Nadia Ouiddar
29 Avril 2026
À 12:25
Du 14 mai au 15 juillet 2026, la
Galerie 208, nichée au cœur du
Mandarin Oriental de Marrakech, accueille une exposition d’envergure : «Étoffes du temps». L’événement met en dialogue deux figures majeures de la création contemporaine, la photographe Majida Khattari et l’architecte Soumiya Jalal, qui revendique une pratique «archisane». Loin d’une simple confrontation d’œuvres, l’exposition propose une déconstruction du récit féminin, entre héritages visuels, mémoire des formes et langage des matières.
Majida Khattari : le retour d’une mise en scène du regard
Absente des grandes scènes depuis 2019, Majida Khattari signe un retour remarqué en investissant près de 1.000 m² d’espace d’exposition. L’artiste franco-marocaine poursuit son dialogue critique avec l’orientalisme du XVIIIe siècle. Là où la peinture européenne a longtemps figé la figure féminine dans une posture d’exotisme passif, Khattari en inverse les codes. Son processus, rigoureusement construit, passe du dessin à la mise en scène corporelle avant de devenir image. Le vêtement et le drapé, loin de dissimuler, révèlent ici des présences affirmées. L’excès ornemental devient un outil de subversion, transformant la représentation en geste politique autant qu’esthétique.
Soumiya Jalal : la matière comme mémoire
Face à cette théâtralité, Soumiya Jalal propose une écriture plus silencieuse mais tout aussi puissante. Architecte formée à Paris, elle développe une pratique où le minéral et le métallique deviennent des vecteurs sensibles. Cuivre, or, argent et structures industrielles s’entrelacent pour donner naissance à des formes hybrides, entre sculpture et textile. Ces «dentelles contemporaines» évoquent des objets habités, porteurs de mémoire et de transmission.
Dans son travail, la dureté des matériaux se dissout dans une écriture fine et organique, faisant émerger une féminité structurelle où la fragilité apparente devient force de construction.
Un dialogue entre les matières et les récits
«Je souhaite créer des ponts entre des artistes féminines engagées dont les pratiques convergent pour explorer la finesse», explique Patricia Chicheportiche, fondatrice de la Galerie 208. «Il s’agit d’une véritable conversation esthétique où les matières s’entremêlent harmonieusement.» Inscrite dans le cadre du Mois de la photographie à Marrakech, l’exposition confirme le rôle croissant de la Galerie 208 dans le paysage artistique marocain contemporain. Entre Orient et Occident, textile et architecture, image et structure, «Étoffes du temps» propose une traversée où le corps devient architecture de mémoire, et le temps, une matière à sculpter.