Économie

Aviation civile : Marrakech accueille le GISS 2026 avec des ambitions de hub régional pour le Maroc

Avec plus de 36 millions de passagers en 2025 et un plan de doublement de ses capacités d’ici 2030, le Royaume du Maroc met en avant sa stratégie de développement aérien à l’occasion d’un sommet international dédié aux solutions globales.

Ph : Rhoni

14 Avril 2026 À 17:13

La 5ᵉ édition du ICAO Global Implementation Support Symposium (GISS 2026) s’est ouverte mardi 14 avril à Marrakech, sur le thème «Solutions régionales, bénéfices mondiaux». Organisé conjointement par le ministère du Transport et de la logistique et l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’événement se tient sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Cette rencontre internationale réunit décideurs, experts et acteurs du secteur aérien, dans un contexte marqué par les enjeux de sécurité, de connectivité et d’investissements nécessaires à la croissance du transport aérien mondial. À cette occasion, le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a mis en avant la reconnaissance internationale dont bénéficie le Maroc, illustrée par l’organisation de cet événement et son engagement dans des initiatives telles que «No Country Left Behind».

Le Royaume affiche des indicateurs en forte progression. En 2025, plus de 36 millions de passagers ont transité par les aéroports marocains, qui desservent désormais plus de 170 destinations internationales. Le pays dispose actuellement de 18 aéroports modernes. Dans cette dynamique, le Maroc prévoit de doubler sa capacité aéroportuaire d’ici 2030, dans le cadre de la stratégie «Aéroports 2030», tout en accélérant la digitalisation des services aux passagers.

De son côté, Royal Air Maroc a annoncé un plan d’expansion visant à porter sa flotte à près de 200 avions à l’horizon 2037. Parallèlement, un programme de formation inédit sera lancé pour renforcer les compétences techniques dans le secteur.

Le Royaume investit également dans l’aviation durable, notamment à travers le développement de carburants propres et de l’hydrogène vert, avec l’ambition de se positionner comme un hub aérien régional de référence, notamment à l’approche de la Coupe du Monde 2030.


Une mobilisation internationale autour de la coopération

Lors de son intervention, le président du Conseil de l’OACI, Toshiyuki Onuma, a salué la coopération étroite du Maroc dans l’organisation de ce symposium, qu’il a présenté comme une étape clé dans la mise en œuvre du plan stratégique de l’organisation à l’horizon 2050. Il a rappelé le rôle central de l’aviation dans la connectivité, la croissance économique et l’innovation au sein des 193 États membres de l’OACI, tout en soulignant les disparités persistantes en matière de ressources et de compétences. Le symposium se positionne comme la première rencontre mondiale centrée sur l’objectif «No Country Left Behind», avec une forte mobilisation de ministres, de directeurs généraux et de dirigeants du secteur.


Des engagements concrets en matière de formation et de financement

À l’issue des travaux, l’OACI ambitionne d’aboutir à des résultats concrets, notamment à travers le lancement de nouveaux projets, la conclusion de partenariats et la mobilisation de financements. Un accord a été signé entre le Maroc et l’OACI, prévoyant le lancement d’un programme de formation financé par le Royaume, avec 100 bourses annuelles destinées aux inspecteurs de l’aviation civile.

Un second accord prévoit la mobilisation de l’expertise de l’OACI pendant trois ans dans les domaines de la facilitation et de la sûreté, afin de renforcer les capacités institutionnelles et opérationnelles du secteur aérien marocain.

Par ailleurs, d’autres partenariats internationaux ont été annoncés. L’Azerbaïdjan a conclu un accord avec l’OACI pour la certification de projets aéroportuaires et le développement d’infrastructures durables. Le Nigeria bénéficiera d’un appui pour la mise en œuvre de son plan stratégique d’aviation civile, avec l’objectif de renforcer sa connectivité. Le Royaume-Uni a annoncé une contribution financière destinée à soutenir des programmes de formation, de sécurité et de transformation numérique dans plusieurs régions, notamment les Caraïbes. Au Pérou, un projet de financement de plus de 62 millions de dollars vise à moderniser la gestion du secteur aérien.

Face aux défis du secteur – pressions financières, pénurie de talents et accélération technologique – l’OACI appelle à un engagement politique renforcé et à une coopération accrue entre les États. La formation des compétences, notamment des jeunes et des femmes, ainsi que l’adaptation des systèmes éducatifs aux besoins futurs de l’aviation, figurent parmi les priorités identifiées. La cérémonie d’ouverture s’est déroulée en présence de plusieurs responsables, dont Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, et Abdeljabbar Rachidi, secrétaire d’État chargé de l’Intégration sociale.

