Le Matin : Quelles sont vos attentes par rapport à l’IMC Morocco 2026 ? Quelles retombées espérez-vous pour le Maroc ?
Mohammed Cherrat : Notre ambition est de faire de cette troisième édition de l’IMC Morocco une étape supplémentaire dans le développement du secteur minier. Organisée du 6 au 8 octobre 2026 à Rabat, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette édition réunit des décideurs institutionnels et ministériels, des opérateurs miniers, des industriels, des investisseurs, des partenaires technologiques ainsi que des acteurs de la recherche et de la formation. Nous voulons aller au-delà des échanges sur le potentiel minier africain et aborder plus concrètement les conditions de sa valorisation industrielle. Cela suppose de réunir autour d’une même table les différents acteurs de la chaîne de valeur afin de favoriser les rencontres, les échanges et les partenariats susceptibles de faire émerger de nouvelles initiatives et de nouveaux projets. Nous ne souhaitons donc pas mesurer la réussite de l’IMC uniquement au nombre de participants, mais également à la qualité des mises en relation, aux échanges qui pourront se poursuivre au-delà du Congrès et aux opportunités de coopération et d’investissement qui pourront en découler.
Cette dimension opérationnelle est également illustrée par les visites techniques prévues au programme. Elles permettront aux participants de découvrir plusieurs composantes de l’écosystème minier, industriel et académique marocain, notamment le complexe industriel OCP de Jorf Lasfar, le site minier de Khouribga, le campus de l’UM6P ainsi que le site de SSM. La présence du Gabon en tant que pays invité d’honneur donne également une dimension particulière à cette édition. Le pays a engagé une politique visant à renforcer la transformation locale de son manganèse, avec une échéance annoncée à l’horizon 2029. Cette expérience ouvre des perspectives d’échanges très concrètes autour de la transformation des minerais, de l’énergie, des infrastructures, des technologies, du financement et des compétences.
Pour le Maroc, l’enjeu est de mieux connecter les potentialités du secteur minier aux écosystèmes industriels et aux infrastructures développés dans le Royaume. Les avancées en matière d’énergies renouvelables et d’hydrogène vert, ainsi que le développement de grandes infrastructures portuaires et logistiques, comme Nador West Med, renforcent progressivement cet environnement industriel. Pour la FDIM, cette dynamique crée des conditions favorables au développement de chaînes de valeur plus intégrées, à davantage de transformation et à la création de valeur au Maroc. L’IMC doit ainsi contribuer à créer des passerelles entre les acteurs miniers, industriels, technologiques et financiers, afin de favoriser l’émergence de projets et de renforcer les coopérations à l’échelle africaine.
Cette dimension opérationnelle est également illustrée par les visites techniques prévues au programme. Elles permettront aux participants de découvrir plusieurs composantes de l’écosystème minier, industriel et académique marocain, notamment le complexe industriel OCP de Jorf Lasfar, le site minier de Khouribga, le campus de l’UM6P ainsi que le site de SSM. La présence du Gabon en tant que pays invité d’honneur donne également une dimension particulière à cette édition. Le pays a engagé une politique visant à renforcer la transformation locale de son manganèse, avec une échéance annoncée à l’horizon 2029. Cette expérience ouvre des perspectives d’échanges très concrètes autour de la transformation des minerais, de l’énergie, des infrastructures, des technologies, du financement et des compétences.
Pour le Maroc, l’enjeu est de mieux connecter les potentialités du secteur minier aux écosystèmes industriels et aux infrastructures développés dans le Royaume. Les avancées en matière d’énergies renouvelables et d’hydrogène vert, ainsi que le développement de grandes infrastructures portuaires et logistiques, comme Nador West Med, renforcent progressivement cet environnement industriel. Pour la FDIM, cette dynamique crée des conditions favorables au développement de chaînes de valeur plus intégrées, à davantage de transformation et à la création de valeur au Maroc. L’IMC doit ainsi contribuer à créer des passerelles entre les acteurs miniers, industriels, technologiques et financiers, afin de favoriser l’émergence de projets et de renforcer les coopérations à l’échelle africaine.
L’IMC Morocco 2026 place la transformation des minerais critiques et stratégiques au cœur de ses débats. Pourquoi ce changement d’échelle est-il devenu nécessaire pour l’Afrique ?
La question ne porte plus uniquement sur les ressources dont dispose l’Afrique, mais sur la valeur qu’elle peut créer à partir de ces ressources. L’Afrique dispose d’importantes ressources en minerais essentiels aux nouvelles technologies et à la transition énergétique. Pourtant, une part importante de la transformation et de la valeur ajoutée associée à ces ressources est encore réalisée en dehors du continent. L’enjeu est donc de renforcer progressivement les capacités africaines de transformation et d’intégrer davantage les activités minières aux écosystèmes industriels du continent. La transition énergétique, le développement des infrastructures électriques et la croissance des technologies numériques renforcent cet enjeu. Les minerais interviennent désormais dans des chaînes de valeur qui vont des batteries aux véhicules électriques, en passant par les réseaux électriques et les équipements numériques. La maîtrise d’une partie plus importante des étapes de transformation devient ainsi un sujet industriel majeur.
