Économie

Bourse de Casablanca : les facteurs qui vont dicter la tendance à la rentrée (Abderrazzak El Maghraoui)

La rentrée s’annonce délicate pour la Bourse de Casablanca. Après un mois d’août conclu sur un gain proche de 4,5%, le MASI cale de nouveau et enchaîne une quatrième semaine de baisse, portant sa contre-performance à 3,48% depuis le début de l’année. Pour comprendre ce retournement et les perspectives du marché, nous avons posé la question de la rentrée à Abderrazzak El Maghraoui, directeur général de Serval Asset Management. Selon lui, le coup de frein tient moins aux niveaux de valorisation qu’à un momentum brisé par les tensions géopolitiques, la hausse des prix des produits pétroliers et le durcissement des conditions financières internationales.

Abderrazzak El Maghraoui, directeur général de Serval Asset Management

16 Septembre 2026 À 10:10

Le rebond estival aura été de courte durée. Après avoir gagné près de 4,5% en août, la Bourse de Casablanca traverse une rentrée plus difficile. Depuis le 24 août et jusqu’au moment de la rédaction de cet article, le MASI évolue dans le rouge et aligne une quatrième semaine consécutive de baisse. Le mouvement a désormais effacé les gains réalisés au cours des huit premiers mois de l’année. L’indice phare de la place casablancaise affiche une contre-performance de 3,48% depuis le début de 2026, une évolution qui ravive les interrogations des investisseurs, notamment des petits porteurs, sur les perspectives des derniers mois de l’année.

Quels catalyseurs peuvent permettre au marché de retrouver une dynamique positive ? Les valorisations sont-elles devenues excessives ? Et jusqu’où les tensions géopolitiques et le mouvement des taux internationaux peuvent-ils peser sur la cote ?

Pour Abderrazzak El Maghraoui, directeur général de Serval Asset Management, société indépendante de gestion de portefeuilles individuels sous mandat, le principal facteur à surveiller ne se trouve aujourd’hui pas nécessairement dans les fondamentaux domestiques. « C’est surtout la situation géopolitique et les marchés financiers internationaux » qu’il faut suivre, estime-t-il. Selon le gérant, ces facteurs sont devenus déterminants dans l’évolution du marché marocain depuis le déclenchement de la guerre.

Avant ce changement d’environnement, rappelle-t-il, « le MASI était en bonne trajectoire » et l’économie marocaine continuait d’afficher une dynamique favorable. Le marché bénéficiait alors d’un momentum solide. Celui-ci s’est progressivement détérioré dans les deux à trois mois ayant suivi le déclenchement des tensions militaires.

Le rebond d’août stoppé après les premières publications

Cette tendance n’a pourtant pas empêché le marché de retrouver temporairement des couleurs durant l’été. Le MASI a progressé de près de 4,5% en août, dans un contexte marqué par la publication des indicateurs trimestriels et des premières données semestrielles des sociétés cotées. Ces publications avaient dans un premier temps été favorablement accueillies par les investisseurs. La dynamique s’est cependant retournée en fin de période de publication, avec notamment les annonces du secteur du BTP. Pour Abderrazzak El Maghraoui, les indicateurs du secteur ont été « un peu décevants » par rapport aux attentes particulièrement élevées du marché.

Cette réaction doit aussi être replacée dans le parcours boursier antérieur des valeurs concernées. Les titres du BTP ont enregistré de fortes progressions ces dernières années. SGTM, notamment, a réalisé une performance importante depuis son introduction en Bourse. Après de telles hausses, les investisseurs attendent des entreprises qu’elles continuent à délivrer des résultats à la hauteur des valorisations atteintes. Les inquiétudes portent désormais notamment sur les marges. Les premières publications ont essentiellement concerné les chiffres d’affaires au premier semestre 2026, laissant encore en suspens une partie de l’équation bénéficiaire.



Le cas de TGCC est suivi de près. Selon l'analyste, les commentaires accompagnant sa communication ont pu être interprétés par le marché comme une forme de léger avertissement sur les résultats semestriels et sur les marges. L’entreprise a notamment évoqué une période de transition entre la livraison d’anciens chantiers et le démarrage de nouveaux projets d’envergure, notamment dans les infrastructures aéroportuaires et les stades. Cette phase peut temporairement peser sur les comptes. Le lancement de grands chantiers nécessite d’engager des coûts et des ressources avant que la production correspondante ne soit pleinement comptabilisée.

