La donnée d’entreprise a longtemps été regardée comme un document que l’on consulte au besoin : un bilan, un extrait, une fiche signalétique, un renseignement financier. Cette époque est en train de changer. Dans une économie plus ouverte, plus réglementée et plus exposée aux chocs, elle devient une infrastructure de confiance. On s’en sert pour accorder un crédit, choisir un fournisseur, vérifier un client, anticiper une défaillance, préparer une étude de marché ou documenter une décision de conformité.
C’est sur ce terrain qu’
Inforisk veut renforcer son rôle. Lors d’une conférence de presse organisée le 11 juin 2026 au Casablanca Hotel, l’entreprise a présenté trois solutions : Solution Groupes, Solution Conformité KYC et Solution Pilotage du poste Clients & aide au recouvrement, portée notamment par
CashXTrade. Au-delà du lancement produit, le message est plus large : Inforisk ne veut plus seulement fournir de l’information économique ; elle veut s’inscrire dans la chaîne de décision des entreprises.
Alors que l’économie marocaine demeure tiraillée entre l'attractivité des investissements étrangers et la volatilité d'un environnement mondial sous tension, la maîtrise de la donnée d'entreprise est plus qu’un avantage concurrentiel, c'est une condition de survie. C'est le constat posé par Inforisk, acteur marocain de référence de la data B2B, lors d'une conférence de presse tenue jeudi 11 juin à Casablanca. Fondée en 2007, la société couvre aujourd'hui un tissu économique de 950.000 entreprises marocaines, accompagne 2.000 clients pour plus de 6.000 utilisateurs, et donne accès, via sa filiale Inforisk Altares Africa, à une base mondiale de 600 millions de sociétés. Trois nouvelles solutions ont été dévoilées, plaçant l'intelligence artificielle au cœur d'une offre repensée de bout en bout.
De la donnée consultée à la donnée décisionnelle
Khalid Ayouch, PDG d’Inforisk, a posé le cadre en défendant une idée simple : la data économique doit être pensée comme une industrie. «Nous travaillons une matière première qui s’appelle la donnée», a-t-il expliqué. Comme toute matière première, elle doit être collectée, structurée, corrigée, fiabilisée et mise à jour avant de produire de la valeur. Ce discours résonne avec le positionnement industriel du Maroc en Afrique. Alors que le Royaume s’affirme dans l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables ou les infrastructures, Inforisk veut montrer que la montée en gamme passe aussi par une industrie locale de la donnée. La conférence a ainsi mis en avant un visage plus technologique de l’entreprise : plateformes, scores, modèles internes, automatisation et intelligence artificielle appliquée aux besoins concrets des entreprises.
Inforisk revendique aujourd’hui une base couvrant 950.000 sociétés marocaines, 2,5 millions de bilans depuis 2005, 1,45 million de dirigeants, 1,3 million d’associés, 800.000 bénéficiaires effectifs, 70.000 personnes politiquement exposées et 200.000 événements juridiques par an. L’entreprise annonce aussi 315.000 mises à jour annuelles de son score Inforisk. Ces volumes n’ont de valeur que s’ils produisent un signal utile. Dans un environnement plus volatil, incertain, complexe et ambigu, l’information vérifiée ne supprime pas le risque. Elle permet de mieux le qualifier, de l’anticiper et de décider avec davantage de discernement.
Une IA interne, contrôlée par des experts métiers
L’intelligence artificielle occupe une place importante dans cette évolution, mais Inforisk prend soin de ne pas la présenter comme une solution miracle. Son message est clair : l’IA ne vaut que par la qualité des données qui l’alimentent. L’enjeu touche aussi au modèle économique. En développant une IA interne, adaptée à ses bases propriétaires et aux spécificités du marché marocain, Inforisk cherche à passer d’une logique de consultation à une logique d’anticipation : risque de contrepartie, conformité, recouvrement, prospection ou exposition internationale.
L’entreprise insiste toutefois sur un point : l’IA ne fonctionne pas en roue libre. Les résultats produits par les modèles sont confrontés à l’analyse d’experts métiers, chargés d’en vérifier la cohérence avec les éléments financiers, juridiques, judiciaires et comportementaux disponibles. Cette supervision humaine permet de valider les signaux, de repérer les incohérences éventuelles et d’éviter qu’une décision sensible ne repose uniquement sur un output algorithmique. Dans les métiers du risque et de la conformité, un score ou une alerte doit rester explicable. C’est à cette condition que l’IA peut devenir un outil de productivité et d’anticipation sans affaiblir le jugement des analystes.
Groupes : sortir de l’analyse isolée
La première nouveauté, Solution Groupes, répond à un angle mort fréquent : l’analyse d’une société prise isolément. Inforisk indique avoir identifié 12.000 groupes au Maroc, représentant environ 100.000 sociétés. L’objectif est de reconstituer les liens capitalistiques, les têtes de groupe, les filiales et les participations directes ou indirectes. Pour une banque, cette vision consolidée permet de mesurer l’exposition réelle à un groupe. Pour une direction financière ou un credit manager, elle aide à évaluer l’encours global sur plusieurs entités liées. Pour les équipes commerciales, elle peut révéler des opportunités de développement au sein d’un même groupe. Pour la conformité, elle facilite l’identification des bénéficiaires effectifs et la détection d’éventuels conflits d’intérêts. Une entreprise peut sembler solide lorsqu’elle est regardée seule, alors que d’autres entités du même groupe présentent des fragilités. À l’inverse, une relation commerciale limitée à une filiale peut ouvrir sur un potentiel plus large si l’arborescence du groupe est bien comprise.
