Le Matin : La 55e édition du Festival national des arts populaires (FNAP) marque un cap important. Que représente pour vous cette longévité du Festival ?
Mohamed Knidiri : L’engagement artistique du FNAP étant fort chaque année, c’est ce qui permet la longévité du festival, due à une capacité concordante de l’événement à se projeter dans l’avenir en faisant face aux différentes mutations du secteur culturel : révolution numérique, nouveaux modèles économiques, prestations, et qui évite surtout que la confiance des artistes et du comité d’organisation ne s’effrite.
Le levier de longévité est désormais un levier déterminant pour durer dans le domaine de l’événementiel face aux attentes collectives qui sont très fortes. Il ne faut pas oublier que les artistes, aussi bien que le reste des organisateurs nationaux, peinent de plus en plus à vivre de leur métier et à se projeter dans l’avenir. C’est pour cela que nous œuvrons avec nos partenaires institutionnels pour leur garantir des conditions économiques et sociales qui permettent de durer, de créer et de transmettre.
Le thème «Les Arts populaires, Trésors d’hier et d’aujourd’hui» est très fort. Comment se traduit-il concrètement dans la programmation ?
Le thème «Les Arts populaires, Trésors d’hier et d’aujourd’hui» représente une certaine stratégie, toute professionnelle, de la programmation. Les arts, de tout temps, sont universellement l’héritage de toutes les populations depuis que les hommes existent. Nous essayons de montrer, à chaque édition, au niveau des soirées thématiques, la richesse et la diversité du folklore des différentes régions du Royaume.
Comment réussissez-vous à concilier tradition et modernité sans dénaturer l’essence des arts populaires ?
La modernité des traditions, c’est leur continuation et aussi l’amélioration des richesses culturelles et artistiques des arts à travers les âges et les siècles. La conciliation entre tradition et modernité se fait surtout au niveau de la mise en scène du spectacle principal.
Le festival met en avant la richesse culturelle «du Nord au Sahara». Comment sélectionnez-vous les troupes représentatives de cette diversité ?
Les sélections sont d’ordres culturels et artistiques propres à chaque région du Royaume et sont représentatives des diversités nationales. Toutefois, pour préserver l’essence des arts populaires, nous tenons à ce que toutes les régions et tous les types de folklore soient représentés.
Selon vous, quel rôle jouent aujourd’hui les arts populaires dans la construction de l’identité marocaine ?
La richesse culturelle du Nord au Sahara est représentative et sélective grâce au voyage culturel et artistique des troupes qui ne sont plus sédentaires, mais représentées partout dans le pays, du Nord au Sahara. Ce brassage entre les diverses traditions culturelles portées par les troupes permet de consolider les liens entre les composantes sociales et conduit à l’enrichissement de l’identité marocaine. En fait, l’identité marocaine est composée de sa culture traditionnelle, populaire et aussi moderne. Préserver l’authenticité des expressions traditionnelles, c’est les valoriser auprès des artistes et les présenter dans leurs meilleures formes au public.
Face à la mondialisation, comment préserver l’authenticité de ces expressions culturelles ?
La préservation du patrimoine culturel est cruciale dans le contexte de la mondialisation, certes, car elle assure la transmission des connaissances et des traditions culturelles d’une génération à l’autre. La mondialisation renforce la position hégémonique de certaines cultures tout en affaiblissant les cultures les plus fragiles, qui doivent subir l’influence grandissante des cultures dominantes, mais point dans le cas du FNAP qui jouit d’un statut artistique et cultuel mondial à l’heure actuelle.
Cette édition rend hommage à Zina Daoudia. Pourquoi ce choix en particulier ?
Le choix de l’artiste Zina Daoudia est absolument idoine. C’est une artiste très appréciée par toutes les tranches populaires du Royaume. Zina Daoudia, de son vrai nom Hind Hanouni, est une véritable diva du chaâbi avec beaucoup de présence sur scène.
Quelle place accordez-vous aux artistes féminines dans le festival aujourd’hui ?
L’importance accordée aux artistes féminines a connu une évolution significative, passant d’une invisibilisation historique à une reconnaissance croissante et généralisée de leur travail, à mesure qu’elles continuent de produire des œuvres qui remettent en question la compréhension de l’identité, de l’émancipation et de l’expression. Courageuses et volontaires, la présence des femmes dans la promotion de l’art et de la culture est devenue la norme, un peu partout dans le monde. Dans le festival, une importance de premier choix est accordée aux artistes féminines.
Y a-t-il de nouvelles formes artistiques ou des jeunes talents que vous souhaitez mettre en lumière cette année ?
Nous avons demandé aux troupes symboles de faire participer les jeunes aux différentes éditions en attendant de former, à l’avenir, des troupes de jeunes susceptibles de participer à des spectacles en marge du FNAP. Nous avons constaté que le processus avait déjà démarré lors de l’édition 2025, qui a vu plusieurs jeunes participer au spectacle principal.
