Culture

«Soug Atay», une immersion en langue hassanie au cœur du commerce du thé

Dans le paysage audiovisuel marocain, les productions en langue hassanie continuent de se faire une place, portées par une volonté croissante de représenter les spécificités culturelles des provinces du Sud. La série «Soug Atay», diffusée sur la chaîne Laâyoune, a ainsi captivé le public tout au long du mois de Ramadan, en explorant, en langue hassanie, les tensions familiales et économiques qui traversent le commerce du thé dans les provinces du Sud. Entre héritage culturel et rivalités contemporaines, le récit s’ancre dans une réalité sociale en mutation.

19 Mars 2026 À 12:12

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Avec «Soug Atay», la société Sakia Prod propose une fresque dramatique qui plonge dans l’univers du commerce du thé à Laâyoune, un secteur à la fois symbolique et hautement concurrentiel.

Au centre de l’intrigue, un homme d’affaires influent, surnommé «El Haj», règne sur une entreprise de thé prospère, au cœur d’un marché marqué par de fortes rivalités. Mais derrière cette réussite apparente se dessine un équilibre fragile. Lors d’un dîner familial, il annonce le retour de sa fille Mena, appelée à s’impliquer dans la gestion de l’entreprise, alors même que des soupçons d’irrégularités internes commencent à émerger.

Ce choix, pris de manière unilatérale, agit comme un révélateur des tensions latentes. Entre jalousies fraternelles, ambitions contrariées et stratégies d’influence, la nomination de Mena à la tête de l’entreprise cristallise les oppositions, notamment face à une belle-mère déterminée à imposer son propre fils comme successeur légitime. Le cadre familial devient alors le théâtre d’une lutte de pouvoir où s’entremêlent intérêts économiques et liens affectifs.

La série déploie une narration progressive, dans laquelle les conflits présents puisent leurs racines dans un passé trouble. Au fil des épisodes, des secrets enfouis refont surface, éclairant d’un jour nouveau les dynamiques du marché du thé et les alliances qui l’ont façonné. Cette construction dramatique, fondée sur la révélation graduelle, installe une tension constante.

En plaçant le commerce du thé au cœur du récit, la série s’appuie sur un élément profondément ancré dans les pratiques sociales marocaines. À la fois produit du quotidien et symbole culturel, il devient un prisme à travers lequel se lisent les mutations économiques et sociales des provinces du Sud, entre traditions bien établies et transformations contemporaines.

L’écriture accorde également une place importante aux figures féminines. À travers le personnage de Mena, notamment, se dessinent des trajectoires qui traduisent une évolution des rôles au sein des sphères familiale et professionnelle. Sans rompre avec les réalités locales, ces personnages féminins participent à inscrire le récit dans une dynamique actuelle.

Réalisée par Younes Reggab et écrite par Lamia El Khalloufi, «Soug Atay» réunit un large casting, parmi lequel Fatiha Boumekout, Abdellah Dida, Hammada Amloukou, Fatou Fazki ou encore Hanane El Khadiri. L’ensemble contribue à donner corps à cet univers où se croisent ambitions individuelles et héritages collectifs.

Au-delà de son intrigue, la série se distingue par son ancrage linguistique et culturel. Le recours à la langue hassanie, dans sa richesse expressive, renforce l’authenticité du propos et participe à la valorisation d’un patrimoine immatériel encore peu représenté à l’écran. En misant sur une histoire à la fois intime et universelle, «Soug Atay» ambitionne ainsi de toucher un large public, tout en donnant à voir une facette singulière du Maroc contemporain – celle d’un territoire où traditions et mutations sociales dialoguent dans un équilibre fragile et captivant.
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