Majda Fadili
18 Mars 2026
À 12:34
Dès l’ouverture, portée par des chants spirituels et des récitations, la rencontre s’inscrit dans une dynamique où culture et spiritualité se répondent. Une mise en condition en résonance avec l’intervention de
Reem Yasmina Laghrari, dont l’œuvre s’attache à réhabiliter une vision apaisée et éclairée de l’islam.
Présenté comme un abécédaire, l’ouvrage se lit comme une invitation au voyage. De A à Z, les mots choisis dessinent les contours d’une religion souvent réduite à des clichés, ici revisitée à travers une approche sensible, accessible et résolument humaniste. «Ce livre est né d’un dialogue», souligne l’autrice, évoquant sa collaboration avec son co-auteur dans un contexte marqué par la montée de l’islamophobie en Occident. L’ambition est claire : proposer un texte grand public, notamment destiné aux jeunes, et retisser les liens entre spiritualité et modernité.
Au cœur de cette démarche, une conviction : ce qui unit les traditions religieuses dépasse largement ce qui les oppose. Reem Yasmina Laghrari insiste sur la «ضرورة»de bâtir des ponts entre les cultures, en s’appuyant sur des valeurs communes telles que l’amour, la paix et la quête de sens. Dans cette perspective, l’islam ne se réduit ni à un corpus de règles ni à des pratiques figées, mais s’inscrit dans une dynamique vivante, en dialogue avec le monde, la nature et les autres traditions spirituelles.
L’un des moments marquants de la rencontre est l’évocation de la lettre «W» (waw), choisie par l’autrice comme symbole central de son ouvrage. Dans la tradition arabe, cette lettre incarne le lien, l’union et l’amour. Une manière de rappeler que la création procède d’un acte d’amour divin et que la foi, avant d’être un ensemble de prescriptions, relève d’une expérience relationnelle.
Au fil des échanges, l’écrivaine met également en avant l’importance de la lecture, entendue dans son acception la plus large. Lire, c’est s’ouvrir aux textes sacrés, mais aussi apprendre à décrypter les signes du monde. La nature, les sciences et l’univers deviennent autant de «livres» à explorer dans une quête rapprochant l’être humain du divin. Cette vision se prolonge dans une métaphore contemporaine parlante : celle du cœur comme un appareil à connecter. Pour fonctionner pleinement, explique-t-elle, il doit être nourri par le savoir, purifié de ses entraves intérieures, puis relié à une source supérieure – Dieu – par le biais de l’amour. Une façon d’inscrire le discours spirituel dans un langage accessible aux nouvelles générations.
Au-delà des concepts, c’est une éthique de la foi qui se dessine : une foi qui ne se mesure pas aux apparences, mais à la qualité du cœur et à la sincérité de l’intention. «Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend impur, mais ce qui en sort», rappelle-t-elle, soulignant ainsi la convergence des enseignements spirituels.
En filigrane s’impose une idée : la spiritualité constitue un langage universel. Quelles que soient les cultures ou les croyances, l’être humain demeure animé par une même quête de justice, de vérité et de paix. Une convergence qui, selon l’autrice, devrait servir de socle à un dialogue renouvelé entre les peuples. À travers cet ouvrage, Reem Yasmina Laghrari propose ainsi bien plus qu’un livre sur l’islam : elle esquisse une voie possible pour réconcilier foi et modernité, tradition et ouverture, dans un monde en quête de repères.