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Inforisk veut accompagner les entreprises marocaines à gagner la bataille de la data

Alors que l’économie marocaine demeure tiraillée entre l'attractivité des investissements étrangers et la volatilité d'un environnement mondial sous tension, la maîtrise de la donnée d'entreprise est plus qu’un avantage concurrentiel, c'est une condition de survie. C'est le constat posé par Inforisk, acteur marocain de référence de la data B2B, lors d'une conférence de presse tenue jeudi 11 juin à Casablanca. Fondée en 2007, la société couvre aujourd'hui un tissu économique de 950.000 entreprises marocaines, accompagne 2.000 clients pour plus de 6.000 utilisateurs, et donne accès, via sa filiale Inforisk Altares Africa, à une base mondiale de 600 millions de sociétés. Trois nouvelles solutions ont été dévoilées, plaçant l'intelligence artificielle au cœur d'une offre repensée de bout en bout.

Une entreprise peut se retrouver en difficulté non pas parce que son produit est mauvais, mais parce qu'elle a choisi le mauvais client, le mauvais fournisseur ou le mauvais partenaire. C'est par cette formule que Khalid Ayouch, président-directeur général d'Inforisk, a ouvert les débats de la conférence de presse tenue jeudi 11 juin à Casablanca, posant d'emblée la philosophie de sa société qui se définit avant tout comme un opérateur de confiance au service des décisions interentreprises.

La donnée, une industrie à part entière

Le propos dépasse largement le registre du service ou du conseil. «À l'instar de l'aéronautique ou de l'automobile, le Maroc doit s'imposer dans l'industrie de la data», a affirmé Khalid Ayouch, qui voit dans la donnée une matière première devant être fournie de manière régulière et qualitative pour alimenter des algorithmes et des logiciels qu'il assimile à de véritables «usines de production». Une ambition d'autant plus vitale que le Maroc traverse, selon lui, un «momentum» singulier, porté par la transformation numérique et une dynamique de croissance économique qui impose aux entreprises une gestion optimale du risque de contrepartie.



Ce positionnement repose sur un socle chiffré dont Amine Diouri, directeur produits, marketing stratégique et communication, a déroulé la mécanique avec précision : 950.000 sociétés répertoriées, un historique de 2,5 millions de bilans compilés depuis 2005, 200.000 événements juridiques traités chaque année, et la confiance de 60% du top 1.000 des entreprises marocaines, incluant banques, assurances et grandes institutions. «La donnée doit répondre à quatre impératifs : le volume, la fraîcheur, la fiabilité et la structure. Inforisk est la locomotive de cette industrie au Maroc depuis 20 ans», a-t-il résumé.

Voir les groupes, pas seulement les entités

La première des trois solutions présentées change radicalement l’approche d'analyse. Baptisée «Data Groupe», elle permet d'avoir une vision non plus unitaire d'une entreprise, mais une vision consolidée de l'ensemble du groupe auquel elle appartient, un périmètre de plus de 12.000 groupes économiques identifiés au Maroc, grâce à un travail fin de recoupement des données d'associés.

L'enjeu est triple, selon Amine Diouri : en matière de gestion des risques, une entreprise peut paraître saine individuellement tout en étant fragilisée par l'endettement massif d'autres entités de son groupe. En crédit management, il s'agit d'appréhender l'encours global sur l'ensemble des filiales. En développement commercial enfin, la donnée groupe permet d'identifier, à partir d'une relation existante avec une filiale, les autres entités du même groupe susceptibles d'être démarchées. Khalid Ayouch a formulé cette idée autrement mais avec plus de clarté : «Dans un groupe, il peut y avoir de bonnes entreprises, mais aussi des entreprises moins performantes. Cette solution permet d'avoir une vision consolidée du risque de contrepartie».

Conformité, sanctions et bénéficiaires effectifs

Le durcissement réglementaire imposé par Bank Al-Maghrib, l'AMMC et l'ACAPS a donné naissance à la deuxième solution, entièrement dédiée à la conformité KYC. Elle s'appuie sur le screening en temps réel de 1.300 listes de sanctions internationales, mises à jour toutes les deux minutes, et permet d'identifier et de vérifier les bénéficiaires effectifs, définis comme les personnes détenant plus de 25% du capital d'une entreprise, parmi les 800.000 répertoriées au Maroc et les 360 millions disponibles à l'échelle mondiale.