Entretien avec le ministre du Transport et de la logistique

Abdessamad Kayouh : «La modernisation des aéroports s’inscrit dans une planification stratégique structurée, fondée sur une gouvernance solide et une crédibilité réglementaire, plutôt que sur une simple logique d’expansion»

Ph : Rhoni


Le Matin : Quels sont les principaux défis de l’aviation mondiale qui seront au cœur de l’édition 2026 du GISS pour un transport aérien sûr, durable et accessible ?

Abdessamad Kayouh :
Le secteur de l’aviation civile fait aujourd’hui face à des transformations profondes et à des défis majeurs qui nécessitent des réponses concertées à l’échelle internationale. Parmi ces défis figurent notamment la transition vers une aviation plus durable, le maintien des plus hauts standards de sécurité et de sûreté, ainsi que la modernisation des infrastructures et des systèmes de gestion du trafic aérien afin d’accompagner la croissance du transport aérien mondial.

Un autre enjeu important concerne l’intégration des innovations technologiques et de la transformation numérique dans les opérations aéronautiques, qu’il s’agisse de l’intelligence artificielle, de la digitalisation des systèmes ou encore du renforcement de la cybersécurité. Parallèlement, la question du renforcement des capacités et du développement des compétences demeure essentielle pour permettre à tous les États de mettre en œuvre efficacement les normes et recommandations internationales.

Dans ce contexte, l’édition 2026 du Global Implementation Support Symposium s’inscrit dans une dynamique de concrétisation d’initiatives régionales susceptibles de renforcer directement l’aviation civile, tout en favorisant la coopération et le partage d’expériences entre les différentes régions du monde. Placée sous le thème «Regional Solutions, Global Benefits», cette édition mettra en lumière la manière dont des programmes régionaux peuvent être adaptés, reproduits et déployés au bénéfice de l’ensemble du système de l’aviation civile internationale.

L’objectif est ainsi de favoriser l’émergence de solutions concrètes, adaptées aux réalités de chaque région, tout en renforçant la cohérence et la performance du système de l’aviation civile internationale dans son ensemble. Ce symposium offrira également une plateforme privilégiée de dialogue entre les États, les organisations internationales et l’ensemble des acteurs de l’écosystème aéronautique, afin de transformer les expériences régionales réussies en véritables références au service d’une aviation mondiale plus sûre, plus durable et plus inclusive.

Qu’est-ce que cela représente pour le Maroc d’accueillir l’édition 2026 du Global Implementation Support Symposium ?

Accueillir l’édition 2026 du Global Implementation Support Symposium représente pour le Maroc une distinction majeure et une reconnaissance internationale forte de son engagement constant en faveur d’une aviation civile sûre, durable et pleinement alignée sur les standards de l’OACI. Il convient de rappeler que le GISS constitue le deuxième événement phare de l’OACI après l’Assemblée générale de l’Organisation, ce qui confère à son organisation à Marrakech une portée institutionnelle et stratégique particulièrement importante. Ce choix traduit ainsi la confiance accordée au Royaume en tant qu’acteur crédible et engagé dans le développement du transport aérien aux niveaux régional, continental et international.

Cet événement offre également au Maroc une opportunité exceptionnelle de mettre en lumière les progrès accomplis dans le domaine de l’aviation civile, notamment en matière de sécurité, de sûreté, de modernisation des infrastructures, de connectivité aérienne et de soutien à la mise en œuvre des normes internationales. Il constitue enfin une plateforme de dialogue, de coopération et de partenariat, permettant au Royaume de réaffirmer son ambition de contribuer activement à une aviation mondiale plus résiliente, plus innovante et plus durable, tout en consolidant son positionnement en tant que hub régional de référence pour l’aviation civile.

Quelles retombées concrètes le Maroc espère-t-il tirer de cet événement ?

L’organisation du GISS 2026 au Maroc représente une opportunité stratégique à plusieurs niveaux. Elle permet, tout d’abord, de renforcer la position du Royaume en tant que plateforme aérienne reliant l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Cet événement favorisera également la conclusion de nouveaux partenariats avec les États, les organisations internationales et les acteurs de l’industrie aéronautique.

