Économie

Banques cotées : Attijari voit un potentiel de hausse de 37% et recommande l’achat

Attijari Global Research estime que le secteur bancaire coté reste sous-évalué à la Bourse de Casablanca et lui attribue un potentiel de revalorisation de 37%, avec une recommandation à l’achat sur l’ensemble des valeurs suivies. Le bureau de recherche anticipe, entre 2025 et 2028, une croissance annuelle moyenne de 4,9% du produit net bancaire et de 7,1% des bénéfices, portée notamment par l’accélération du crédit, le cycle d’investissement du Royaume et l’amélioration du coût du risque.

12 Septembre 2026 À 17:25

Le secteur bancaire coté à la Bourse de Casablanca disposerait encore d’un important potentiel de revalorisation. Dans une récente analyse consacrée aux banques cotées, Attijari Global Research (AGR) estime que leur capitalisation pourrait progresser de 37% par rapport aux niveaux actuels, considérant que les valorisations de marché ne reflètent pas encore pleinement l’amélioration des fondamentaux du secteur et ses perspectives de croissance à moyen terme. AGR recommande ainsi à l’achat l’ensemble des valeurs bancaires suivies. Le constat du bureau de recherche repose sur une combinaison de facteurs : amélioration du profil de risque, renforcement de la solvabilité, progression de la rentabilité financière et accélération attendue de l’activité de crédit.



La faiblesse constatée au premier trimestre 2026 ne remettrait pas en cause cette tendance de fond. Sur la période 2025-2028, AGR anticipe une croissance annuelle moyenne de 4,9% du produit net bancaire agrégé et de 7,1% des profits. Cette trajectoire s’inscrit dans un environnement économique plus porteur. Après une croissance de 4,9% en 2025, le PIB national devrait progresser de 5,2% en 2026, soit des rythmes rarement observés au cours des deux dernières décennies. Les investissements dans les infrastructures, la vigueur du tourisme et l’amélioration des conditions climatiques constituent autant de relais susceptibles d’alimenter l’activité bancaire.

Le signal le plus visible vient du crédit

À fin juin 2026, les crédits bancaires affichent une progression de 10,9%. Ce rythme est environ deux fois supérieur à celui observé en moyenne entre 2019 et 2024. Cette accélération concerne désormais plusieurs compartiments du financement bancaire et confirme que le nouveau cycle d’investissement se diffuse progressivement dans les bilans des banques. Le phénomène est particulièrement marqué sur les crédits à l’équipement, en hausse de 32% à fin juin 2026, un niveau record.

Les investissements publics jouent également un rôle indirect. Une partie est financée auprès des investisseurs institutionnels via des mécanismes innovants, notamment les OPCI. Cette évolution commence à apparaître dans les bilans bancaires à travers la progression du poste des participations mises en équivalence.

La structure des ressources constitue un autre élément favorable. Les ressources à vue ont progressé de 11,3% à fin juin, dépassant 1.000 milliards de dirhams et représentant 73% des dépôts. Ce poids élevé des dépôts peu rémunérés permet aux banques de mieux contenir leur coût de financement. Il constitue également, selon AGR, un réservoir susceptible d’être progressivement transformé en actifs rémunérateurs.

Attijariwafa bank : 12,8 milliards de bénéfices attendus en 2028

Pour Attijariwafa bank, AGR mise sur le positionnement du groupe dans le financement des grands projets du Royaume. Après une croissance de 1,2% en 2025, son produit net bancaire devrait enregistrer un taux de croissance annuel moyen de 6% entre 2025 et 2028. La banque disposait en 2025 d’une part de marché de 36,2% sur les crédits à l’équipement.

Le coefficient d’exploitation devrait légèrement augmenter de 37,9% en 2025 à 38% en 2026, sous l’effet des investissements dans le digital, avant de revenir à 37,3% en 2028. Le coût du risque devrait reculer de 4,2% en 2026, avec un taux de 68 points de base, proche de la moyenne pré-Covid de 70 points de base sur 2012-2019. Il devrait rester maîtrisé à 65 points de base en 2028.

