Moncef Ben Hayoun
03 Juin 2026
À 11:35
Le
gouvernement prépare une Feuille de route destinée à structurer et accélérer le développement du
commerce électronique au Maroc. L’ambition est de positionner le Royaume comme un hub africain de référence dans l’écosystème mondial du
e-commerce et de renforcer la présence du «
Made in Morocco» sur les plateformes numériques et les marchés à l’exportation.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par une croissance soutenue du commerce électronique à l’échelle mondiale. Selon les données citées par le
ministère de l’Industrie et du commerce, les ventes mondiales du e-commerce ont atteint 5.800 milliards de dollars en 2023 et devraient atteindre 8.000 milliards de dollars à l’horizon 2027, soit une croissance de 39%. La croissance exponentielle du commerce électronique a totalement modifié les habitudes de consommation traditionnelles, poussant le secteur du commerce et de la distribution vers de nouveaux horizons. Ces changements sont visibles dans l’écart croissant entre les ventes en ligne, qui connaissent une croissance à deux chiffres, et les ventes en magasin, qui diminuent désormais dans plusieurs régions comme l’Europe, le Moyen-Orient et l’Amérique latine. Cette transformation se manifeste notamment par la tendance des grandes marques internationales à se concentrer sur le développement des activités de vente en ligne, entraînant la fermeture de magasins et de succursales dans de nombreux pays.
Au Maroc, le secteur affiche également une progression notable. Selon les estimations du ministère, le chiffre d’affaires du commerce électronique a atteint 19 milliards de dirhams en septembre 2023, avec un rythme de croissance moyen supérieur à 30%. Cette évolution témoigne du potentiel important du marché national ainsi que du niveau d’adoption des infrastructures technologiques nécessaires au développement de l’
économie numérique. Le pays dispose d’un écosystème entrepreneurial dynamique et d’une expertise marocaine reconnue. Plusieurs plateformes ont été créées par des entrepreneurs marocains ayant réussi à attirer des milliers d’utilisateurs dans différents pays. Malgré cette dynamique, les autorités considèrent que le potentiel du secteur demeure encore sous-exploité. Le développement du e-commerce continue de se heurter à plusieurs défis d’ordre organisationnel, juridique et fiscal. Les pouvoirs publics estiment qu’il est nécessaire de lever ces obstacles afin de permettre au Royaume de tirer pleinement profit des opportunités offertes par l’économie numérique et de renforcer son positionnement sur le continent africain. Dans ce contexte, le ministère de tutelle a décidé de lancer une étude approfondie sur le commerce électronique au Maroc, afin d’identifier les leviers de son développement et d’exploiter pleinement son potentiel à l’exportation. Pour l’élaboration de la future Feuille de route, le ministère prévoit d’abord une analyse approfondie de la situation actuelle du commerce électronique au Maroc, couvrant notamment la gouvernance du secteur, le cadre réglementaire et fiscal, les infrastructures numériques et logistiques ainsi que les modèles économiques en vigueur. De même, le ministère entend examiner les nouvelles chaînes de valeur générées par le commerce électronique et mesurer leur impact sur différents secteurs productifs, notamment l’agroalimentaire et le textile. L’objectif est d’identifier les opportunités de positionnement du Maroc dans les transformations en cours, y compris dans le contexte de l’entrée en vigueur du protocole de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) relatif au commerce électronique. Par ailleurs, une comparaison (benchmark) avec des pays de référence ayant réalisé des avancées significatives dans le domaine du commerce électronique doit permettre d’identifier les meilleures pratiques en matière de gouvernance, de réglementation, de fiscalité et d’infrastructures. Les enseignements tirés de ces expériences internationales serviront à formuler des recommandations adaptées au contexte marocain. La stratégie envisagée devrait déboucher sur un modèle national de développement du e-commerce, assorti d’objectifs à l’horizon 2030 en matière de croissance, de compétitivité, d’inclusion, d’internationalisation, de création d’emplois et d’investissements. Elle devra aussi définir les priorités dans des domaines tels que la logistique, l’innovation, les compétences, la fiscalité ou encore l’intégration des PME.
Enfin, la Feuille de route opérationnelle devra préciser les programmes et projets prioritaires à mettre en œuvre à court, moyen et long termes, identifier des actions à impact rapide et proposer des mécanismes de financement mobilisant à la fois les ressources publiques, les partenariats public-privé et les bailleurs de fonds internationaux.
À travers cette démarche, les autorités cherchent à faire du commerce électronique un levier de transformation économique, de compétitivité et de rayonnement des produits marocains sur les marchés internationaux.