À cette mécanique opérationnelle s’ajoute désormais la hausse de plusieurs matières premières et intrants, dont le gasoil, susceptible d’affecter les coûts des entreprises du secteur.

Trois fronts géopolitiques sous surveillance

Pour le marché casablancais, le risque ne se limite toutefois pas au BTP. Le DG de Serval Asset Management attire surtout l’attention sur l’intensification récente des tensions sur plusieurs fronts : le conflit impliquant l’Iran, la guerre entre la Russie et l’Ukraine et les tensions en mer Rouge liées aux Houthis. Cette multiplication des foyers géopolitiques exerce une pression sur les marchés de l’énergie.

Pour Abderrazzak El Maghraoui, il convient même de regarder au-delà du seul cours du Brent et de suivre plus attentivement les produits pétroliers raffinés, notamment le gasoil et le diesel. Ces derniers évoluent, selon lui, à des niveaux proches de leurs plus hauts historiques. Le Brent se situe pour sa part au-dessus de 100 dollars le baril, un niveau déjà observé à plusieurs reprises par le passé.

Pour une économie importatrice d’énergie comme le Maroc, la question est importante pour les sociétés cotées. Une hausse prolongée des produits pétroliers peut augmenter les coûts de transport, de production et de logistique et, selon la capacité des entreprises à répercuter ces surcoûts, exercer une pression sur leurs marges.

La hausse des taux internationaux ajoute une deuxième pression

L'autre dossier à surveiller vient des marchés obligataires internationaux. Selon El Maghraoui, les taux souverains ont enregistré une hausse de l’ordre de 50 points de base, un mouvement qu’il qualifie de resserrement particulièrement important. Le phénomène dépasse un seul marché. Les tensions sur les rendements concernent notamment les États-Unis, le Japon, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni. Cette remontée généralisée des taux constitue un élément défavorable aux marchés actions. À mesure que les rendements obligataires progressent, les investisseurs peuvent exiger une prime de risque supérieure pour détenir des actions, tandis que les valorisations des actifs risqués subissent davantage de pression.

À cette évolution s’est ajouté le ton jugé restrictif du discours prononcé à Jackson Hole à la fin du mois d’août. Selon El Maghraoui, les anticipations du marché accordent désormais une probabilité comprise entre 90% et pratiquement 100% à une hausse du taux directeur de la Réserve fédérale américaine lors de sa prochaine décision. Le gestionnaire souligne surtout qu’une hausse de taux intervient rarement de manière totalement isolée : elle peut ouvrir la voie à un cycle de resserrement, même s’il reste à déterminer si ce scénario se vérifiera cette fois.

La combinaison entre géopolitique, énergie et taux explique ainsi une grande partie de la prudence observée à Casablanca depuis le début de septembre. « On est en train de perdre tout le rattrapage qu’il y a eu sur le mois d’août », constate El Maghraoui.

Il n’y a pas de problème de valorisation du MASI dans sa globalité

La correction actuelle ne traduit pas, pour autant, une situation de survalorisation généralisée de la Bourse de Casablanca. Pour Serval Asset Management, les niveaux de valorisation du marché restent globalement cohérents, notamment lorsqu’ils sont appréciés à l’échelle du MASI dans son ensemble. Le repli observé tient davantage à la dégradation du momentum qu’à des niveaux de valorisation jugés excessifs.

La situation varie cependant fortement selon les secteurs et les valeurs. Certaines branches se situent, selon lui, à des niveaux de valorisation historiquement faibles. C’est notamment le cas du secteur bancaire, dont les résultats continuent de montrer une certaine résilience mais qui peine encore à retrouver un véritable momentum boursier. À l’autre extrémité du marché figurent des valeurs dont les niveaux de valorisation intègrent déjà des perspectives élevées de croissance. Les titres affichant des multiples supérieurs à 30 fois les bénéfices sont mécaniquement plus vulnérables en cas de résultats inférieurs aux anticipations. Lorsqu’une valorisation élevée repose sur une forte croissance future, toute déception sur les revenus ou les marges peut provoquer des ajustements plus brutaux.

Il n’y aurait donc pas, selon El Maghraoui, de survalorisation généralisée du MASI. Le risque se concentre davantage sur certaines valeurs dont les cours incorporent des scénarios particulièrement exigeants.
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