Le contexte international renforce également cette nécessité. Dans un environnement marqué par une compétition accrue pour l’accès aux ressources et par la recherche de chaînes d’approvisionnement plus résilientes, les pays africains ont intérêt à mieux sécuriser et valoriser leurs propres ressources. Cela répond aussi à un besoin qui est d’abord continental : l’électrification de l’Afrique, le développement des infrastructures et la croissance de la demande intérieure vont générer des besoins croissants en minerais et en matériaux. Il ne s’agit toutefois pas de chercher à développer toutes les étapes de chaque chaîne de valeur dans chaque pays. Les investissements nécessaires, les technologies, les besoins énergétiques et les débouchés diffèrent selon les minerais et les produits recherchés.
L’enjeu est plutôt de construire des complémentarités entre pays africains. Cela peut notamment passer par le développement de véritables «corridors de transformation», organisés autour de hubs industriels et logistiques sous-régionaux, permettant de rapprocher les ressources, les infrastructures, les capacités industrielles, les compétences et les marchés. Cette approche permettrait d’éviter la duplication des investissements tout en favorisant une meilleure répartition des différentes étapes de transformation entre les pays. C’est en organisant ces complémentarités et en développant des chaînes de valeur régionales que l’Afrique pourra progressivement renforcer sa place dans les chaînes de valeur mondiales, tout en répondant davantage à ses propres besoins de développement.
Le contexte international renforce également cette nécessité. Dans un environnement marqué par une compétition accrue pour l’accès aux ressources et par la recherche de chaînes d’approvisionnement plus résilientes, les pays africains ont intérêt à mieux sécuriser et valoriser leurs propres ressources. Cela répond aussi à un besoin qui est d’abord continental : l’électrification de l’Afrique, le développement des infrastructures et la croissance de la demande intérieure vont générer des besoins croissants en minerais et en matériaux. Il ne s’agit toutefois pas de chercher à développer toutes les étapes de chaque chaîne de valeur dans chaque pays. Les investissements nécessaires, les technologies, les besoins énergétiques et les débouchés diffèrent selon les minerais et les produits recherchés.
L’enjeu est plutôt de construire des complémentarités entre pays africains. Cela peut notamment passer par le développement de véritables «corridors de transformation», organisés autour de hubs industriels et logistiques sous-régionaux, permettant de rapprocher les ressources, les infrastructures, les capacités industrielles, les compétences et les marchés. Cette approche permettrait d’éviter la duplication des investissements tout en favorisant une meilleure répartition des différentes étapes de transformation entre les pays. C’est en organisant ces complémentarités et en développant des chaînes de valeur régionales que l’Afrique pourra progressivement renforcer sa place dans les chaînes de valeur mondiales, tout en répondant davantage à ses propres besoins de développement.
L’Afrique dispose d’une part importante des ressources minières mondiales, mais une grande partie de la transformation s’effectue encore hors du continent. Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui de capter davantage de valeur localement ?
Le principal enjeu est de réunir les conditions économiques et industrielles nécessaires à la viabilité des projets de transformation. Une mine compétitive ne garantit pas automatiquement la rentabilité d’une unité de raffinage ou de transformation implantée à proximité. Ces installations nécessitent des investissements importants, une énergie disponible à un coût compétitif, de l’eau, des infrastructures adaptées, des technologies maîtrisées, des compétences et des débouchés commerciaux suffisamment sécurisés. La question énergétique est donc déterminante. Pour le Maroc, le développement des énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne, constitue un atout important pour accompagner une industrie plus compétitive et moins carbonée. À terme, le développement de l’hydrogène vert peut également ouvrir de nouvelles perspectives pour les industries fortement consommatrices d’énergie.
Cette dimension environnementale devient d’ailleurs un facteur croissant de compétitivité sur les marchés internationaux. Les entreprises doivent désormais être en mesure de mieux maîtriser et documenter l’empreinte carbone de leurs productions. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, le MACF ou CBAM, illustre cette évolution pour les secteurs concernés. La capacité à produire avec une empreinte carbone maîtrisée devient donc progressivement un élément de compétitivité et d’accès aux marchés. Il faut également raisonner minerai par minerai. La transformation du cuivre, la production de matériaux pour batteries ou la fabrication de produits chimiques à partir de ressources minérales répondent à des contraintes techniques et économiques différentes. Il n’existe pas de modèle unique de transformation applicable à tous les minerais.
Un autre enjeu essentiel est celui des compétences. Le développement de nouvelles activités de transformation nécessite de disposer d’ingénieurs, de techniciens et de profils spécialisés capables de maîtriser les procédés minéralurgiques, métallurgiques et chimiques, mais aussi les nouvelles technologies et les exigences environnementales. Cela suppose également de renforcer la recherche et développement appliquée, en rapprochant davantage les laboratoires, les universités et les entreprises. Le Maroc dispose déjà d’écosystèmes qui vont dans ce sens. Le Geology and Sustainable Mining Institute de l’UM6P, par exemple, développe des travaux sur les minerais critiques et stratégiques, le traitement des minerais, la géométallurgie et les procédés de transformation plus durables. Le Maroc dispose par ailleurs d’une expérience significative dans la valorisation industrielle des phosphates et de leurs dérivés. Cette expérience montre l’intérêt de développer progressivement des activités de transformation lorsque les conditions industrielles, technologiques et commerciales sont réunies.