Le Palais Badiâ accueille les grandes soirées. Qu’apporte ce lieu historique à l’expérience du festival ?
Le Palais Badiâ apporte le prestige d’un monument historique séculaire et ancestral au FNAP. C’est la beauté de l’art et du design artistique marocain de par son architecture saâdienne, unique, et son importance pour la ville ocre.
La programmation à Jemaâ El-Fna est très symbolique. Que représente cette place dans l’ADN du festival ?
C’est grâce à la place Jemaâ El-Fna, qui est inscrite sur la liste du patrimoine universel, que le Festival national des arts populaires de Marrakech est reconnu et déclaré depuis le 4 juillet 2005 par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Quels sont les principaux défis auxquels fait face le Festival aujourd’hui ?
Le défi principal auquel fait face le FNAP, c’est d’abord un financement adéquat et puis l’élargissement de la participation des artistes.
Comment voyez-vous l’évolution du festival dans les prochaines années ?
Le FNAP a connu plusieurs arrêts. Mais depuis que l’Association Le Grand Atlas (AGA) l’a repris, il est redevenu un événement emblématique de la ville de Marrakech. Personnellement, je suis optimiste quant à l’avenir de ce grand événement si l’on tient compte de l’intérêt croissant que lui accordent les responsables nationaux et locaux.
Pensez-vous que ce type d’événement peut contribuer à la sauvegarde du patrimoine immatériel reconnu par l’Unesco ?
La beauté et la richesse du FNAP constituent des éléments valorisants de notre patrimoine. Plusieurs de ses composants font déjà partie du patrimoine immatériel universel de l’humanité. Nous faisons de notre mieux avec le ministère de tutelle de la Culture pour que d’autres composants rejoignent ces derniers.
Quel est votre souvenir le plus marquant depuis que vous êtes à la tête du Festival ?
Le souvenir le plus marquant, c’est le moment magique de l’hommage rendu au maestro feu Moha Loucine, installé dans une barque simple sur une scène géante, sur l’eau du féérique bassin séculaire de la Ménara, qui a été accueilli, comme par miracle, par toutes les troupes participantes, avec une très grande ferveur dans un respect total de la part d’un très grand public admirateur et ébloui par tant de magie. Voilà un moment sublime qui reste gravé dans notre mémoire.
Si vous deviez résumer l’âme du festival en un mot ou une image, que diriez-vous ?
Le FNAP, c’est l’âme artistique, humaine et généreuse du Maroc.
Mohamed Knidiri : L’engagement artistique du FNAP étant fort chaque année, c’est ce qui permet la longévité du festival, due à une capacité concordante de l’événement à se projeter dans l’avenir en faisant face aux différentes mutations du secteur culturel : révolution numérique, nouveaux modèles économiques, prestations, et qui évite surtout que la confiance des artistes et du comité d’organisation ne s’effrite.
Le levier de longévité est désormais un levier déterminant pour durer dans le domaine de l’événementiel face aux attentes collectives qui sont très fortes. Il ne faut pas oublier que les artistes, aussi bien que le reste des organisateurs nationaux, peinent de plus en plus à vivre de leur métier et à se projeter dans l’avenir. C’est pour cela que nous œuvrons avec nos partenaires institutionnels pour leur garantir des conditions économiques et sociales qui permettent de durer, de créer et de transmettre.
Le thème «Les Arts populaires, Trésors d’hier et d’aujourd’hui» est très fort. Comment se traduit-il concrètement dans la programmation ?
Le thème «Les Arts populaires, Trésors d’hier et d’aujourd’hui» représente une certaine stratégie, toute professionnelle, de la programmation. Les arts, de tout temps, sont universellement l’héritage de toutes les populations depuis que les hommes existent. Nous essayons de montrer, à chaque édition, au niveau des soirées thématiques, la richesse et la diversité du folklore des différentes régions du Royaume.
Comment réussissez-vous à concilier tradition et modernité sans dénaturer l’essence des arts populaires ?
La modernité des traditions, c’est leur continuation et aussi l’amélioration des richesses culturelles et artistiques des arts à travers les âges et les siècles. La conciliation entre tradition et modernité se fait surtout au niveau de la mise en scène du spectacle principal.
Le festival met en avant la richesse culturelle «du Nord au Sahara». Comment sélectionnez-vous les troupes représentatives de cette diversité ?
Les sélections sont d’ordres culturels et artistiques propres à chaque région du Royaume et sont représentatives des diversités nationales. Toutefois, pour préserver l’essence des arts populaires, nous tenons à ce que toutes les régions et tous les types de folklore soient représentés.
Selon vous, quel rôle jouent aujourd’hui les arts populaires dans la construction de l’identité marocaine ?