La solution intègre également le traitement des Personnes politiquement exposées (PPE) et une analyse de la «presse négative» assistée par intelligence artificielle. Elle accompagne par ailleurs les entreprises sur les nouvelles obligations relatives à la retenue à la source TVA, en qualifiant la régularité fiscale des panels fournisseurs. «Le régulateur marocain impose de plus en plus aux entreprises de vérifier si les bénéficiaires effectifs des entités avec lesquelles elles travaillent ne figurent pas sur des listes de sanctions», a rappelé Khalid Ayouch, soulignant la dimension légale désormais incontournable de cet outil.

Recouvrement, automatisation et réduction du DSO

La troisième solution s'attaque à un problème concret mais souvent sous-estimé : l'impayé. Pour compenser une créance irrécouvrable de 100.000 dirhams avec une marge de 10%, une entreprise doit générer un million de dirhams de chiffre d'affaires supplémentaire. L'arithmétique est implacable, et c'est précisément à cette réalité que répond la plateforme de pilotage du poste clients et d'aide au recouvrement.

La solution automatise les procédures de relance selon la typologie du client – par mail ou courrier – et permet une segmentation intelligente permettant d'identifier immédiatement les contreparties devenant risquées à la suite d'un événement juridique, qu'il s'agisse d'une procédure de sauvegarde ou d'une vente aux enchères. Les résultats observés sur le terrain sont éloquents : réduction moyenne de 30% du DSO (le délai moyen de paiement) et productivité triplée pour les équipes de recouvrement. Amine Diouri y voit une rupture nette avec la culture du «tout Excel» encore trop répandue dans les entreprises marocaines.

L'intelligence artificielle, outil et non concurrent

Transversal à l'ensemble de ces solutions, le recours à l'intelligence artificielle a fait l'objet d'une mise au point de principe. «Beaucoup d'acteurs considèrent que l'IA représente presque un concurrent. Pour nous, ce n'est pas un concurrent. C'est un outil de travail qui va nous donner davantage de performance», a tranché Khalid Ayouch. L'intégration de modèles d'IA dans les scores de défaillance, de solvabilité et de comportement de paiement (tous notés de 0 à 100) a permis d'améliorer leurs performances de 10 à 15 points par rapport aux modèles traditionnels. Une supervision humaine systématique est maintenue : les analystes d'Inforisk vérifient la cohérence des résultats produits par l'IA au regard des données financières et juridiques réelles.

Sur le plan de la souveraineté numérique, les modèles tournent en interne sur des données propriétaires, dans le strict respect des normes de protection des données édictées par la CNDP et le RGPD (règlement de l'Union européenne qui encadre l'utilisation des données personnelles). «Notre donnée est unique, elle est propriétaire et elle n'est justement pas disponible sur le web, ouverte à n'importe qui», a précisé Khalid Ayouch, une singularité qui constitue, dans un paysage dominé par la crainte du déclassement informationnel, le véritable actif stratégique de l'entreprise.

Une ambition panafricaine portée par Dun & Bradstreet

Dernier pilier du dispositif : l'ouverture internationale. Via Inforisk Altares Africa, joint-venture avec l'américain Dun & Bradstreet, premier réseau mondial d'information sur les entreprises, les clients marocains accèdent à une base de 600 millions de sociétés à travers le monde, consultée par plus de 250.000 clients à l'échelle planétaire. L'ambition africaine est explicite : Inforisk accompagne les groupes marocains dans leur expansion vers l'Afrique subsaharienne, assumant le défi spécifique de la disponibilité de la donnée sur ce continent.

Nora Lahbabi, directrice commerciale, a rappelé que les solutions d'Inforisk irriguent l'ensemble de l'organisation de ses clients, de la TPE au grand groupe, en touchant indistinctement les directions commerciale, achats, juridique, conformité et générale. Des multinationales ont d'ores et déjà intégré le passage par la plateforme comme étape obligatoire dans leurs protocoles d'octroi de crédit et de référencement fournisseurs. Des administrations publiques, pourtant en mesure d'accéder gratuitement à certaines données, font le même choix, parce que la donnée structurée, accessible et exploitable a une valeur que la gratuité ne compense pas.
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