Nadia Ouiddar
14 Avril 2026
À 16:50
À
Marrakech, dans l’écrin discret de la
Khalid Fine Arts Gallery,
Fouad Chardoudi déploie «
Métamorphose», une exposition qui porte bien son nom. Ici, il n’est pas question de rupture spectaculaire, mais d’un glissement plus subtil, presque organique : celui d’une peinture en train de se transformer.
La galerie «Art in Silver», située dans le quartier Agdal à Rabat, abrite, jusqu’au 10 juillet 2026, les œuvres de la plasticienne Sophia Lahlou. Le vernissage s’est distingué par la présence de personnalités du monde diplomatique, artistique et culturel. À travers sa nouvelle collection, Sophia Lahlou invite les visiteurs à découvrir un univers où la matière, la tension, l’équilibre, le déséquilibre, la force et la fragilité sont en perpétuelle interaction.
Entrer dans la matière
Chez Chardoudi, tout commence par le geste. Un geste libre, engagé, parfois presque instinctif, qui refuse la préméditation. La toile devient alors un terrain d’expérience, un espace où l’artiste accepte de ne pas tout maîtriser.
Peindre, pour lui, ce n’est pas représenter. C’est éprouver. Travailler la matière jusqu’à ce qu’elle résiste, puis céder, recommencer. Dans cette tension, quelque chose se construit ou se défait.
Les œuvres présentées dans «Métamorphose» semblent habitées par une énergie contenue. Entre saturation et vide, apparition et effacement, elles donnent à voir un équilibre fragile, toujours en train de se négocier.
Rien n’est jamais totalement stable. La surface picturale vibre, comme traversée par des forces contraires. Et c’est précisément dans cette instabilité que réside la puissance du travail de Chardoudi : une peinture qui ne cherche pas à résoudre, mais à maintenir vivant le mouvement.
Déplacer plutôt que rompre
Avec cette exposition, l’artiste ne tourne pas une page. Il la déplace. Les rythmes se densifient, les matières s’épaississent, les compositions se recomposent autrement. Une nouvelle énergie circule, plus tendue, plus assumée.
Ce qui se joue ici dépasse la question du style. Il s’agit d’un rapport renouvelé à la peinture elle-même, comme si chaque toile devenait le lieu d’une interrogation en acte.
Regarder autrement
Face aux œuvres, le spectateur est invité à abandonner toute volonté d’interprétation immédiate. Il s’agit moins de comprendre que de ressentir. D’accepter de se tenir dans cet espace flottant, où rien ne se fixe tout à fait.
«Métamorphose» ne livre pas de réponses. Elle ouvre des passages.