AGR table sur une croissance annuelle moyenne de 6,5% du résultat net part du groupe entre 2025 et 2028, avec un bénéfice attendu de 12,8 milliards de dirhams à l’horizon 2028.

Le titre se traiterait alors sur un PER 2028 de 11,5 fois, soit une décote de 35% par rapport à la moyenne décennale du secteur bancaire de 17,8 fois. Sur la base d’une croissance normative du dividende par action de 7,1%, son rendement moyen ressortirait à 3,6% entre 2026 et 2028.

BCP : le plus fort potentiel après BOA

Le titre BCP figure parmi les principales convictions d’AGR. Le bureau de recherche valorise l’action à 391 DH, contre un cours de référence de 238 DH, soit un potentiel de hausse de 64%. Après une progression annuelle moyenne du PNB de 9,4% entre 2023 et 2025, le groupe devrait enregistrer une croissance plus modérée de 3,3% par an sur 2025-2028.

Le coefficient d’exploitation, tombé à 44,6% en 2025, remonterait progressivement vers 46% en 2028 en raison d’une croissance des charges supérieure à celle du PNB. Le coût du risque devrait, en revanche, continuer de s’améliorer. Il reculerait de 16,8% en 2026 à 4,5 milliards de dirhams, pour un taux de 130 points de base, contre 163 points en 2025. À horizon 2028, ce taux se rapprocherait de 120 points de base, quasiment en ligne avec la moyenne de 123 points de base observée entre 2013 et 2019.

Le RNPG devrait dépasser pour la première fois les 5 milliards de dirhams et atteindre 5,7 milliards en 2028. Le titre afficherait alors un PER de 9,7 fois et un rendement de dividende moyen de 4,5% entre 2026 et 2028, sur la base d’un dividende moyen de 12 DH par action.

Bank of Africa : jusqu’à 69% de potentiel

Bank of Africa affiche, dans les projections d’AGR, le potentiel de hausse le plus important parmi les banques mentionnées. Le bureau de recherche valorise l’action à 300 DH, soit un potentiel de 69%. Le PNB du groupe devrait progresser en moyenne de 3,2% par an entre 2026 et 2028, soutenu notamment par son implication dans le financement des grands projets au Maroc.

Après une amélioration de 13,3 points entre 2019 et 2025, le coefficient d’exploitation, ramené à 45,8%, remonterait à 47,1% en 2028. Les charges progresseraient de 4,2% par an afin d’accompagner la transformation digitale et informatique du groupe. Le coût du risque devrait diminuer en moyenne de 3,6% par an entre 2025 et 2028. Son taux passerait de 130 points de base en 2025 à 103 points de base en 2028.

La capacité bénéficiaire est attendue à 4,3 milliards de dirhams en 2028, avec un franchissement du seuil de 4 milliards dès 2027. Le titre afficherait un PER 2028 de 10,1 fois, soit une décote de 43% par rapport à la référence sectorielle de 17,8 fois. Avec un dividende stable à 10 DH, le rendement moyen ressortirait à 5,2% entre 2026 et 2028.

CIH Bank : croissance des bénéfices attendue à près de 17% par an

AGR fixe un objectif de cours de 492 DH pour CIH Bank, contre 354 DH, soit un potentiel de hausse de 39%. Après une croissance moyenne du PNB de 15,8% sur 2023-2025, la banque devrait afficher une progression de 5% en 2026, puis une croissance annuelle moyenne de 12,9% en 2027-2028, grâce notamment à une activité de crédit soutenue.

Le coefficient d’exploitation augmenterait dans un premier temps à 44,3% en 2026, contre 42,9% en 2025, avant de s’améliorer à 40,5% en 2028. Le taux du coût du risque devrait revenir à 78 points de base en 2026 contre 97 points en 2025, puis se stabiliser autour de 80 points de base.

Le résultat net part du groupe devrait progresser de 6,7% à 1,2 milliard de dirhams en 2026, puis afficher une croissance annuelle moyenne de 16,8% entre 2026 et 2028. Sur cette base, le PER 2028 ressort à 8,5 fois, contre un niveau normatif sectoriel de 18 fois. Le rendement moyen du dividende atteindrait 5,1%, soit environ 100 points de base de plus que la moyenne des banques cotées.

