Culture

Décès de Safia Ziani, icône de l’art dramatique marocain

Le théâtre, le cinéma et la télévision marocains perdent l’une de leurs voix les plus constantes et les plus respectées. L’artiste Safia Ziani s’est éteinte samedi à Rabat à l’âge de 91 ans, laissant derrière elle un héritage artistique dense, façonné par plus de six décennies de création et de transmission.

01 Février 2026 À 09:00

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Safia Ziani est décédée à l’Hôpital Moulay Youssef de Rabat des suites d’une maladie, selon l’Union des professions de l’art dramatique. Avec sa disparition, c’est une page importante de l’histoire du spectacle vivant et de l’image au Maroc qui se tourne, tant son parcours épouse les grandes étapes de la structuration du théâtre et du cinéma nationaux depuis la fin des années 1950.



Figure emblématique de l’art dramatique, la défunte s’est distinguée par une présence régulière et exigeante sur scène, à l’écran et à la télévision. Très tôt engagée dans le théâtre, elle a interprété des rôles variés, marqués par une justesse de jeu et une capacité rare à incarner des personnages complexes, contribuant à installer une tradition d’interprétation rigoureuse au sein des troupes marocaines.

Au cinéma, Safia Ziani a participé à plusieurs œuvres marquantes qui jalonnent l’histoire du septième art national. Elle a notamment joué dans "Lalla Chafia" en 1982, "Bamou" en 1983, "La plage des enfants perdus" en 1991," La nuit sacré"e en 1993," Mémoire en détention" en 2004, ainsi que "Les nuits de l’enfer" en 2016. À travers ces films, elle a accompagné différentes générations de réalisateurs et contribué à donner corps à des récits profondément ancrés dans les réalités sociales et culturelles du pays, tout en s’ouvrant à des productions étrangères.

Son apport au théâtre demeure tout aussi central. Safia Ziani a pris part à des adaptations d’œuvres de grands auteurs universels comme Molière ou Shakespeare, tout en s’illustrant dans des créations de figures majeures de la dramaturgie marocaine, parmi lesquelles Tayeb Saddiki, Tayeb El Laâlej, Kenfaoui ou Ouaaziz. Cette double inscription, entre répertoire mondial et écriture marocaine, a forgé une carrière à la fois exigeante et ouverte.

À la télévision enfin, elle a su toucher un public élargi à travers plusieurs séries populaires, dont "Al Wassiya", "Hdidan", "Jouha Ya Jouha" et "Dour Biha Ya Chibani", confirmant sa capacité à traverser les formats et les époques sans jamais perdre en crédibilité artistique.

Avec la disparition de Safia Ziani, le Maroc perd une artiste dont la trajectoire raconte, à elle seule, l’évolution de l’art dramatique national. Son œuvre demeure, comme un témoignage vivant d’un engagement artistique constant et d’une fidélité profonde à la scène et à l’écran.
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