Enfin, le financement constitue un autre facteur essentiel. Pour une banque ou un investisseur, la visibilité sur les approvisionnements, la technologie utilisée, les coûts de production, l’empreinte environnementale et les débouchés commerciaux est déterminante. La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si nous pouvons transformer nos ressources, mais si nous pouvons le faire dans des conditions compétitives, durables et compatibles avec les exigences croissantes des marchés internationaux.
Cette dimension environnementale devient d’ailleurs un facteur croissant de compétitivité sur les marchés internationaux. Les entreprises doivent désormais être en mesure de mieux maîtriser et documenter l’empreinte carbone de leurs productions. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, le MACF ou CBAM, illustre cette évolution pour les secteurs concernés. La capacité à produire avec une empreinte carbone maîtrisée devient donc progressivement un élément de compétitivité et d’accès aux marchés. Il faut également raisonner minerai par minerai. La transformation du cuivre, la production de matériaux pour batteries ou la fabrication de produits chimiques à partir de ressources minérales répondent à des contraintes techniques et économiques différentes. Il n’existe pas de modèle unique de transformation applicable à tous les minerais.
Un autre enjeu essentiel est celui des compétences. Le développement de nouvelles activités de transformation nécessite de disposer d’ingénieurs, de techniciens et de profils spécialisés capables de maîtriser les procédés minéralurgiques, métallurgiques et chimiques, mais aussi les nouvelles technologies et les exigences environnementales. Cela suppose également de renforcer la recherche et développement appliquée, en rapprochant davantage les laboratoires, les universités et les entreprises. Le Maroc dispose déjà d’écosystèmes qui vont dans ce sens. Le Geology and Sustainable Mining Institute de l’UM6P, par exemple, développe des travaux sur les minerais critiques et stratégiques, le traitement des minerais, la géométallurgie et les procédés de transformation plus durables. Le Maroc dispose par ailleurs d’une expérience significative dans la valorisation industrielle des phosphates et de leurs dérivés. Cette expérience montre l’intérêt de développer progressivement des activités de transformation lorsque les conditions industrielles, technologiques et commerciales sont réunies.
Enfin, le financement constitue un autre facteur essentiel. Pour une banque ou un investisseur, la visibilité sur les approvisionnements, la technologie utilisée, les coûts de production, l’empreinte environnementale et les débouchés commerciaux est déterminante. La véritable question n’est donc pas seulement de savoir si nous pouvons transformer nos ressources, mais si nous pouvons le faire dans des conditions compétitives, durables et compatibles avec les exigences croissantes des marchés internationaux.
Quelles sont, selon vous, les conditions nécessaires pour faire émerger en Afrique de véritables chaînes de valeur intégrées, de l’extraction jusqu’à la transformation industrielle ?
Il faut d’abord raisonner à l’échelle des complémentarités africaines, plutôt que de considérer chaque chaîne de valeur dans un cadre strictement national. La première étape consiste à mieux connaître les ressources disponibles, mais aussi les capacités industrielles existantes, les infrastructures, les ressources énergétiques et les compétences présentes dans chaque pays. À partir de cette cartographie, il devient possible d’identifier les étapes de transformation qui peuvent être développées dans les conditions économiques et industrielles les plus favorables. Un minerai peut ainsi être extrait dans un pays, faire l’objet d’une première transformation sur place, puis être acheminé vers un autre pays disposant des capacités énergétiques, chimiques ou industrielles nécessaires aux étapes suivantes. Cette organisation permettrait de mutualiser certains investissements, de développer des complémentarités entre pays et de renforcer la compétitivité de l’ensemble de la chaîne.
Pour que cette logique fonctionne, il faut toutefois créer un environnement réglementaire et fiscal plus lisible et plus prévisible. Une meilleure convergence des cadres miniers, ainsi qu’une plus grande cohérence des régimes fiscaux, pourraient faciliter les investissements transfrontaliers et donner davantage de visibilité aux opérateurs qui souhaitent engager des activités de transformation sur le continent. Cette convergence constitue d’ailleurs un enjeu régulièrement mis en avant dans les réflexions africaines sur l’intégration et la valorisation des ressources minières.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constitue également un levier important. Elle peut faciliter les échanges de minerais, de produits intermédiaires et de produits transformés entre pays africains et favoriser la constitution de chaînes de valeur régionales. À condition de respecter les règles d’origine et les dispositions tarifaires applicables, le cadre de la ZLECAf peut offrir un traitement préférentiel pour les échanges entre États parties. C’est particulièrement important pour les chaînes de valeur minières : il faut pouvoir acheminer une ressource ou un produit intermédiaire vers le centre industriel ou de raffinage le plus pertinent, sans que les frontières et les coûts commerciaux ne viennent annuler les avantages économiques de cette spécialisation régionale. L’Union africaine a d’ailleurs inscrit cette ambition dans sa Stratégie africaine des minerais verts, qui met l’accent sur la valorisation des ressources, l’industrialisation régionale et la construction de chaînes de valeur intégrées.