Crédit du Maroc : plus d’un milliard de bénéfices dès 2027

Pour Crédit du Maroc, AGR retient un cours cible de 1.285 DH, contre 1.000 DH, soit un potentiel de hausse de 29%. Le PNB devrait progresser de 8,2% en moyenne par an entre 2025 et 2028, porté notamment par une croissance des crédits estimée à 9,5% par an entre 2026 et 2028.

Le coefficient d’exploitation, qui avait atteint 58,4% en 2022 à la suite des frais d’autonomisation liés au changement d’actionnaire de référence, est revenu à 46,3% en 2025. Il devrait poursuivre son amélioration jusqu’à 42,1% en 2028. Le coût du risque reculerait de 4,1% en 2026 à 368 millions de dirhams, soit 50 points de base, avant de se normaliser à 70 points de base, ou 614 millions de dirhams, en 2028.

Le RNPG devrait dépasser un milliard de dirhams dès 2027 et progresser de 8,9% par an entre 2025 et 2028.

Avec un PER 2028 de 10 fois et un rendement moyen du dividende de 5,8%, Crédit du Maroc offrirait, selon AGR, l’un des meilleurs couples rendement-croissance du secteur. Il afficherait également le rendement de dividende le plus élevé parmi les banques cotées étudiées.

BMCI : un potentiel plus limité à 15%

BMCI reste également recommandée à l’achat, mais avec un potentiel plus mesuré. AGR fixe son objectif de cours à 700 DH, contre 610 DH, soit un upside de 15%. Le PNB devrait reculer de 3,5% en 2026 avant de retrouver une croissance annuelle moyenne de 3,6% en 2027-2028.

La principale faiblesse demeure le niveau élevé des charges. Après un pic de 70% en 2021, le coefficient d’exploitation s’est amélioré à 57,4% en 2025 et devrait atteindre 56,5% en 2028. Il resterait toutefois très supérieur à la moyenne sectorielle de 43% observée en 2025. Les charges devraient rester quasiment stables autour de 2,3 milliards de dirhams sur 2026-2028.

Le coût du risque serait en moyenne de 105 points de base sur la période, supérieur à la moyenne pré-Covid de 82 points de base. Il diminuerait néanmoins de 5,9% par an entre 2025 et 2028 grâce à l’amélioration du portefeuille de crédits. Le poids des frais de gestion devrait maintenir le RNPG en dessous de 600 millions de dirhams jusqu’en 2028. Le PER ressortirait alors à 14,3 fois et le rendement moyen du dividende à 2,9%, avec un dividende par action maintenu à 18 DH.

CFG Bank : un objectif de doublement des crédits

AGR valorise enfin CFG Bank à 287 DH par action, contre un cours de 200 DH, soit un potentiel de hausse de 43,5%. Après une croissance de 32,5% en 2025, le PNB devrait progresser de 15,1% en moyenne par an entre 2025 et 2028. Ce scénario repose largement sur le potentiel de développement du crédit. Lors de son Capital Markets Day de mai 2025, le management avait annoncé l’objectif de doubler l’encours des crédits entre 2024 et 2028-2029. La part de marché de CFG Bank sur le crédit passerait ainsi de 1,3% à 2,1%.

L’effet taille devrait également améliorer l’efficacité opérationnelle. Le coefficient d’exploitation passerait de 49,2% en 2025 à 42,9% en 2028, avec une croissance moyenne du PNB de 15,1%, plus rapide que celle des charges, attendue à 10%. Le coût du risque atteindrait environ 114 millions de dirhams à l’horizon 2028, pour un taux de 32 points de base contre 21 points en 2025. Ce niveau resterait relativement faible en raison du positionnement de la banque sur des segments considérés comme moins risqués, notamment les crédits immobiliers acquéreurs et les crédits d’investissement aux PME et grandes entreprises.

Le RNPG devrait atteindre 597 millions de dirhams en 2028, soit une croissance annuelle moyenne de 17,2% entre 2025 et 2028. Le PER tomberait alors à 11,7 fois, contre 23,2 fois en 2025.
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