Dans le Gharb, un dispositif inédit de surveillance des prélèvements d'eau privés
Au Maroc, la pression sur les nappes souterraines ne cesse de s’accentuer. Dans le Gharb, l’une des régions agricoles les plus intensément irriguées du Royaume, l’ORMVAG mise sur la donnée et la géolocalisation pour reprendre la main sur un phénomène jusqu’ici largement sous-évalué : le pompage privé non maîtrisé. Six équipes mobiles, équipées de GPS et de débitmètres, vont sillonner pendant un an les provinces de Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane pour cartographier, puits par puits, la réalité des prélèvements – et donner à la police des eaux les moyens d’agir.
Saïd Naoumi
14 Juillet 2026
À 10:36
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Face à la pression croissante sur les ressources hydriques du périmètre du Gharb, l’Office régional de mise en valeur agricole du Gharb (ORMVAG) engage un vaste programme de recensement et de contrôle du pompage privé sur les provinces de Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane. Un chantier qui illustre la bascule progressive de la politique nationale de l’eau vers une gestion plus fine, plus technologique et plus coercitive de la ressource.
Le dispositif couvrira l’ensemble des zones d’action des Arrondissements de gestion des réseaux d’Irrigation et de drainage de Mechraâ Bel Ksiri, Sidi Slimane, Souk Larbaâ et Sidi Allal Tazi, soit un périmètre d’environ 120 kilomètres de rayon autour de Kénitra. L’ambition est large : recenser non seulement les prélèvements opérés sur les nappes souterraines, mais aussi ceux effectués directement sur les ressources superficielles – oueds, canaux et autres cours d’eau – qu’ils se situent dans les secteurs déjà équipés et aménagés par l’Office ou en dehors de ceux-ci.
Pour chaque point de pompage identifié, les équipes de terrain devront documenter un faisceau de données précises : identité de l’exploitant, coordonnées Lambert du point de prélèvement, existence ou non d’une autorisation, nature juridique de l’exploitation desservie, profondeur du puits ou du forage, source d’énergie utilisée – électrique, gasoil, butane ou solaire – et caractéristiques techniques de la pompe elle-même.
Six équipes mobiles, une logique de police des eaux
L’architecture opérationnelle retenue mobilisera six équipes déployées simultanément sur le terrain, chacune composée d’un technicien en génie rural ou en hydraulique justifiant d’au moins trois ans d’expérience. Ces équipes seront placées sous la coordination d’un ingénieur chef de mission, en lien direct avec la Direction de gestion des réseaux d’irrigation et de drainage (DGRID) et les Arrondissements de gestion des réseaux (AGR) concernés.
L’équipement prévu traduit une volonté de traçabilité rigoureuse de l’activité de terrain : chaque véhicule tout-terrain sera doté d’un GPS intégré, d’un palan d’une tonne, d’un appareil photo numérique haute résolution, d’une sonde pour mesurer la profondeur des nappes captées et d’un débitmètre à ultrasons portatif permettant d’évaluer en temps réel les volumes réellement prélevés.
Au-delà du seul recensement statistique, le dispositif intègre une dimension répressive assumée : les équipes apporteront une assistance directe aux agents assermentés de l’ORMVAG dans la constatation des infractions – vols d’eau, détournements, pompages sans autorisation, empiètements ou constructions illicites sur le domaine public hydraulique – conformément à la Loi 36-15 sur l’eau. Chaque infraction constatée donnera lieu à un rapport photographique et à une fiche de constat transmise le jour même à l’Arrondissement concerné, les équipements confisqués étant acheminés vers la fourrière la plus proche.
Un enjeu structurel pour la nappe du Gharb
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de tension croissante sur les ressources en eau souterraine au Maroc, où la multiplication des forages non autorisés dans les périmètres irrigués complique la planification de l’offre hydrique et fragilise les équilibres des nappes phréatiques. En dotant l’ORMVAG d’une capacité de recensement exhaustive et géoréférencée du pompage privé, ce programme doit permettre à l’Office de mieux calibrer sa politique de police des eaux et d’objectiver, chiffres à l’appui, l’ampleur réelle des prélèvements informels dans l’une des régions agricoles les plus intensément irriguées du Royaume.