Mais ces complémentarités ne peuvent se concrétiser sans une préparation rigoureuse des projets. Il faut sécuriser les approvisionnements, disposer de partenaires technologiques capables de maîtriser les procédés industriels, garantir l’accès à une énergie compétitive, développer les infrastructures nécessaires et identifier des marchés pour les produits qui seront fabriqués. Il faut également veiller à ce que les investissements réalisés dans un pays puissent s’inscrire dans une logique régionale plus large. L’objectif n’est pas que chaque pays cherche à reproduire l’ensemble de la chaîne de valeur, mais que chaque territoire puisse développer les maillons pour lesquels il dispose des meilleurs atouts. La FDIM peut contribuer à cette dynamique en facilitant le dialogue entre les opérateurs, les pouvoirs publics, les investisseurs et les partenaires industriels, afin de faire émerger des projets répondant aux besoins réels du secteur et favorisant davantage de valeur ajoutée sur le continent.
Pour que cette logique fonctionne, il faut toutefois créer un environnement réglementaire et fiscal plus lisible et plus prévisible. Une meilleure convergence des cadres miniers, ainsi qu’une plus grande cohérence des régimes fiscaux, pourraient faciliter les investissements transfrontaliers et donner davantage de visibilité aux opérateurs qui souhaitent engager des activités de transformation sur le continent. Cette convergence constitue d’ailleurs un enjeu régulièrement mis en avant dans les réflexions africaines sur l’intégration et la valorisation des ressources minières.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) constitue également un levier important. Elle peut faciliter les échanges de minerais, de produits intermédiaires et de produits transformés entre pays africains et favoriser la constitution de chaînes de valeur régionales. À condition de respecter les règles d’origine et les dispositions tarifaires applicables, le cadre de la ZLECAf peut offrir un traitement préférentiel pour les échanges entre États parties. C’est particulièrement important pour les chaînes de valeur minières : il faut pouvoir acheminer une ressource ou un produit intermédiaire vers le centre industriel ou de raffinage le plus pertinent, sans que les frontières et les coûts commerciaux ne viennent annuler les avantages économiques de cette spécialisation régionale. L’Union africaine a d’ailleurs inscrit cette ambition dans sa Stratégie africaine des minerais verts, qui met l’accent sur la valorisation des ressources, l’industrialisation régionale et la construction de chaînes de valeur intégrées.
Mais ces complémentarités ne peuvent se concrétiser sans une préparation rigoureuse des projets. Il faut sécuriser les approvisionnements, disposer de partenaires technologiques capables de maîtriser les procédés industriels, garantir l’accès à une énergie compétitive, développer les infrastructures nécessaires et identifier des marchés pour les produits qui seront fabriqués. Il faut également veiller à ce que les investissements réalisés dans un pays puissent s’inscrire dans une logique régionale plus large. L’objectif n’est pas que chaque pays cherche à reproduire l’ensemble de la chaîne de valeur, mais que chaque territoire puisse développer les maillons pour lesquels il dispose des meilleurs atouts. La FDIM peut contribuer à cette dynamique en facilitant le dialogue entre les opérateurs, les pouvoirs publics, les investisseurs et les partenaires industriels, afin de faire émerger des projets répondant aux besoins réels du secteur et favorisant davantage de valeur ajoutée sur le continent.
Quelle place le Maroc peut-il occuper dans les chaînes de valeur africaines des minerais critiques, au-delà de son propre potentiel minier ?
Le rôle du Maroc ne doit pas être apprécié uniquement à partir des ressources présentes dans son sous-sol. Il faut également tenir compte des compétences industrielles, des infrastructures, des capacités énergétiques et logistiques ainsi que des écosystèmes industriels développés dans le Royaume. Le Maroc dispose d’une expérience reconnue dans la transformation chimique des phosphates, mais aussi d’écosystèmes industriels dans l’automobile, l’aéronautique et les activités de sous-traitance. Cette base industrielle constitue un atout pour développer de nouvelles activités liées aux minerais critiques et aux matériaux nécessaires aux technologies de la transition énergétique. Des projets récents illustrent cette évolution. À Jorf Lasfar, COBCO, issu d’un partenariat entre AL MADA et CNGR Advanced Materials, a mis en service ses premières lignes de production de précurseurs de matériaux actifs pour cathodes NMC. Le projet prévoit également le développement de capacités dans les matériaux LFP, le raffinage de métaux critiques et le recyclage de black mass.
