennent des «visages de l’âme», pour reprendre l’écho de Rousseau dans «Émile ou De l’éducation». Le rendu, d’apparence réaliste, glisse en réalité vers une dimension intérieure plutôt que strictement figurative.

SaraB multiplie ces figures-types, en module les proportions, les juxtapose, les inverse parfois tête-bêche, et recouvre le bas du cou ou le sommet du crâne de pierraille et de gravier. Comme un éboulis de pensées, ces éléments suggèrent une charge mentale, un flux de ruminations silencieuses.

D’autres toiles élargissent le champ au corps entier : un corps tantôt voilé, tantôt translucide comme du verre, parfois en lévitation, parfois debout, les membres étirés jusqu’à évoquer des branches ou des racines. La scénographie y joue un rôle déterminant. Les fonds sombres, presque caravagesques, instaurent une tension dramatique sur laquelle viennent se poser des objets récurrents : bougies allumées, structures alvéolaires, mailles de filet de pêche, voiles légers, éclaboussures jaunes et rouges, clés dorées ou fleurs de lys blanches.

Ces éléments, qui pourraient relever du simple décor, deviennent chez elle de véritables objets oniriques, porteurs de sens, que l’artiste dispose avec une intention quasi théâtrale.

L’univers plastique qu’elle construit appartient à cet «entre-monde» où l’imaginaire et le réel communiquent, selon l’expression chère aux théoriciens du surréalisme, comme des «vases communicants». À travers une mise en abyme constante, SaraB interroge le rapport entre le corps et l’esprit, tout en amorçant une réflexion sur le processus même de la création artistique.
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