Conformité : de la contrainte au levier de marché
La deuxième solution, Solution Conformité KYC, s’adresse aux entreprises et professions soumises aux obligations de vigilance : banques, assurances, institutions financières, experts-comptables, notaires, avocats corporate, agents immobiliers, sociétés de domiciliation ou encore bureaux de change. Elle couvre l’identification des bénéficiaires effectifs, le screening des listes de sanctions, notamment ONU et CNASNU, les personnes politiquement exposées, ainsi que la presse négative.
Inforisk met également en avant l’accompagnement des entreprises concernées par la RAS TVA, dans le cadre de la loi de Finances 50-25. Le dispositif prévoit une entrée progressive à partir de juillet 2026 pour les entreprises réalisant au moins 500 millions de dirhams de chiffre d’affaires, puis 350 millions en 2027 et 200 millions en 2028. Avec une attestation de régularité fiscale valide, la retenue est de 75% de la TVA ; sans ARF, elle passe à 100%. La conformité devient ainsi un sujet très opérationnel. Il ne s’agit plus seulement de vérifier une information, mais de qualifier un fournisseur, d’anticiper un risque fiscal, d’éviter un faux positif ou de documenter une décision face à un régulateur, un partenaire ou un donneur d’ordre.
CashXTrade : piloter le poste clients
Troisième axe : CashXTrade, solution de pilotage du poste clients et d’aide au recouvrement. Elle combine data, automatisation et IA pour suivre les retards de paiement, segmenter les clients selon leur profil de risque, automatiser les relances et prévoir les encaissements. Le sujet est particulièrement sensible pour les PME. Selon les éléments présentés par Inforisk, le poste clients peut représenter 30 à 50% du total bilan d’une PME, tandis que 90% des entreprises ne relancent pas tous leurs clients faute de temps.
La promesse est à la fois financière et organisationnelle : réduire les retards, améliorer le DSO, éviter les relances inutiles et donner aux équipes de recouvrement une vision consolidée du portefeuille client. Inforisk cite des benchmarks internationaux évoquant une baisse des retards moyens et une productivité accrue, des références à lire comme des ordres de grandeur de marché plutôt que comme des gains automatiquement garantis.
Un ancrage local, une profondeur mondiale
Inforisk appuie son positionnement sur un double ancrage : une base marocaine profonde et une ouverture internationale via Inforisk Altares Africa, filiale commune avec Altares Dun & Bradstreet. Le réseau Dun & Bradstreet couvre 220 pays, 600 millions d’entreprises, 10 milliards de données, 394 millions de bénéficiaires effectifs et 1,5 milliard d’expériences de paiement par an. Pour les entreprises marocaines, l’enjeu est double : mieux évaluer les partenaires étrangers, mais aussi être plus lisibles auprès des donneurs d’ordre et investisseurs internationaux. Le D-U-N-S Number, identifiant mondial des entreprises, s’inscrit dans cette logique de visibilité et de reconnaissance dans les chaînes d’approvisionnement internationales, sans se substituer à une analyse complète de solvabilité.
Les bilans, angle mort de la transparence
La conférence a aussi mis en lumière une fragilité plus structurelle : le non-dépôt ou le retard de dépôt des bilans par certaines entreprises. Ce n’est pas seulement une question administrative. Des bilans régulièrement déposés conditionnent la qualité des études de marché, la lisibilité des secteurs, la décision d’investissement et la transparence dans les marchés publics. Pour les donneurs d’ordre, les investisseurs ou les cabinets de conseil, des bilans à jour permettent de mieux évaluer la capacité réelle d’une entreprise, son positionnement sectoriel, ses immobilisations ou sa solidité financière. Pour le fisc, ces manquements représentent aussi un potentiel significatif de mise en conformité et de recettes associées. Sans se substituer à l’autorité publique, les données d’Inforisk contribuent à rendre plus visibles ces zones d’ombre du tissu économique, utiles à la fois pour l’investissement, les études de marché et la transparence des marchés publics.
Naviguer dans un monde VUCA
Au fond, les solutions présentées par Inforisk répondent à un monde économique plus instable, traversé par des disruptions technologiques, des tensions géopolitiques, des exigences de conformité, des risques de contrepartie et des rebondissements sectoriels. Dans ce contexte VUCA, la donnée devient un instrument de navigation.
La conférence du 11 juin marque ainsi une étape dans la trajectoire d’Inforisk. L’entreprise ne veut plus seulement vendre de l’information économique ; elle cherche à s’inscrire dans la chaîne de décision des entreprises. Ce positionnement est cohérent avec les transformations du marché marocain. Il sera désormais jugé sur sa capacité à transformer la donnée en décisions plus robustes, sans céder à l’illusion que la technologie peut, à elle seule, corriger toutes les fragilités de l’écosystème informationnel.
Inforisk en chiffres
Réseau Dun & Bradstreet