D’autres projets d’envergure, notamment le projet de gigafactory porté par Gotion à Kénitra, témoignent également de l’évolution de l’écosystème marocain des batteries et de son intégration progressive dans les chaînes de valeur de la mobilité électrique. Ce projet prévoit notamment des capacités de production de batteries LFP et de matériaux pour cathodes, avec un développement par phases. Cette évolution ouvre des perspectives pour renforcer les liens entre le Maroc et les autres économies africaines. À terme, l’enjeu est de pouvoir valoriser davantage les ressources disponibles sur le continent, notamment le cobalt, le manganèse ou le lithium, en développant au Maroc certaines étapes de raffinage, de transformation et de production de matériaux intermédiaires lorsque les conditions économiques, technologiques et commerciales sont réunies.
L’intérêt du modèle marocain réside aussi dans sa capacité à attirer des partenaires industriels et technologiques de premier plan. Le partenariat entre AL MADA et CNGR en est une illustration : il associe un investisseur panafricain à un acteur mondial spécialisé dans les matériaux pour batteries et permet de mobiliser des technologies et des savoir-faire industriels avancés au Maroc. Cette capacité d’attraction peut avoir une portée qui dépasse le seul marché marocain. Elle peut contribuer à l’émergence de compétences locales, au développement de fournisseurs et de sous-traitants, à la formation de talents et, plus largement, au transfert progressif de technologies et de savoir-faire vers les écosystèmes africains.
Le Maroc peut ainsi jouer un rôle de plateforme industrielle et technologique au sein de chaînes de valeur africaines plus intégrées, en s’appuyant sur ses compétences chimiques, ses infrastructures, ses connexions logistiques et commerciales et son expérience industrielle. L’objectif n’est pas de concentrer toutes les activités de transformation dans un seul pays, mais de construire des complémentarités. Le Maroc peut apporter certaines capacités industrielles et technologiques, tandis que d’autres pays africains disposent de ressources minières et d’autres atouts qui peuvent trouver leur place dans ces chaînes de valeur régionales. C’est cette logique de partenariat, de complémentarité et de transfert de savoir-faire qui peut permettre à l’Afrique de capter davantage de valeur à partir de ses propres ressources et de construire progressivement une industrie des minerais critiques compétitive à l’échelle internationale.
D’autres projets d’envergure, notamment le projet de gigafactory porté par Gotion à Kénitra, témoignent également de l’évolution de l’écosystème marocain des batteries et de son intégration progressive dans les chaînes de valeur de la mobilité électrique. Ce projet prévoit notamment des capacités de production de batteries LFP et de matériaux pour cathodes, avec un développement par phases. Cette évolution ouvre des perspectives pour renforcer les liens entre le Maroc et les autres économies africaines. À terme, l’enjeu est de pouvoir valoriser davantage les ressources disponibles sur le continent, notamment le cobalt, le manganèse ou le lithium, en développant au Maroc certaines étapes de raffinage, de transformation et de production de matériaux intermédiaires lorsque les conditions économiques, technologiques et commerciales sont réunies.
L’intérêt du modèle marocain réside aussi dans sa capacité à attirer des partenaires industriels et technologiques de premier plan. Le partenariat entre AL MADA et CNGR en est une illustration : il associe un investisseur panafricain à un acteur mondial spécialisé dans les matériaux pour batteries et permet de mobiliser des technologies et des savoir-faire industriels avancés au Maroc. Cette capacité d’attraction peut avoir une portée qui dépasse le seul marché marocain. Elle peut contribuer à l’émergence de compétences locales, au développement de fournisseurs et de sous-traitants, à la formation de talents et, plus largement, au transfert progressif de technologies et de savoir-faire vers les écosystèmes africains.
Le Maroc peut ainsi jouer un rôle de plateforme industrielle et technologique au sein de chaînes de valeur africaines plus intégrées, en s’appuyant sur ses compétences chimiques, ses infrastructures, ses connexions logistiques et commerciales et son expérience industrielle. L’objectif n’est pas de concentrer toutes les activités de transformation dans un seul pays, mais de construire des complémentarités. Le Maroc peut apporter certaines capacités industrielles et technologiques, tandis que d’autres pays africains disposent de ressources minières et d’autres atouts qui peuvent trouver leur place dans ces chaînes de valeur régionales. C’est cette logique de partenariat, de complémentarité et de transfert de savoir-faire qui peut permettre à l’Afrique de capter davantage de valeur à partir de ses propres ressources et de construire progressivement une industrie des minerais critiques compétitive à l’échelle internationale.
Le positionnement du Maroc comme plateforme industrielle et logistique entre l’Afrique, l’Europe et les marchés internationaux peut-il favoriser l’émergence d’un hub africain de transformation minière ?
Le Maroc dispose de plusieurs atouts pour contribuer au développement de plateformes industrielles dédiées à la transformation minérale. Mais il faut distinguer une plateforme logistique, qui facilite la circulation des marchandises, d’un véritable hub industriel, qui transforme les matières premières et produit des biens à plus forte valeur ajoutée. Sur le plan logistique, le Royaume bénéficie d’un réseau portuaire qui le connecte directement aux grandes routes maritimes internationales. Tanger Med constitue aujourd’hui une plateforme majeure de transbordement et de connexion avec l’Europe, l’Afrique et les autres grands marchés mondiaux. À terme, Nador West Med viendra renforcer cette connectivité sur la façade méditerranéenne, tandis que le port de Jorf Lasfar joue déjà un rôle important au service des activités industrielles de la région. Ces infrastructures peuvent constituer des portes d’entrée et de sortie stratégiques pour des chaînes de valeur industrielles plus intégrées.