Il constitue, par ailleurs, une vitrine internationale pour mettre en valeur les progrès réalisés par le Maroc dans le développement de son secteur aéronautique, qu’il s’agisse des infrastructures aéroportuaires, des services de navigation aérienne ou encore de l’écosystème industriel, qui compte aujourd’hui plus de 140 entreprises et plus de 23.000 emplois qualifiés.

Enfin, le GISS contribuera à renforcer la coopération en matière d’investissement, de formation et d’innovation technologique, notamment dans des domaines clés tels que la digitalisation, la sécurité aérienne et la transition environnementale. L’objectif est de soutenir la croissance du transport aérien tout en consolidant la place du Maroc en tant que hub régional et acteur industriel de référence dans l’aéronautique en Afrique. Il contribuera également à renforcer la coopération avec les pays africains, dans l’esprit de l’initiative de l’OACI «No Country Left Behind».

Comment les infrastructures aéroportuaires marocaines se préparent-elles à accompagner la croissance du trafic aérien et à répondre aux exigences technologiques et environnementales futures ?

Les infrastructures aéroportuaires marocaines se préparent à accompagner la croissance attendue du trafic aérien à travers une approche intégrée combinant modernisation des infrastructures, transformation technologique et transition environnementale.

La modernisation des aéroports s’inscrit dans une planification stratégique structurée, fondée sur une gouvernance solide et une crédibilité réglementaire, plutôt que sur une simple logique d’expansion. À cet effet, le Maroc élabore un Schéma directeur aéroportuaire national, qui constitue le cadre de référence pour le développement du système aéroportuaire.

Ce schéma repose sur un principe fondamental : des investissements progressifs, fondés sur la demande, alignés sur des prévisions réalistes de trafic ainsi que sur les objectifs nationaux de connectivité et de développement territorial.

Dans le cadre de la Vision Aéroports 2030, le Maroc met en œuvre un programme progressif de développement et de modernisation des plateformes aéroportuaires. L’objectif est d’augmenter les capacités d’accueil des passagers et des mouvements d’aéronefs, tout en garantissant des niveaux élevés de sécurité, de sûreté et de qualité de service. Ces investissements s’appuient sur une planification à long terme visant à renforcer la connectivité nationale et internationale du Royaume.

Par ailleurs, une attention particulière est accordée à la digitalisation et aux technologies intelligentes. Les aéroports marocains évoluent progressivement vers des «smart airports», intégrant des solutions numériques pour l’optimisation des flux de passagers, la gestion opérationnelle en temps réel et l’amélioration de l’expérience des usagers.

Sur le plan environnemental, le Maroc intègre de plus en plus les principes de durabilité et de résilience climatique dans la conception et l’exploitation des infrastructures aéroportuaires. Cela se traduit notamment par l’amélioration de l’efficacité énergétique, l’intégration des énergies renouvelables, la gestion durable des ressources et la réduction de l’empreinte carbone des activités aéroportuaires.

Enfin, ces efforts s’accompagnent d’un renforcement du cadre réglementaire et institutionnel afin de garantir la conformité aux normes internationales et d’assurer un développement harmonieux, sûr et durable du système aéroportuaire national.

Comment le Maroc prépare-t-il les compétences de demain dans les métiers de l’aviation civile ?

La préparation de la prochaine génération de professionnels de l’aviation constitue une priorité pour le Maroc. Le Royaume accorde une importance particulière à l’éducation, à la formation et au développement des compétences afin d’accompagner l’essor d’un secteur aéronautique moderne et en pleine croissance, notamment dans des domaines clés tels que l’exploitation aéroportuaire, la navigation aérienne, la sécurité et la maintenance des aéronefs, en conformité avec les normes internationales.

Dans ce cadre, l’Académie Internationale Mohammed VI de l’Aviation Civile (AIAC) joue un rôle central en tant que centre d’excellence reconnu dans la formation des professionnels de l’aviation civile. Elle forme notamment des ingénieurs de l’aviation civile, des contrôleurs de la circulation aérienne et des spécialistes en électronique de la sécurité aérienne.

Son centre AVSEC, certifié par l’OACI depuis 1997, contribue également à la formation des professionnels de la sûreté de l’aviation. Par ailleurs, l’AIAC, membre accrédité du réseau TRAINAIR Plus, organise régulièrement des formations au profit des professionnels marocains et africains, contribuant ainsi au partage d’expertise et au renforcement des capacités à l’échelle régionale.
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