La richesse culturelle du Nord au Sahara est représentative et sélective grâce au voyage culturel et artistique des troupes qui ne sont plus sédentaires, mais représentées partout dans le pays, du Nord au Sahara. Ce brassage entre les diverses traditions culturelles portées par les troupes permet de consolider les liens entre les composantes sociales et conduit à l’enrichissement de l’identité marocaine. En fait, l’identité marocaine est composée de sa culture traditionnelle, populaire et aussi moderne. Préserver l’authenticité des expressions traditionnelles, c’est les valoriser auprès des artistes et les présenter dans leurs meilleures formes au public.
Face à la mondialisation, comment préserver l’authenticité de ces expressions culturelles ?
La préservation du patrimoine culturel est cruciale dans le contexte de la mondialisation, certes, car elle assure la transmission des connaissances et des traditions culturelles d’une génération à l’autre. La mondialisation renforce la position hégémonique de certaines cultures tout en affaiblissant les cultures les plus fragiles, qui doivent subir l’influence grandissante des cultures dominantes, mais point dans le cas du FNAP qui jouit d’un statut artistique et cultuel mondial à l’heure actuelle.
Cette édition rend hommage à Zina Daoudia. Pourquoi ce choix en particulier ?
Le choix de l’artiste Zina Daoudia est absolument idoine. C’est une artiste très appréciée par toutes les tranches populaires du Royaume. Zina Daoudia, de son vrai nom Hind Hanouni, est une véritable diva du chaâbi avec beaucoup de présence sur scène.
Quelle place accordez-vous aux artistes féminines dans le festival aujourd’hui ?
L’importance accordée aux artistes féminines a connu une évolution significative, passant d’une invisibilisation historique à une reconnaissance croissante et généralisée de leur travail, à mesure qu’elles continuent de produire des œuvres qui remettent en question la compréhension de l’identité, de l’émancipation et de l’expression. Courageuses et volontaires, la présence des femmes dans la promotion de l’art et de la culture est devenue la norme, un peu partout dans le monde. Dans le festival, une importance de premier choix est accordée aux artistes féminines.
Y a-t-il de nouvelles formes artistiques ou des jeunes talents que vous souhaitez mettre en lumière cette année ?
Nous avons demandé aux troupes symboles de faire participer les jeunes aux différentes éditions en attendant de former, à l’avenir, des troupes de jeunes susceptibles de participer à des spectacles en marge du FNAP. Nous avons constaté que le processus avait déjà démarré lors de l’édition 2025, qui a vu plusieurs jeunes participer au spectacle principal.
Le Palais Badiâ accueille les grandes soirées. Qu’apporte ce lieu historique à l’expérience du festival ?
Le Palais Badiâ apporte le prestige d’un monument historique séculaire et ancestral au FNAP. C’est la beauté de l’art et du design artistique marocain de par son architecture saâdienne, unique, et son importance pour la ville ocre.
La programmation à Jemaâ El-Fna est très symbolique. Que représente cette place dans l’ADN du festival ?
C’est grâce à la place Jemaâ El-Fna, qui est inscrite sur la liste du patrimoine universel, que le Festival national des arts populaires de Marrakech est reconnu et déclaré depuis le 4 juillet 2005 par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Quels sont les principaux défis auxquels fait face le Festival aujourd’hui ?
Le défi principal auquel fait face le FNAP, c’est d’abord un financement adéquat et puis l’élargissement de la participation des artistes.
Comment voyez-vous l’évolution du festival dans les prochaines années ?
Le FNAP a connu plusieurs arrêts. Mais depuis que l’Association Le Grand Atlas (AGA) l’a repris, il est redevenu un événement emblématique de la ville de Marrakech. Personnellement, je suis optimiste quant à l’avenir de ce grand événement si l’on tient compte de l’intérêt croissant que lui accordent les responsables nationaux et locaux.
Pensez-vous que ce type d’événement peut contribuer à la sauvegarde du patrimoine immatériel reconnu par l’Unesco ?
La beauté et la richesse du FNAP constituent des éléments valorisants de notre patrimoine. Plusieurs de ses composants font déjà partie du patrimoine immatériel universel de l’humanité. Nous faisons de notre mieux avec le ministère de tutelle de la Culture pour que d’autres composants rejoignent ces derniers.
Quel est votre souvenir le plus marquant depuis que vous êtes à la tête du Festival ?
Le souvenir le plus marquant, c’est le moment magique de l’hommage rendu au maestro feu Moha Loucine, installé dans une barque simple sur une scène géante, sur l’eau du féérique bassin séculaire de la Ménara, qui a été accueilli, comme par miracle, par toutes les troupes participantes, avec une très grande ferveur dans un respect total de la part d’un très grand public admirateur et ébloui par tant de magie. Voilà un moment sublime qui reste gravé dans notre mémoire.
Si vous deviez résumer l’âme du festival en un mot ou une image, que diriez-vous ?
Le FNAP, c’est l’âme artistique, humaine et généreuse du Maroc.