Mais la logistique ne suffit pas. Pour développer un véritable hub de transformation minière, plusieurs conditions doivent être réunies : un approvisionnement sécurisé, une énergie compétitive, des infrastructures adaptées, une maîtrise technologique, des financements, des compétences et des débouchés industriels. Le Maroc dispose également d’un écosystème industriel capable de fournir une partie des intrants et des services nécessaires à des activités de transformation complexes. La disponibilité d’acides et de réactifs chimiques, ainsi que d’équipements et de services industriels développés par des entreprises et des sous-traitants marocains, constitue un atout pour accompagner des procédés de raffinage et de transformation, notamment dans l’hydrométallurgie et, lorsque les conditions techniques le justifient, la pyrométallurgie.
Le développement de l’écosystème des batteries constitue, à cet égard, une illustration intéressante. Après le lancement des premières lignes industrielles de COBCO à Jorf Lasfar, le projet de gigafactory porté par Gotion à Kénitra vient renforcer les perspectives de développement d’une chaîne de valeur allant des matériaux pour batteries jusqu’à la production de cellules et de batteries. Ces projets illustrent les possibilités de rapprochement entre transformation minérale, production de matériaux, logistique et industrie aval. Leur développement effectif dépend naturellement de la réalisation des investissements prévus, de la compétitivité des projets et de leur intégration progressive dans les chaînes de valeur internationales.
Le Maroc n’a pas vocation à transformer tous les minerais africains. Il peut en revanche identifier les activités pour lesquelles ses infrastructures, ses compétences, son tissu industriel, son accès aux marchés et ses capacités logistiques permettent de développer des projets compétitifs, en complémentarité avec les autres pays du continent. L’enjeu est donc moins de construire un hub unique que de contribuer à un réseau de plateformes industrielles et logistiques complémentaires à l’échelle africaine. Dans cette perspective, le Maroc peut jouer un rôle de connexion entre les ressources du continent, les capacités de transformation, les marchés africains et les grands marchés internationaux.
Mais la logistique ne suffit pas. Pour développer un véritable hub de transformation minière, plusieurs conditions doivent être réunies : un approvisionnement sécurisé, une énergie compétitive, des infrastructures adaptées, une maîtrise technologique, des financements, des compétences et des débouchés industriels. Le Maroc dispose également d’un écosystème industriel capable de fournir une partie des intrants et des services nécessaires à des activités de transformation complexes. La disponibilité d’acides et de réactifs chimiques, ainsi que d’équipements et de services industriels développés par des entreprises et des sous-traitants marocains, constitue un atout pour accompagner des procédés de raffinage et de transformation, notamment dans l’hydrométallurgie et, lorsque les conditions techniques le justifient, la pyrométallurgie.
Le développement de l’écosystème des batteries constitue, à cet égard, une illustration intéressante. Après le lancement des premières lignes industrielles de COBCO à Jorf Lasfar, le projet de gigafactory porté par Gotion à Kénitra vient renforcer les perspectives de développement d’une chaîne de valeur allant des matériaux pour batteries jusqu’à la production de cellules et de batteries. Ces projets illustrent les possibilités de rapprochement entre transformation minérale, production de matériaux, logistique et industrie aval. Leur développement effectif dépend naturellement de la réalisation des investissements prévus, de la compétitivité des projets et de leur intégration progressive dans les chaînes de valeur internationales.
Le Maroc n’a pas vocation à transformer tous les minerais africains. Il peut en revanche identifier les activités pour lesquelles ses infrastructures, ses compétences, son tissu industriel, son accès aux marchés et ses capacités logistiques permettent de développer des projets compétitifs, en complémentarité avec les autres pays du continent. L’enjeu est donc moins de construire un hub unique que de contribuer à un réseau de plateformes industrielles et logistiques complémentaires à l’échelle africaine. Dans cette perspective, le Maroc peut jouer un rôle de connexion entre les ressources du continent, les capacités de transformation, les marchés africains et les grands marchés internationaux.
Quels partenariats industriels et technologiques seraient aujourd’hui prioritaires pour permettre au Maroc et aux autres pays africains de franchir un nouveau cap dans la transformation minérale ?
Les partenariats doivent aujourd’hui aller au-delà de la seule relation entre un producteur de minerai et un acheteur. Pour développer des activités de transformation compétitives, il est important d’associer les détenteurs de ressources à des partenaires qui apportent des technologies, des compétences industrielles, des capacités d’investissement et un accès aux marchés. Mais il faut également regarder de plus en plus attentivement les technologies qui permettront de répondre aux nouveaux enjeux de l’industrie minière : recyclage des batteries et récupération des métaux, procédés de raffinage à haute pureté, technologies d’extraction plus sobres en énergie et en eau, ou encore procédés permettant de réduire l’empreinte environnementale des opérations. Le projet COBCO à Jorf Lasfar constitue un exemple intéressant de cette approche. Il repose sur un partenariat entre AL MADA et CNGR pour développer une plateforme industrielle dédiée notamment aux matériaux pour batteries. Il illustre la possibilité d’associer des capacités d’investissement, des technologies et des savoir-faire industriels autour d’un projet de transformation implanté au Maroc.
Cette logique doit également s’accompagner d’un effort en faveur des entreprises africaines qui interviennent autour du secteur minier. L’Afrique ne doit pas seulement attirer les grands investisseurs internationaux ; elle doit aussi faire émerger et renforcer ses propres champions dans les services miniers, l’ingénierie, la maintenance, les équipements, les technologies et la fourniture industrielle. C’est un enjeu important pour le Maroc. Le développement de projets industriels de grande taille doit pouvoir irriguer progressivement le tissu des PME et TPE nationales, en créant des opportunités pour les fournisseurs locaux, les sous-traitants et les entreprises de services. Cela suppose de renforcer leurs capacités techniques, leurs standards de qualité et leur accès aux marchés. Cette question fait d’ailleurs partie des sujets importants abordés dans le cadre de l’IMC Morocco 2026 : comment faire en sorte que le développement du secteur minier bénéficie également à tout un écosystème d’entreprises et de compétences autour des opérateurs ?
Cette logique doit également s’accompagner d’un effort en faveur des entreprises africaines qui interviennent autour du secteur minier. L’Afrique ne doit pas seulement attirer les grands investisseurs internationaux ; elle doit aussi faire émerger et renforcer ses propres champions dans les services miniers, l’ingénierie, la maintenance, les équipements, les technologies et la fourniture industrielle. C’est un enjeu important pour le Maroc. Le développement de projets industriels de grande taille doit pouvoir irriguer progressivement le tissu des PME et TPE nationales, en créant des opportunités pour les fournisseurs locaux, les sous-traitants et les entreprises de services. Cela suppose de renforcer leurs capacités techniques, leurs standards de qualité et leur accès aux marchés. Cette question fait d’ailleurs partie des sujets importants abordés dans le cadre de l’IMC Morocco 2026 : comment faire en sorte que le développement du secteur minier bénéficie également à tout un écosystème d’entreprises et de compétences autour des opérateurs ?
La même logique peut être développée à l’échelle africaine. Les complémentarités entre ressources minières, capacités énergétiques, infrastructures, technologies et marchés peuvent permettre de construire des projets qui seraient plus difficiles à développer isolément. Pour la FDIM, l’enjeu est donc de favoriser des partenariats qui combinent technologie, investissement, compétences et accès au marché, tout en créant davantage de valeur localement. La technologie et l’approvisionnement doivent être envisagés ensemble, mais aussi avec la formation, la recherche et le développement d’un tissu industriel africain capable d’accompagner durablement la transformation du secteur.
La sécurisation des approvisionnements en minerais critiques est devenue un enjeu géopolitique majeur. Comment l’industrie minière marocaine aborde-t-elle ce défi ?
La sécurisation des approvisionnements est devenue un enjeu majeur pour les industries qui dépendent des minerais critiques. Les chaînes de valeur restent fortement concentrées sur un nombre limité de pays pour plusieurs activités de raffinage et de transformation. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la part moyenne du premier pays raffineur pour les principaux minerais énergétiques a atteint 72% en 2025, hors terres rares. Cette concentration montre à quel point la diversification des sources d’approvisionnement et le renforcement de la résilience des chaînes industrielles sont devenus stratégiques.
Pour les opérateurs, cela passe notamment par une meilleure connaissance des ressources, la recherche de partenaires fiables, la visibilité sur les besoins à long terme et le développement de relations industrielles durables. Le Maroc peut contribuer à cette dynamique en renforçant ses liens avec les producteurs africains et en développant, lorsque les conditions économiques et industrielles sont réunies, des activités de transformation adaptées à ses compétences et à ses infrastructures.
La traçabilité devient également un élément essentiel de cette sécurisation. Il ne suffit plus de connaître l’origine d’un minerai : il faut pouvoir documenter son parcours, ses conditions de production et, de plus en plus, certaines caractéristiques environnementales. Le développement d’outils numériques, notamment la digitalisation des données et, lorsque cela est pertinent, les technologies de registre distribué comme la blockchain, peut contribuer à renforcer la transparence et la fiabilité des informations tout au long de la chaîne.
Le corridor OTC, consacré à l’origine, au transit et à la certification, s’inscrit dans cette logique de coopération. À terme, l’utilisation de technologies numériques pourrait contribuer à renforcer la traçabilité des minerais et à mieux répondre aux exigences croissantes des marchés internationaux en matière d’origine responsable, de transparence et de performance environnementale. Cette évolution est particulièrement importante pour l’accès aux marchés européens, où les exigences de traçabilité et d’information sur certains produits se renforcent, notamment dans la chaîne de valeur des batteries. L’Union européenne met progressivement en place des dispositifs de passeport numérique et de partage de données pour les catégories de batteries concernées, avec une entrée en application du passeport pour les catégories visées à partir du 18 février 2027.
La sécurisation des approvisionnements doit également intégrer la question de la ressource en eau. Dans un pays confronté au stress hydrique, la viabilité à long terme des activités minières et industrielles passe par une utilisation plus efficiente de l’eau et par le recours croissant aux ressources non conventionnelles. Le développement du dessalement et la réutilisation des eaux usées traitées constituent à cet égard des solutions concrètes déjà déployées dans l’industrie minière marocaine. L’expérience du Groupe OCP est particulièrement illustrative : le groupe a notamment mis en service le pipeline Jorf Lasfar–Khouribga pour acheminer de l’eau dessalée vers le bassin minier et utilise également des eaux usées traitées dans certaines de ses opérations minières. Ces dispositifs illustrent l’importance croissante des ressources en eau non conventionnelles dans la continuité et la durabilité des activités industrielles.
Enfin, la sécurisation des approvisionnements ne peut être dissociée de l’impact des projets sur les territoires. La performance d’un projet minier se mesure aussi à sa capacité à créer des emplois, à développer les compétences, à faire travailler les entreprises locales et à contribuer au développement des communautés qui l’entourent. La véritable résilience des chaînes d’approvisionnement repose donc sur plusieurs dimensions à la fois : la diversification des sources, la traçabilité, la performance environnementale, la maîtrise de l’eau, mais aussi la création de valeur et l’intégration locale. C’est cette approche globale qui peut permettre de construire des chaînes minières plus résilientes, responsables et durables en Afrique.
La sécurisation des approvisionnements est devenue un enjeu majeur pour les industries qui dépendent des minerais critiques. Les chaînes de valeur restent fortement concentrées sur un nombre limité de pays pour plusieurs activités de raffinage et de transformation. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la part moyenne du premier pays raffineur pour les principaux minerais énergétiques a atteint 72% en 2025, hors terres rares. Cette concentration montre à quel point la diversification des sources d’approvisionnement et le renforcement de la résilience des chaînes industrielles sont devenus stratégiques.
Pour les opérateurs, cela passe notamment par une meilleure connaissance des ressources, la recherche de partenaires fiables, la visibilité sur les besoins à long terme et le développement de relations industrielles durables. Le Maroc peut contribuer à cette dynamique en renforçant ses liens avec les producteurs africains et en développant, lorsque les conditions économiques et industrielles sont réunies, des activités de transformation adaptées à ses compétences et à ses infrastructures.
La traçabilité devient également un élément essentiel de cette sécurisation. Il ne suffit plus de connaître l’origine d’un minerai : il faut pouvoir documenter son parcours, ses conditions de production et, de plus en plus, certaines caractéristiques environnementales. Le développement d’outils numériques, notamment la digitalisation des données et, lorsque cela est pertinent, les technologies de registre distribué comme la blockchain, peut contribuer à renforcer la transparence et la fiabilité des informations tout au long de la chaîne.
Le corridor OTC, consacré à l’origine, au transit et à la certification, s’inscrit dans cette logique de coopération. À terme, l’utilisation de technologies numériques pourrait contribuer à renforcer la traçabilité des minerais et à mieux répondre aux exigences croissantes des marchés internationaux en matière d’origine responsable, de transparence et de performance environnementale. Cette évolution est particulièrement importante pour l’accès aux marchés européens, où les exigences de traçabilité et d’information sur certains produits se renforcent, notamment dans la chaîne de valeur des batteries. L’Union européenne met progressivement en place des dispositifs de passeport numérique et de partage de données pour les catégories de batteries concernées, avec une entrée en application du passeport pour les catégories visées à partir du 18 février 2027.
La sécurisation des approvisionnements doit également intégrer la question de la ressource en eau. Dans un pays confronté au stress hydrique, la viabilité à long terme des activités minières et industrielles passe par une utilisation plus efficiente de l’eau et par le recours croissant aux ressources non conventionnelles. Le développement du dessalement et la réutilisation des eaux usées traitées constituent à cet égard des solutions concrètes déjà déployées dans l’industrie minière marocaine. L’expérience du Groupe OCP est particulièrement illustrative : le groupe a notamment mis en service le pipeline Jorf Lasfar–Khouribga pour acheminer de l’eau dessalée vers le bassin minier et utilise également des eaux usées traitées dans certaines de ses opérations minières. Ces dispositifs illustrent l’importance croissante des ressources en eau non conventionnelles dans la continuité et la durabilité des activités industrielles.
Enfin, la sécurisation des approvisionnements ne peut être dissociée de l’impact des projets sur les territoires. La performance d’un projet minier se mesure aussi à sa capacité à créer des emplois, à développer les compétences, à faire travailler les entreprises locales et à contribuer au développement des communautés qui l’entourent. La véritable résilience des chaînes d’approvisionnement repose donc sur plusieurs dimensions à la fois : la diversification des sources, la traçabilité, la performance environnementale, la maîtrise de l’eau, mais aussi la création de valeur et l’intégration locale. C’est cette approche globale qui peut permettre de construire des chaînes minières plus résilientes, responsables et durables en Afrique.
